Québec déroule le tapis rouge afin de recruter 1000 infirmières à l’étranger qui seront invitées à pratiquer dans sept régions où le réseau est aux prises avec une pénurie d’effectifs infirmiers.

Mis à jour le 16 février
Pierre Saint-Arnaud La Presse Canadienne

Le ministre du Travail et de l’Immigration, Jean Boulet, a annoncé mercredi un investissement de 65 millions sur deux ans afin de procéder au recrutement et à l’intégration de ces candidates internationales.

« Pour accélérer le processus, on va mettre l’accent sur les candidats et candidates francophones. On va s’assurer qu’il y a une compatibilité entre la formation acquise à l’étranger, l’expérience clinique aussi de l’étranger et ce que nous faisons au Québec. Et ces personnes-là vont pouvoir bénéficier dès leur arrivée d’une formation d’appoint », a précisé le ministre Boulet.

« Faire une grande différence »

Ces effectifs seront destinés à l’Abitibi-Témiscamingue, la Côte-Nord, le Bas-Saint-Laurent, la Gaspésie, le Saguenay-Lac-Saint-Jean, la Baie James et l’Outaouais. Le ministre Boulet a cependant précisé que les candidates n’auront pas d’obligation de travailler dans ces régions.

À ses côtés, son collègue à la Santé, Christian Dubé, a reconnu que l’objectif de 1000 infirmières pouvait sembler modeste sur des effectifs totaux de 70 000 infirmières, mais il a fait valoir que « quand on a des problèmes de délestage, souvent une, deux, trois infirmières dans une région vont faire une grande différence ». M. Dubé a ajouté un peu plus tard que les incitatifs et primes pour attirer des infirmières en région fonctionnent. Il a donné l’exemple de Senneterre en Abitibi où il manquait quatre infirmières et où trois ont ainsi été recrutées. Une seule de plus fera toute la différence, a-t-il noté.

Des conditions alléchantes

Les candidates seront accueillies dans les cégeps des régions ciblées pour recevoir une formation d’appoint d’une durée de 9 à 12 mois qui mènera à une reconnaissance de leur formation et de leur expérience clinique par l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec. On leur permettra de travailler jusqu’à 20 heures par semaine comme préposées aux bénéficiaires durant leur formation.

Les candidates recevront aussi une allocation de 500 $ par semaine pour la durée de la formation et les frais de scolarité, les frais de demande d’équivalence à l’Ordre et le coût de la formation d’appoint seront tous couverts par le ministère de l’Immigration.

« Les personnes vont bénéficier d’un accompagnement véritablement personnalisé », a affirmé Jean Boulet, ajoutant qu’on ira jusqu’à « les aider à trouver un logement, à obtenir un permis de conduire, à inscrire leurs enfants à l’école et évidemment, préparer leur dossier d’évaluation comparative des études effectuées à l’extérieur du Québec ».

Les personnes recrutées par le biais de ce programme pourront s’établir au Québec accompagnées de leur famille immédiate et leur conjoint recevra un permis de travail ouvert. Les candidats et candidates qui échoueraient à la formation pourront continuer à travailler comme préposés aux bénéficiaires.

Déjà 344 candidates ont été recrutées et les premières cohortes d’infirmières et d’infirmiers arriveront à l’automne 2022, ainsi qu’en 2023, pour suivre leur formation d’appoint.

Les pays francophones ciblés par le recrutement d’infirmières et d’infirmiers pour la première phase du projet sont l’Algérie, le Cameroun, le Maroc, la Tunisie et l’île Maurice. Par la suite, on visera la Côte-d’Ivoire, le Liban, la République démocratique du Congo et le Sénégal.

Le problème du fédéral

Les étudiants de l’Afrique francophone font toutefois face à une forte discrimination de la part des autorités fédérales d’immigration, l’admission au pays leur étant rarement accordée selon les révélations faites par Radio-Canada en novembre dernier.

Le ministre Boulet, qui promet d’accompagner les candidates dans leurs démarches avec Ottawa, en est fort conscient. Il rappelle toutefois que si la sélection relève du Québec, l’admission elle relève d’Ottawa. « Il y a un enjeu avec Ottawa et c’est une des raisons pour lesquelles je discute fréquemment avec mon collègue [le ministre fédéral de l’Immigration, Sean] Fraser à Ottawa. Et le taux, le pourcentage de refus de permis d’études pour les étudiants des pays francophones, il est interpellé et la situation est à se redresser. »

« Quant à l’octroi des résidences permanentes, ça c’est un enjeu qui me préoccupe énormément et je suis contraint de dire que ça, c’est de la juridiction exclusive d’Ottawa », a rappelé le ministre.

« Il y a des enjeux d’efficacité et de diligence dans le traitement des dossiers des personnes qui veulent rester ici de manière permanente au Québec avant qu’elles puissent se faire octroyer ce statut », a déploré le ministre Boulet, tout en promettant de maintenir la pression sur Ottawa dans ce dossier.