L'inquiétude se manifeste chez les patients et leurs proches quant aux répercussions du délestage sur leurs soins

Publié le 8 janvier
Louise Leduc
Louise Leduc La Presse
Isabelle Ducas
Isabelle Ducas La Presse

Les informations qui se multiplient sur le délestage accentuent l’angoisse de Lise Maurais, dont la mère de 88 ans est en attente d’une opération à une hanche. « Elle a même demandé l’aide à mourir, et il n’y a rien que nous puissions faire pour la sortir de cette situation. »

Dans un centre de réadaptation depuis trois mois, sa mère « sait qu’elle devra peut-être attendre encore longtemps, confinée soit dans son lit, soit dans la chambre qu’elle doit partager avec quelqu’un d’autre. Sa seule distraction, c’est aller marcher dans le corridor, mais ce n’est plus permis ».

Les visites n’étant pas non plus toujours autorisées, Mme Maurais a surtout des nouvelles d’elle par téléphone.

En lui parlant, on a peine à la reconnaître, son moral est affecté, et elle ne mange presque plus… Cela nous inquiète énormément.

Lise Maurais

Atteinte d’un cancer métastatique, Marilou Gougeon, elle, était censée avoir son examen d’imagerie médicale annuel ce mois-ci. Elle n’a toujours pas de rendez-vous. « On me dit que ça ira en février… peut-être. »

PHOTO FOURNIE PAR MARILOU GOUGEON

Marilou Gougeon

« Quand on est atteinte d’un cancer métastatique, un report d’un mois, ça peut faire une grosse différence », dit-elle, craignant que le report ne soit plus long encore.

Le Dr Réjean Thomas, fondateur de la clinique montréalaise L’Actuel et spécialiste du sida, est aux premières loges de l’angoisse importante des patients. « Cette semaine, j’ai dû dire à deux de mes patients que je leur soupçonne un cancer du poumon. Normalement, on a espoir qu’ils seront vite vus par un spécialiste, mais dans les circonstances actuelles, j’ai dû leur dire que je ne savais pas comment ça allait se passer. »

Depuis une semaine, il dit sentir que la colère des patients monte en flèche. « Contre les non-vaccinés, mais aussi beaucoup contre le gouvernement, ce que je ne sentais pas jusqu’ici. On voit beaucoup de détresse. […] J’ai un patient qui a pété une coche pendant 40 minutes parce qu’il était fâché contre la Santé publique. »

Le problème est plus large encore que le délestage, fait valoir Eva Villalba, directrice générale de Coalition Priorité Cancer. Elle redoute que, comme lors des précédentes vagues, de nombreuses personnes sous-estiment leurs symptômes ou aient trop tardivement accès à des soins, avec pour résultat qu’elles rencontrent un médecin avec un cancer beaucoup plus avancé.

Nous sommes inquiets en raison de tous les diagnostics qui ne sont pas posés ou qui sont posés à retardement, pour toutes sortes de raisons, y compris parce que les patients ont tellement peur d’avoir la COVID-19 qu’ils ne vont pas voir les médecins.

Eva Villalba, directrice générale de Coalition Priorité Cancer

Déjà, en janvier 2021, le ministère de la Santé et des Services sociaux écrivait dans son Analyse des répercussions de la pandémie de la COVID-19 sur les soins et services en cancérologie au Québec qu’étant donné qu’« il y a environ 60 000 nouveaux cas de cancer au Québec chaque année, on peut supposer que seulement [du] 1er mars 2020 au 18 juillet 2020, environ 4119 personnes ayant un cancer n’ont pas été diagnostiquées au Québec ».

En septembre dernier, pour la même analyse des répercussions de la pandémie, le ministère de la Santé et des Services sociaux calculait par ailleurs que 154 667 mammographies de moins avaient été faites en 2020-2021 par rapport à 2018-2019.

Se battre pour des soins

Un résidant de Longueuil raconte quant à lui avoir dû se battre pour que sa belle-mère, à l’hôpital depuis neuf jours et toujours en attente d’une opération pourtant jugée urgente, ne soit pas retournée à la maison. « Elle devait sortir mercredi, mais son test COVID est revenu positif. L’hôpital a malgré tout voulu la retourner à la maison avec mon père, lui-même très âgé et à mobilité réduite. Nous nous y sommes opposés. L’hôpital a alors voulu trouver un centre de réadaptation pour accueillir ma belle-mère. Ils n’y sont pas parvenus, et elle est toujours à l’hôpital. »

Pour une jeune mère qui a aussi demandé l’anonymat et qui est aux prises avec une vilaine infection à la suite d’une césarienne, ce sont les soins à domicile qui laissaient à désirer.

« J’ai eu une expérience épouvantable avec l’équipe des soins de plaie à domicile du CLSC. Il manquait de personnel à cause des réaffectations, et ça nuisait grandement à la qualité des soins », dit-elle.