Recrutement massif de personnel, meilleur accès aux données, construction de nouveaux hôpitaux et responsabilisation : le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, a présenté mardi matin les 50 mesures de son « Plan pour mettre en œuvre les changements nécessaires en santé » qui « s’inscrit sur l’horizon 2025 ». Survol en dix points.

Publié le 30 mars
Ariane Lacoursière
Ariane Lacoursière La Presse

1. Plus de personnel

Il s’agit de la mesure phare du plan. Car plusieurs autres actions en découlent, comme l’augmentation du nombre de lits dans les hôpitaux. Québec mise notamment sur l’embauche de 1000 infirmières à l’étranger et sur l’implantation de programmes de formation accélérée. Québec veut aussi mieux retenir ses travailleurs de la santé en éliminant les heures supplémentaires obligatoires et en mettant en place un système d’autogestion des horaires. Alors que la population vieillit à la vitesse grand V, les besoins en santé augmentent tout aussi rapidement. Pour Québec, « le statu quo est insoutenable ».

Hausse des heures supplémentaires travaillées de 2019-2020 à 2020-2021

5,4 %

Part des personnes âgées de 70 ans et plus au Québec

  • 1971 : 4,2 %
  • 2020 : 13,6 %
  • Prévision pour 2035 : 20,5 %

2. La fin du télécopieur

La pandémie aura révélé que le réseau de la santé traîne sérieusement la patte en ce qui concerne l’accès aux données. Le télécopieur est encore utilisé un peu partout dans le réseau, et environ 10 000 systèmes d’information différents sont utilisés. « Le réseau d’hier était devenu bureaucratique, lourd et dépassé sur le plan technologique », écrit le ministre Dubé dans son plan. Ce dernier veut donner la possibilité à chaque citoyen d’avoir accès à ses informations de santé et implanter un seul dossier de santé numérique. Ce changement passera notamment par l’adoption du projet de loi 19.

3. Plus de lits d’hôpitaux

M. Dubé veut moderniser rapidement les infrastructures de santé. En plus de bâtir des maisons des aînés, il souhaite rénover de nombreux hôpitaux et CHSLD. Environ 2000 nouveaux lits s’ajouteront ainsi dans le réseau. Et la hausse du personnel permettra aussi d’en ajouter 2000 autres, prévoit M. Dubé. Ces ajouts permettront de réduire l’attente aux urgences. Québec mise aussi sur la création de « centres de commandement » dans chaque hôpital pour permettre une gestion plus fluide des lits et réduire l’attente aux urgences. Le virage vers un financement des établissements de santé axé sur le patient et non plus sur des valeurs historiques s’accélérera. On mise aussi sur une hausse des transferts fédéraux en santé.

Ratio de lits par tranche de 1000 habitants

  • Québec : 2,0
  • Royaume-Uni : 2,4
  • Canada : 2,5
  • États-Unis : 2,8
  • France : 5,8
  • Allemagne : 7,9

Sources : MSSS et OCDE

4. Un guichet « révolutionnaire »

Dès l’été prochain, la majorité des Québécois auront accès à un Guichet d’accès à la première ligne. Ce projet, déjà déployé dans le Bas-Saint-Laurent, sera étendu partout dans la province. M. Dubé parle d’une véritable « révolution dans l’approche patient ». En appelant un seul numéro de téléphone ou en ayant accès à un site web, les patients pourront parler à une personne, recevoir rapidement des conseils en santé, prendre rendez-vous ou renouveler leur ordonnance. Pour M. Dubé, il s’agit d’« un seul canal où le patient est pris en charge par le bon professionnel. Pas un numéro où tu te fais dire d’aller aux urgences ».

5. Multiplier les portes d’entrée

Plutôt que de faire du médecin de famille la seule porte d’entrée des patients dans le réseau, le ministère de la Santé souhaite impliquer plus de professionnels et mise sur l’interdisciplinarité. Les infirmières praticiennes spécialisées, les pharmaciens communautaires et les paramédicaux seront notamment encore plus impliqués. Les médecins de famille seront aussi incités à modifier leur rémunération en optant plus massivement pour la capitation. Ce mode de rémunération encourage la prise en charge de patients « en groupe et dans une approche interdisciplinaire ».

6. Décentraliser

Pour améliorer la gestion du réseau, Québec mise sur la « décentralisation du système de santé » pour « ramener les opérations du réseau vers les régions et recadrer la mission du Ministère [NDLR : de la Santé et des Services sociaux] sur les orientations stratégiques ». La sous-ministre à la Santé, Dominique Savoie, doit déposer prochainement un plan à ce sujet. « La décentralisation et l’organisation du travail vont nous permettre de nous assurer de l’exécution de notre plan de santé », selon M. Dubé. Le dernier budget a permis d’assurer au ministre Dubé qu’il aura les moyens de ses ambitions. Mais pour lui, « ça ne prend pas juste de l’argent. Ça prend de l’organisation du travail ».

7. Virage massif vers les soins à domicile

Comme annoncé plus tôt ce mois-ci, Québec souhaite faire plus de place au privé en santé. Entre autres pour réduire les listes d’attente en chirurgie. Pas question toutefois de faire payer le patient pour ces soins. Pour les aînés, un virage massif vers les soins à domicile continuera de s’opérer. On attend toutefois les conclusions de la commissaire à la santé et au bien-être qui se penche actuellement sur les performances des soins à domicile et leur financement. Plus de soutien sera offert aux proches aidants et aux organismes communautaires offrant du soutien à domicile.

Part des dépenses en soutien à domicile dans le budget consacré au soutien à l’autonomie des personnes âgées

  • Québec : 40,5 %
  • Danemark : 65 %

Sources : MSSS et ministère de la Santé danois

8. Prévenir le pire

Pour être prêt si un nouveau virus frappait la planète, Québec prévoit la création d’une stratégie nationale de préparation à une prochaine pandémie. On prévoit également de mener une « importante réforme » en santé publique. La pandémie de COVID-19 aura « montré l’importance d’avoir une gouvernance claire en santé publique, basée sur l’indépendance et la transparence des travaux et des recommandations des experts » et « mis en lumière la nécessité d’une plus grande efficacité et d’une meilleure cohérence entre les instances », peut-on lire dans le plan.

9. Sortir les rapports des tablettes

Avec ce plan, le ministre Dubé dit s’appuyer sur les nombreux rapports d’experts produits au fil des ans sur l’amélioration du réseau de la santé, dont celui de Michel Clair rédigé en 2001. En conférence de presse, le ministre Dubé a dit que plusieurs de ces rapports d’experts « étaient de grande qualité », mais que, « des fois, il manquait de courage politique pour mettre en place les recommandations ». « C’est fini, il faut passer à l’action », dit-il.

10. Des dirigeants responsables

Afin de s’assurer que les mesures prévues dans le plan soient réellement appliquées, le gouvernement prévoit de publier dès le mois de mai un « tableau de bord national et régional sur l’atteinte des objectifs du plan stratégique et des priorités ». « Vous me connaissez, on va se mesurer. Parce que ce qui se mesure s’améliore […], dit M. Dubé. À moyen terme, je pense qu’on peut faire bouger l’aiguille très rapidement. » M. Dubé croit que le fait que de nombreux acteurs importants du réseau de la santé soient déjà mobilisés et souhaitent changer les choses permettra au plan d’être rapidement « exécuté ».