Le manque de techniciennes de laboratoire est si criant à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont que le fonctionnement de la banque de sang « ne tient qu’à un fil » depuis le début de l’année.

Publié le 11 janvier
Nicolas Bérubé
Nicolas Bérubé La Presse

C’est ce qu’affirme l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux, selon qui la population de l’est de l’île de Montréal est « mise en danger » par cette situation critique.

« Je ne voudrais pas avoir un accident de la circulation dans l’est de Montréal », dénonce Nathalie Chalifoux, représentante nationale du Syndicat APTS-CHUM.

Dans la journée de lundi, la coagulation fonctionnait avec 33 % des effectifs nécessaires, l’hématologie, à 64 %, et la banque de sang, à 71 %, dit-elle. « Nos techniciennes sont épuisées, elles sont à bout de souffle et elles sont obligées d’en faire plus, alors les démissions s’accumulent et le problème empire. »

Des manques criants

Les manques sont criants en tout temps, mais les quarts de travail de soir et de nuit sont les plus difficiles à remplir, dit-elle. « Il y a tellement de postes vacants que les gens ont le choix, ils postulent sur des postes de jour. Les gens de soir se retrouvent avec tout le travail que les gens de jour n’ont pu faire. Nos mesures temporaires ne suffisent pas, et le moral est au plus bas. Il y a plusieurs mois de retard dans les analyses non COVID. »

Dans l’ensemble des laboratoires du CHUM, ce sont 135 techniciennes de laboratoire et technologistes médicales qui manquent afin de répondre aux besoins de base, comme pourvoir aux postes vacants et effectuer les remplacements du personnel absent, note le syndicat. Il s’agit d’environ 10 % du personnel de laboratoire.

Malgré de nombreuses représentations au cours des derniers mois, le gouvernement du Québec ne reconnaît pas la pénurie de techniciennes de laboratoire, dit Mme Chalifoux.

Surtout que le travail des techniciennes de laboratoire est dans « l’angle mort » du réseau de la santé, dit-elle, même si leur travail est essentiel au fonctionnement des hôpitaux.

« Il faut des gens pour faire des diagnostics »

Le sang est fourni par Héma-Québec, mais chaque hôpital doit avoir son laboratoire afin d’analyser différentes composantes du sang avant qu’il ne soit utilisé dans un cadre médical.

« Il y a les hémorragies, il y a les accidents, mais au jour le jour, il y a aussi l’oncologie, les leucémies, les anémies… Beaucoup de gens ont des maladies qui requièrent du sang ou du plasma ou des plaquettes. Ce sont ces produits sanguins que nous devons analyser avant de pouvoir les donner à quelqu’un. Chaque culot de sang donné doit faire l’objet de tests de compatibilité. »

Ce mardi, le syndicat organisera un point de presse devant l’hôpital Maisonneuve-Rosemont afin de dénoncer la situation et d’obtenir l’attention des décideurs.

« Il faut de bonnes conditions de travail, il faut des incitatifs pour garder les gens qu’on a présentement, et donner le goût aux jeunes de venir faire carrière dans ce beau domaine que sont les laboratoires. Oui, on a des appareils et des machines, mais il faut des gens pour faire des diagnostics, entrer les données, confirmer des résultats. Ça ne marche pas tout seul, ces machines-là. »