Le champignon Candida auris, pouvant provoquer de graves infections, a été identifié chez plusieurs patients de l’hôpital Pierre-Boucher, à Longueuil.

Mis à jour le 22 septembre
Alice Girard-Bossé
Alice Girard-Bossé La Presse

Le 8 septembre dernier, une personne suspectée d’être porteuse de Candida auris a été placée en isolement à l’Hôpital Pierre-Boucher, ainsi que tous ses contacts étroits. Un deuxième cas a été confirmé le 19 septembre. Par ailleurs, trois contacts étroits font l’objet d’une enquête.

« Des mesures de prévention et contrôle des infections additionnelles ont été mises en place pour les usagers confirmés et suspectés, notamment l’isolement des contacts positifs, hygiène des mains, masque, blouse, gants, utilisation de produits chlorés pour désinfection du matériel et des surfaces touchées fréquemment », a indiqué à La Presse la porte-parole du ministère de la Santé et des Services sociaux, Marjorie Larouche.

La source est toujours à déterminer, puisque les patients ne revenaient pas d’un autre pays. Dans les dernières années, 37 cas de Candida auris ont été signalés à l’Agence de la santé publique du Canada. Plusieurs de ces cas étaient cependant associés à des voyages.

Il est possible que d’autres cas soient identifiés dans les prochaines semaines, estime Simon Dufresne, microbiologiste à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont et professeur au département de microbiologie, infectiologie et immunologie de l’Université de Montréal. « À partir du moment où on se met à en découvrir, c’est certain qu’il y a des chances d’en voir apparaitre ailleurs. D’autant plus qu’on ne sait pas exactement où ces cas ont été infectés », explique-t-il.

Il demeure toutefois rassurant. « On peut être colonisé [par le champignon], sans développer une véritable infection », indique-t-il. C’est ce qui semble le cas avec les patients de l’hôpital Pierre-Boucher.

Cette levure « super-résistante » peut se loger sur la peau des patients ou des personnels de soins sans engendrer de symptômes, renchérit le chercheur à l’institut de Cardiologie de Montréal et spécialiste de Candida auris, Adnane Sellam. « Ça se transmet avec des contacts directs ou par les surfaces comme un lit d’hôpital ou des dispositifs cliniques. Ça ne se transmet pas par aérosol », dit-il.

Une infection sévère

L’infection à ce champignon touche principalement les patients hospitalisés ou immunodéprimés. Les symptômes courants de l’infection sont la fièvre et les frissons. Le taux de mortalité est d’environ 30 à 60 %.

Le taux de mortalité est toutefois à nuancer, indique M. Dufresne. « Les patients qui développent ces infections-là sont déjà fragilisés et ont déjà de mauvais pronostics », dit-il.

Candida auris est un champignon émergent qui représente « une grave menace pour la santé mondiale », ont déclaré les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) des États-Unis sur leur site internet.

Les patients qui ont été hospitalisés dans un établissement de santé pendant une longue période, qui ont un cathéter veineux central ou qui ont déjà reçu des antibiotiques ou des médicaments antifongiques, semblent être les plus exposés au risque d’infection par cette levure, détaillent les CDC.

Chez certains patients, cette levure peut pénétrer dans la circulation sanguine et se propager dans tout le corps. Il est toutefois difficile de l’identifier avec les méthodes de laboratoire habituelles et elle peut être mal identifiée dans les laboratoires qui ne disposent pas de la technologie spécifique, prévient la Santé publique du Canada.

Ce champignon a été identifié pour la première fois au Japon en 2009. Depuis, il a été signalé dans 17 pays sur cinq continents.

Les changements climatiques sous la loupe

Selon le centre de collaboration nationale des maladies infectieuses du Canada, il y a des raisons de croire que la hausse des températures attribuable aux changements climatiques contribue à la propagation du champignon.

Pour la Dre Claudel Pétrin-Desrosiers, médecin de famille à Montréal, qui s’intéresse au lien entre la santé et l’environnement, l’éclosion n’est pas une surprise. C’est « une conséquence de nos nombreuses actions ». Ce n’est pas « inattendu » ni « surprenant », a-t-elle déclaré jeudi matin sur Twitter.

« De nombreuses maladies et infections sont influencées, aggravées, accélérées par les crises environnementales : dérèglements, fragmentations des habitats, déclin de la biodiversité », a-t-elle indiqué.

Un champignon résistant

L’infection à ce champignon est souvent résistante à plusieurs médicaments couramment utilisés pour la traiter. « La résistance antimicrobienne est excessivement bien documentée et accélérée entre autres par le recours à l’antibiothérapie massive pour l’agriculture de masse et la consommation importante d’antibiothérapie pour des usages non indiqués », a expliqué la Dre Pétrin-Desrosiers.

En mai 2017, un premier cas multirésistant a été déclaré au Canada dans le conduit auditif externe d’une personne âgée de 64 ans qui présentait une otite externe chronique. L’acquisition de cette souche pourrait être survenue en Inde.

Il s’agissait de la première souche multirésistante identifiée au Canada. Auparavant, six souches avaient été identifiées au Canada, dont une au Québec en 2012, mais elles étaient toutes sensibles aux antifongiques habituels.