Plus de 8300 demandes d’admission à la formation accélérée pour les infirmières auxiliaires ont été soumises. Le nombre d’inscriptions est bien au-dessus des cibles du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), qui a créé le programme pour s’attaquer à la pénurie de personnel soignant.

Publié le 13 janvier
Léa Carrier
Léa Carrier La Presse

Le nombre de demandes rapporté par le MSSS mercredi surpasse largement les objectifs annoncés en décembre dernier. Afin de pallier la rareté de main-d’œuvre dans le réseau de la santé, le gouvernement avait mis sur pied deux formations accélérées, avec des bourses à la clé. Québec espérait ainsi recruter 2000 infirmières auxiliaires et 3000 agents administratifs.

Le gouvernement a plutôt reçu 8313 demandes d’admission au programme pour les infirmières auxiliaires et 5267 inscriptions à la formation pour les agents administratifs en soutien aux secteurs cliniques.

« C’est encourageant de voir encore une fois autant de personnes qui choisissent une carrière dans le domaine de la santé et je les remercie. Notre programme de formation accélérée nous permettra d’avoir ces ressources plus rapidement dans notre réseau et on ne peut que s’en réjouir », a réagi le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé.

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

Christian Dubé, ministre de la Santé et des Services sociaux

Nous le savons, notre personnel en place a besoin de renforts et ces futurs employés viendront les aider.

Christian Dubé, ministre de la Santé et des Services sociaux

Ces demandes sont en cours d’analyse par les centres de formation professionnelle et les établissements de santé et de services sociaux, a fait savoir le MSSS par courriel. Les élèves retenus pourront participer aux programmes et toucher aux bourses qui les accompagnent – 20 000 $ pour les infirmières auxiliaires et 4000 $ pour les agents administratifs, conditionnelles à deux années de travail à temps complet.

Pour l’heure, Québec n’envisage pas d’ajouter des cohortes de ces formations accélérées malgré leur forte popularité.

Sur le marché du travail dès 2022

Une cohorte de la formation pour les agents administratifs a officiellement débuté en Gaspésie. Les autres groupes commenceront d’ici le 31 mars.

Il en va de même pour les cohortes d’infirmières auxiliaires, qui débuteront au cours des prochaines semaines sur l’ensemble du territoire. La formation se déployant sur une durée de 14 mois plutôt que 22, l’ensemble de ses élèves qui la réussira pourra être à l’œuvre dans le réseau au plus tard à l’été 2023.

Les agents administratifs en devenir pourront quant à eux commencer à travailler d’ici l’été 2022, au terme de leurs huit semaines de formation.

Le début de ces formations accélérées survient alors que le MSSS estime qu’environ 16 275 employés sont absents du réseau de la santé pour des raisons liées à la COVID-19 (le ministère avait annoncé par erreur qu’ils étaient 20 000 en date de mercredi, mais ce nombre n’était plus valide). Mardi encore, le premier ministre François Legault disait en point de presse chercher activement 1000 travailleurs dans les hôpitaux et 1500 dans les CHSLD pour passer à travers les prochaines semaines, qui s’annoncent « très difficiles ».

Déshabiller Pierre pour habiller Paul ?

Mais en attendant les renforts, des propriétaires de résidences pour personnes âgées s’inquiètent de perdre du personnel au plus fort de la cinquième vague. Martin Lemay, propriétaire de la Résidence du Domaine Rousseau, à Acton Vale, est à découvert depuis le départ d’une de ses préposées aux bénéficiaires, qui s’est inscrite à la formation accélérée pour les infirmières auxiliaires. Ses efforts soutenus pour pourvoir son quart de travail – de nuit, de surcroît – sont restés vains.

« Mon personnel ne tient qu’à un fil. Je n’ai pas de liste de rappel si un employé est déclaré positif ou s’en va pour suivre la formation », déplore-t-il. La veille de notre appel, il avait comblé les trous dans ses horaires jusqu’à 23 h 30, pour être de retour tôt mercredi matin.

Bien qu’il trouve louable l’initiative de Québec, il y aurait peut-être lieu de reporter la formation lorsque le tsunami du variant Omicron sera passé et que les travailleurs infectés par le virus seront de retour, argue-t-il.

Sur les milliers de personnes qui se sont inscrites à la formation, combien vont quitter le réseau ? On a besoin de tout notre monde présentement, que ce soit dans une RPA, un CHSLD ou un centre hospitalier.

Martin Lemay, propriétaire de la Résidence du Domaine Rousseau

Le président-directeur général du Regroupement québécois des résidences pour aînés, Marc Fortin, entend des échos similaires de la part de ses membres. Sommes-nous en train de déshabiller Pierre pour habiller Paul ?

« C’est une question d’équilibre. Ces formations sont merveilleuses en elles-mêmes, mais elles font partie d’un écosystème. Qu’est-ce qu’on peut faire maintenant pour accélérer la formation des préposées ? Cette question-là n’est pas discutée présentement », soutient M. Fortin.

La directrice de l’Association des établissements privés conventionnés, Annick Lavoie, propose elle aussi de reporter les formations accélérées. « Ça part d’une bonne intention, d’une bonne idée, mais […] lorsque les programmes ont été dévoilés, on était ailleurs. Il n’y avait pas Omicron. La cinquième vague décime beaucoup d’employés. Le gouvernement doit faire preuve d’agilité et de flexibilité », croit-elle.

Au moment que nous écrivions ces lignes, le ministère de la Santé n’avait pas répondu à nos questions à ce sujet.