(Ottawa) Des experts en santé et des membres de l’opposition demandent aux premiers ministres du Canada et des provinces de régler les problèmes du système de santé canadien et d’améliorer sa capacité, alors que la pandémie de COVID-19 ébranle les réseaux.

Publié le 10 janvier
Laura Osman La Presse Canadienne

Le premier ministre Justin Trudeau s’est entretenu lundi avec les premiers ministres des provinces et territoires pour discuter de la crise sanitaire croissante posée par le variant Omicron au pays.

Le porte-parole conservateur en matière d’éthique, John Brassard, a déclaré lundi que les Canadiens étaient confrontés depuis deux ans à des confinements et des restrictions, alors que très peu de mesures ont été prises pour régler le manque de capacité dans les hôpitaux.

« Il s’agit d’un échec de la part du gouvernement fédéral, avec les provinces », a déclaré M. Brassard lundi lors d’une conférence de presse à Ottawa.

Lors de la conférence téléphonique de lundi, le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, devait soulever encore une fois la demande des provinces pour plus de financement fédéral en matière de soins de santé.

Les premiers ministres des provinces et territoires demandent à Ottawa que la part fédérale dans les dépenses de santé passe de 22 à 35 %, pour atteindre environ 71 milliards. Le gouvernement libéral s’est engagé à une augmentation de 4,8 % des transferts fédéraux en santé, portant le total pour 2022-2023 à environ 45 milliards.

Le ministre fédéral de la Santé, Jean-Yves Duclos, plaide qu’Ottawa a dépensé 63 milliards supplémentaires en santé depuis le début de la pandémie afin d’épauler les systèmes provinciaux, et qu’il a promis 25 milliards de plus dans un avenir relativement proche.

M. Trudeau a souvent répété que des négociations pour ajuster les transferts en santé auraient lieu après la pandémie. Plusieurs experts en soins de santé soutiennent que ces discussions devraient avoir lieu dès maintenant.

Au-delà du financement

SoinsSantéCAN, une association d’organisations de soins de santé et d’hôpitaux canadiens, demande au gouvernement de réfléchir au-delà du simple financement et d’inciter les provinces à apporter des changements stratégiques afin de développer un système de santé plus cohérent et résilient.

« Dans la formulation d’une politique publique, la tentation est toujours grande d’attendre qu’une situation dépasse la gestion de crise avant d’apporter des changements systémiques », écrivait la semaine dernière le PDG de SoinsSantéCAN, Paul-Émile Cloutier, dans un article d’opinion pour la revue « Policy Magazine ».

« Nos dirigeants politiques ont non seulement intérêt, mais ont aussi l’obligation de concevoir une intervention efficace pour stabiliser le système afin qu’il ne devienne pas la victime la plus importante et la plus coûteuse de cette pandémie. »

Alors que l’association convient que des transferts fédéraux en matière de santé « suffisants » sont nécessaires de toute urgence, M. Cloutier appelle également à un dialogue national sur une réforme en profondeur des soins de santé, y compris la collecte de données et les pénuries de personnel.

Les appels à ces changements en profondeur dans les systèmes de santé au Canada ne datent pas de la pandémie. Le Canada a consacré environ 11 % de son PIB aux soins de santé en 2019, selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Il s’agit d’une part plus importante consacrée à la santé que la plupart des pays de l’OCDE, mais le Canada ne se contente en retour que de résultats de santé moyens, estime Don Drummond, professeur adjoint à l’École de politiques publiques de l’Université Queen’s.

Pendant ce temps, au sein des pays de l’OCDE, le Canada a le quatrième plus petit nombre de lits de soins actifs par 1000 habitants, après le Chili, la Suède et la Colombie.

Les longues listes d’attente, les pénuries de personnel, les inefficacités structurelles et l’inégalité dans l’accès aux soins affectent le système depuis longtemps et ne feront qu’empirer avec le vieillissement de la population, a-t-il déclaré. « La COVID-19 a étiré le système au maximum, mais je dirais que ça n’a jamais très bien fonctionné avant », soutient le professeur Drummond dans une entrevue avec La Presse Canadienne. « Tout doit être changé. »

Le premier ministre Trudeau et son gouvernement se trouvent toutefois dans une situation délicate, car ils n’ont pas le pouvoir constitutionnel de mener un changement systémique, que de nombreux critiques et experts appellent de leurs vœux, a-t-il déclaré. Par contre, les gouvernements ne peuvent pas non plus continuer à engloutir de l’argent dans ce secteur sans régler les problèmes à la source, dit-il.