Québec lance des projets pilotes de « paramédecine communautaire » dans certaines régions, afin de tester une « meilleure utilisation » des techniciens ambulanciers paramédicaux, au moment où la pénurie de main-d’œuvre inquiète encore beaucoup dans le milieu.

Mis à jour le 14 juin
Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse

« Si on réussit à faire cette transformation-là, ça voudra dire les paramédics n’amèneront pas nécessairement les gens à l’urgence. C’est peut-être de le faire plus à la maison, et c’est pour ça qu’on aura ces projets-pilotes : pour voir si on peut mieux traiter les gens chez eux », a indiqué le ministre de la Santé Christian Dubé, en mêlée de presse à Bécancour mardi.

Il soutient que le Québec doit « mieux utiliser les paramédics avant d’aller à l’hôpital, et idéalement d’éviter l’hôpital ». Les nouveaux projets pilotes permettront aux ambulanciers de faire une série de manipulations à domicile, sans se rendre à l’hôpital, dont la vérification des signes vitaux, le suivi de médications, l’évaluation de l’état psychologique, voire de soutien social, ou encore des prélèvements. De tels projets ont déjà été réalisés par le passé, notamment en Montérégie.

Photo Jacques Boissinot, La Presse Canadienne

Christian Dubé

Le ministre veut aussi « bonifier » le tableau de bord que son gouvernement diffuse depuis la mi-mai, avec entre autres le portrait des urgences, les listes d’attente en chirurgie ou les délais pour obtenir une évaluation à la DPJ. « Où est-ce qu’on est bons quand on va chez les gens ? Comment ça nous prend de temps pour se rendre à l’hôpital ou l’urgence la plus proche ? On a toute cette information-là qu’on a commencé à colliger, et ça va nous aider à comparer les différents systèmes préhospitaliers », a soulevé M. Dubé.

Chez Urgences-santé, le porte-parole Stéphane Smith a parlé mardi de « bonnes nouvelles ». « Avec l’été qui arrive, le nombre d’interventions va augmenter avec la chaleur et le tourisme. Cette possibilité de rediriger les patients aux bons endroits, c’est vraiment une priorité pour nous. Surtout avec la pénurie de personnel, on pense que c’est la clé du succès », a-t-il commenté. « Ça va sûrement aider à stimuler plus de jeunes à venir étudier en soins préhospitaliers. On a besoin d’une relève », a insisté M. Smith.

« Cette politique était attendue et met la table à une utilisation plus pertinente de l’expertise des paramédics. De plus, elle ouvre la porte à une collaboration beaucoup plus proactive entre le gouvernement et les entreprises ambulancières, qui ont été les porte-étendards des projets ayant permis de transformer aujourd’hui le visage des soins préhospitaliers d’urgence québécois », a aussi souligné le président de la Coporation des services d’ambulance du Québec (CSAQ), le DSébastien Toussaint.

Vers une intégration au GAP

Québec n’exclut toujours pas d’intégrer éventuellement le secteur préhospitalier au guichet d’accès à la première ligne (GAP), qui est toujours en déploiement partout au Québec, afin que les ambulanciers puissent orienter un patient vers d’autres services au besoin.

« Cela dit, il faut commencer à marcher avant de courir. C’est déjà installé dans 40 endroits, on voudrait que monte à 80 et on souhaiterait que le préhospitalier puisse s’intégrer », a réitéré le ministre, reconnaissant toutefois qu’il y a des « limites légales » à la paramédecine.

Québec a par ailleurs confirmé mardi un investissement de 26 millions pour convertir 46 horaires de faction – qui imposent aux ambulanciers de rester disponibles 24 heures sur 24 – en horaires « à l’heure ». Onze régions sont concernées : le Bas-Saint-Laurent, Québec, la Mauricie–Centre-du-Québec, l’Estrie, l’Outaouais, l’Abitibi-Témiscamingue, la Gaspésie et les Îles-de-la-Madeleine, Chaudière-Appalaches, Lanaudière, les Laurentides et la Montérégie. Le gouvernement répond ainsi à une demande de longue date dans plusieurs municipalités, et espère ainsi « assurer une meilleure qualité de service à la population ».

Le ministère allongera aussi 2,5 millions pour « offrir 17 000 heures de couverture supplémentaire dans les régions permettant des ajouts de ressources ponctuels selon la demande ». Un plan d’action complet doit être présenté « prochainement » sur les services préhospitaliers, probablement après l’élection provinciale.