(Québec) Le ministre de la Santé Christian Dubé dénonce les pratiques « inacceptables » de certaines agences de placement, qui « empochent des profits démesurés » en facturant jusqu’à 30 % plus cher pour du personnel soignant, malgré les arrêtés ministériels en vigueur. Cette situation « dégoûte » par ailleurs Québec solidaire qui demande au gouvernement de sanctionner ces « rapaces ».

Mis à jour le 18 janvier
Fanny Lévesque
Fanny Lévesque La Presse

« Il est inacceptable que des entrepreneurs profitent de la situation actuelle pour empocher des profits démesurés en ne respectant pas les règles. L’arrêté est clair : il est interdit pour les agences de placement de fournir des soins dont la valeur excède 75 $ pour une infirmière, incluant pour les milieux privés d’hébergement », a indiqué le ministre Dubé dans une déclaration.

La Presse rapportait mardi que des agences de placement facturent des prix beaucoup plus chers que les tarifs maximaux établis par arrêtés ministériels pour le prêt de personnel soignant dans les milieux d’hébergement privés pour aînés. Une vingtaine de factures colligées par La Presse a permis de démontrer que des entreprises demandaient des tarifs jusqu’à 30 % plus élevés pour une infirmière, par exemple.

Des agences demandent parfois jusqu’à 100 $ l’heure pour les services d’une infirmière « à taux normal ». C’est au moins 25 $ de plus que ce que prévoit l’arrêté ministériel qui fixe la limite à 74,36 $ l’heure pour le recours aux infirmières cliniciennes. On peut observer les mêmes pratiques pour le recours aux infirmières auxiliaires et les préposés aux bénéficiaires.

« Sachez que des vérifications sont en cours avec certaines résidences privées pour aînés pour comprendre l’ampleur du problème au ministère de la Santé », a-t-il ajouté. Québec assure « multiplier » les actions pour attirer et retenir les infirmières dans le réseau public. « Notre vision est claire : il est - et sera - toujours plus avantageux de venir travailler dans le réseau public de la santé », a conclu M. Dubé.

Des pratiques « dégoûtantes », selon QS

« Ça ne me surprend pas, malheureusement, parce que lorsqu’il y a de l’argent à faire, il y a toujours des profiteurs, des resquilleurs et dans ce cas-ci, je dirais même des rapaces qui savent très bien que le gouvernement est mal pris et qu’il y a des maisons pour personnes âgées privées ou publiques qui sont au bout de leur corde », a déploré le porte-parole en matière de santé de Québec solidaire, Vincent Marissal.

PHOTO JACQUES BOISSINOT, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Le porte-parole en matière de santé de Québec solidaire, Vincent Marissal.

« On est train de dire aux infirmières qui sont en congé de maternité de revenir donner un coup de main [au public], on oblige du personnel soignant à faire du temps supplémentaire systématiquement, on les pénalise quand [il] refuse et pendant ce temps-là, il y a des petits caïds d’agences privées qui font la loi et qui s’en mettent plein les poches. Je trouve ça… honnêtement, ça me dégoûte », a-t-il ajouté.

Selon Québec solidaire, le gouvernement Legault doit « mettre son pied à terre » et sanctionner les entreprises qui violent ou contournent les règles en place. « Le rôle du gouvernement, c’est de protéger le monde et de faire respecter ses propres lois, ses propres décrets. Sinon, le gouvernement se transforme en clown qui n’a aucune espèce de pouvoir. Ça ne peut pas fonctionner », déplore M. Marissal.

« S’il y a des fautes qui sont commises sur les décrets, c’est illégal, il doit y avoir des sanctions », ajoute député de Rosemont. Si ces agences refusent de se conformer, que Québec réquisitionne leur personnel, lance-t-il. Ce que Québec solidaire a déjà proposé depuis le début de la pandémie pour répondre à la pénurie de main-d’œuvre. La formation a également proposé un plan sur trois ans pour se « sevrer des agences ».

Le Parti québécois réclame pour sa part l’abolition des agences privées de placement « pour s’attaquer aux problèmes de fond dans le réseau de la santé » comme le temps supplémentaire obligatoire.

« Tant qu’on ne s’attaquera pas à la surcharge de travail dans le réseau public, les agences de placement continueront d’engloutir le personnel de la santé à la recherche d’une meilleure conciliation travail-famille tout en chargeant des sommes démesurées aux milieux d’hébergement privés qui contractent avec elles. Le gouvernement doit rapidement endiguer ce genre de pratique abusive, ça a déjà trop tardé », a déploré le chef parlementaire, Joël Arseneau.

« Ces manières de faire qui ne respectent pas les décrets sont inacceptables et le gouvernement doit agir en conséquence », a pour sa part fait valoir la cheffe libérale Dominique Anglade.

En octobre dernier, le gouvernement Legault avait lancé une série de mesures pour mieux encadrer le recours aux agences privées de placement. La main-d’œuvre indépendante ne devra être utilisée qu’en « dernier recours », indiquait-on. Un encadrement salué par l’association des Entreprises privées de personnel soignant du Québec (EPPSQ) qui déplorait l’« anarchie » installée depuis le début de la pandémie.

Lundi, l’EPPSQ a déploré que les pratiques décrites par La Presse dans le reportage soient « tout à fait illégales ».