Protéger les consommateurs: voilà ce que le public demande à l'AMF. Mais si Jean St-Gelais, PDG de l'AMF, affirme qu'il s'agit effectivement de sa priorité, il voit un autre volet à son travail: contribuer au développement de l'industrie financière québécoise.

Philippe Mercure
Philippe Mercure LA PRESSE

«Moi, je peux m'assurer qu'il n'y ait pas de fraude au Québec, mais ça va vouloir dire qu'il n'y aura pas de transactions financières. Au contraire, si on n'exige pas assez des institutions financières et des autres acteurs, la protection des individus sera à risque. On ne peut jamais dire: maintenant, c'est parfait, on a trouvé l'équilibre. On est toujours entre l'arbre et l'écorce, c'est une recherche constante.»

C'est justement pour défendre cette industrie que Jean St-Gelais s'oppose vigoureusement au projet du gouvernement fédéral de créer une commission nationale des valeurs mobilières, plutôt que d'en avoir une dans chacune des provinces, comme c'est le cas actuellement.

«Mon point de vue, c'est qu'il s'agit surtout pour la communauté financière de Toronto de prendre le contrôle de l'industrie, dit M. St-Gelais. Le projet est poussé par le ministre Flaherty, qui était ministre des Finances de l'Ontario avant d'arriver à Ottawa. Et personne n'a réussi à faire la preuve que le système actuel fonctionne mal – au contraire! Le FMI, l'OCDE, la Banque mondiale mettent toujours la réglementation financière canadienne parmi les quatre ou cinq premières dans le monde.»

Pour lui, les conséquences d'un tel déplacement seraient très dures pour Montréal.

«Si ça arrive, l'expertise va se déplacer. Les jeunes qui étudient la finance à Montréal verraient un débouché important se fermer et iraient à Toronto. Or, dans une économie développée, un secteur financier en santé, c'est de l'or en barre.»