Un regroupement de radiologistes avertit que les hôpitaux du Canada sont en manque important de personnel et d’équipements pour rattraper les retards dans les examens en radiologie qui étaient déjà importants au pays avant l’éclatement de la crise de la COVID-19.

Publié le 12 janvier
Daniela Germano La Presse Canadienne

Le Dr Gilles Soulez, président de l’Association canadienne des radiologistes, signale qu’en mars 2020, en moyenne, les Canadiens devaient patienter entre 50 et 82 jours pour subir une tomodensitométrie et 89 jours pour avoir accès à une imagerie par résonance magnétique (IRM).

L’arrivée de la crise sanitaire et les menaces sur le réseau de la santé présentement appliquées par le variant Omicron fait en sorte qu’un grand nombre de rendez-vous en radiologie sont retardés ou annulés selon le Dr Soulez qui pratique au Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM) et qui enseigne à l’Université de Montréal.

« Des résultats d’imagerie médicale sont souvent à la base des décisions qui sont prises par les médecins », rappelle-t-il. « Si vous avez un problème lié au cancer, vous avez besoin qu’une tomodensitométrie identifie précisément le mal pour qu’un traitement soit donné. »

Le Dr Soulez rappelle que la détection rapide d’un ennui de santé est souvent la clef de la guérison et que l’imagerie peut témoigner des progrès d’un patient pendant son traitement.

« Je dirais que près de 80 % des patients qui viennent à l’hôpital ont besoin d’une forme d’examen d’imagerie médicale. »

Un sondage récent de l’Association canadienne des radiologistes a démontré que 75 % de ses membres n’ont pas réussi à réduire leur liste d’attente en radiologie et que 30 % ne prévoient pas que le temps d’attente reviendra un jour à ce qu’il était avant la pandémie de COVID-19.

Le Dr Soulez rappelle qu’un nombre croissant d’interventions chirurgicales exigent d’être guidées par des équipements de radiologie, une pratique qui prend moins de temps en salle d’opération et qui réduit les hospitalisations.

La Dr Ania Kielar, radiologiste à Toronto et vice-présidente de l’Association, signale que le gouvernement de l’Ontario a déjà demandé aux gestionnaires d’hôpitaux de réduire de 30 % le nombre d’examens en radiologie en raison du nombre croissant de patients souffrant de la COVID-19.

« Appliquer une telle mesure vient exacerber une situation qui était déjà difficile pour nous », dit-elle.

La Dre Kielar affirme que toutes les provinces canadiennes ont besoin de plus d’équipements et de personnel spécialisé pour que la technologie soit utilisée à son potentiel maximal.

« En ce moment, avec l’équipement dont nous disposons, qui est déjà insuffisant, nous devons prolonger les heures en radiologie avec un personnel qui n’est pas assez nombreux. Nous avons donc un double problème. »

Lors de la dernière campagne électorale, le Parti libéral du Canada (PLC) a promis la distribution aux provinces de 6 milliards pour réduire les listes d’attente dans les soins de santé, Mais la Dr Kielar croit qu’Ottawa devrait consacrer une somme spécifique à l’achat d’équipements de même qu’à la formation et à l’embauche de techniciens spécialisés.

Dans une communication transmise lundi, le gouvernement du Canada a indiqué qu’en vertu de l’Accord sur la relance sécuritaire (ARS), il se consacrait à la distribution de plus de 19 milliards pour aider les provinces et les territoires à relancer leur économie et à mieux résister aux éventuelles augmentations de cas de COVID-19.

La communication précisait que « l’Accord comprend une enveloppe de 700 millions pour que les systèmes de santé du pays puissent mieux affronter les défis posés par le coronavirus et que certaines provinces et territoires utilisent les fonds pour réduire les listes d’attente. »

Rien n’a toutefois été précisé à propos de l’équipement et des ressources humaines en radiologie. Le ministre de la Santé, Jean-Yves Duclos, n’a pas répondu à une demande d’entrevue à ce sujet.

Ania Kielar assure qu’il est « impossible de combler les retards avec l’équipement et le personnel actuellement en place et qu’en bout de ligne, ce sont les patients qui en souffrent, ce qui est le pire pour nous. »