Plus de la moitié des astronautes qui séjournent dans une station spatiale ont des problèmes avec leurs yeux. Cela complique les plans pour une mission habitée vers Mars. La NASA va utiliser une technique de mesure de la rigidité de l’œil mise au point à Montréal pour déterminer quels astronautes sont les plus à risque.

Mathieu Perreault Mathieu Perreault
La Presse

Les yeux des astronautes

Quand les astronautes passent plus d’un mois d’affilée dans l’espace, leur globe oculaire se déforme souvent, et des plis dans leur rétine peuvent apparaître. « Dans certains cas, ça se résorbe au sol, dans d’autres cas, non », explique Santiago Costantino, physicien de l’Université de Montréal et de l’hôpital Maisonneuve-Rosemont. M. Costantino a mis au point une technique non invasive permettant de mesurer la rigidité de l’œil. Il s’agit de la première technique de mesure non invasive dans ce domaine. Cette technique a attiré l’attention de la NASA. M. Costantino ira l’an prochain à Houston, siège du programme des astronautes de la NASA, pour évaluer la rigidité des yeux d’une douzaine d’astronautes. Ensuite, il va suivre l’évolution de cette rigidité de l’œil après une mission spatiale de ses cobayes. « On sait que ça a un lien avec l’apesanteur, avec la distribution de la pression sanguine. On pense qu’un œil plus rigide va résister mieux aux changements de pression intracrânienne et à l’extérieur de l’œil. »

Mars en vue 

Ces travaux sont d’autant plus importants que les séjours plus longs dans l’espace semblent occasionner plus de problèmes, un enjeu majeur alors que tous les yeux sont rivés vers la planète rouge. « Pour aller sur Mars, ça prend sept mois, alors c’est important de voir qui est le plus à risque », dit M. Costantino. Ne serait-il pas intéressant d’évaluer la rigidité des yeux des astronautes qui sont allés dans l’espace par le passé ? « Ça serait intéressant, mais je ne suis pas sûr que la NASA va nous donner cet accès », estime toutefois le physicien.

Glaucome

La technique mise au point par M. Costantino visait d’abord et avant tout le suivi de la progression du glaucome, une atrophie des neurones des yeux. Le test, basé sur l’imagerie médicale, est opérationnel depuis 2016. « Avant, on mesurait la pression en injectant du liquide dans les yeux. C’est très invasif, on s’en servait peu, même en recherche. » La technique de M. Costantino sera aussi utile pour l’étude de la dégénérescence maculaire et de la myopie. Et ce sera l’une des premières techniques de détection précoce du glaucome, qui ne laisse pas de trace visible et est souvent indétectable par le patient avant qu’il soit trop tard. Pourra-t-on évaluer le risque de glaucome d’un jeune adulte avec cette technique de mesure de la rigidité de l’œil ? « Pour le moment, on ne sait pas quelle est la valeur prédictive à long terme du test, on ne sait même pas comment varie la rigidité des yeux d’une personne durant sa vie. Les deux yeux peuvent avoir des rigidités différentes. »

Pression et rigidité

Les travaux soulèvent un paradoxe alors que le traitement du glaucome, pour le moment, est d’abaisser la pression dans l’œil. Mais normalement, la pression dans un espace augmente moins rapidement si ce contenant est flexible. Pourquoi alors une plus grande rigidité de l’œil est-elle un facteur protecteur du glaucome ? « Il se peut que ce soit à cause de la déformation des tissus à cause de la pression, dit M. Costantino. Normalement, ce qu’on voit, c’est que les gens qui ont des yeux plus rigides résistent mieux au glaucome. »