Vingt mois après le début de la pandémie, tout n’est pas toujours clair dans les relations entre les CISSS et les centres d’hébergement pour personnes âgées.

Suzanne Colpron
Suzanne Colpron La Presse

C’est le cas du Centre Dr-Michel-Leduc, un des quatre établissements des résidences Quatre Saisons, à Coteau-du-Lac, où plusieurs résidants ont été confinés à leur chambre et privés de visites, même celles d’un proche aidant doublement vacciné, en raison d’une éclosion de COVID-19.

Les enfants d’une résidante, Louise et Mario Dupuis, ont raconté leurs déboires à La Presse. Pendant quatre semaines, malgré des appels répétés, ils n’ont pas pu mettre les pieds dans l’établissement et voir leur mère de 85 ans, atteinte du parkinson.

PHOTO PHILIPPE BOIVIN, COLLABORATION SPÉCIALE

Louise Dupuis, dont la mère réside au Centre Dr-Michel-Leduc

Jeudi, la situation n’était toujours pas revenue à la normale, mais était en voie de se rétablir.

Cet établissement privé accueille des patients envoyés par le Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de la Montérégie-Ouest, qui loue les 440 places. La plupart des patients sont atteints de démence et d’autres ont des problèmes de mobilité.

Après qu’il eut été frappé par une éclosion de COVID-19, le 22 octobre, la direction de l’établissement a mis en place un protocole de sécurité, confiné les résidants à leur chambre et interdit les visites, même celles des proches aidants, estimant se plier ainsi aux directives du CISSS et de la Santé publique.

« C’est un bâtiment divisé en huit unités, explique le propriétaire, Ronald Vinette. Deux unités ont été mises en restriction. On avait des cas de COVID, oui. Le CISSS, pendant la période d’éclosion, a décidé de fermer la bâtisse aux visiteurs, par précaution. »

La bâtisse est louée. Tous les clients, tous les résidants, sont les résidants du CISSS. C’est eux qui contrôlent les arrivées et les sorties. Ce n’est pas nous. Il n’y a personne dans le Centre Dr-Michel-Leduc qui a signé un bail. Ils sont tous dans le programme de ressource intermédiaire.

Ronald Vinette, propriétaire de la résidence

Mais tout semble indiquer que l’établissement a mal interprété les consignes.

Le CISSS a expliqué que les directives ministérielles précisaient qu’en cas d’éclosion dans un milieu d’hébergement, les proches aidants ayant suivi la formation de protection et contrôle des infections pouvaient visiter les résidants. Le nombre est toutefois limité à un proche aidant par résidant par jour.

Le fait qu’il y a eu une mauvaise interprétation semble confirmé par la teneur d’une lettre envoyée par l’établissement aux résidants et à leurs proches, datée du 29 octobre. Cette lettre dit clairement que les visites sont suspendues, à l’exception de celles des proches aidants ayant suivi la formation obligatoire. Cette formation, sommaire, dure 15 minutes.

« Un suivi a été fait auprès de la ressource afin de confirmer que tous les proches aidants identifiés et formés peuvent être admis dans la ressource si le ratio d’un proche aidant par résidant par jour est respecté », a fait savoir la porte-parole du CISSS de la Montérégie-Ouest, Jade St-Jean, dans un courriel, jeudi.

« On dirait qu’on est pris en otage »

Les conséquences de cette erreur d’interprétation ont quand même été pénibles.

« On dirait qu’on est pris en otage », déplore Louise Dupuis, dont la mère réside au Centre Dr-Michel-Leduc depuis un an. « Notre mère est là. Puis elle en a perdu beaucoup depuis un mois ; elle a beaucoup plus de misère à marcher. Ses jambes ne sont pas fortes. Le médecin l’a dit, si elle arrête de marcher, c’est fini. Elle ne bougera plus. »

Mme Dupuis et ses frères ont pu parler à leur mère au téléphone, mais pendant des semaines, ils n’ont pas pu la visiter. Ils étaient également incapables d’obtenir de l’information.

Quand j’appelle, j’ai toujours affaire à la réceptionniste. Il n’y a pas moyen de parler à personne d’autre. C’est la seule personne à qui je viens à bout de parler.

Louise Dupuis

« Les décisions se prennent on ne sait pas par qui, on ne sait pas comment ni pourquoi », ajoute son frère, Mario Dupuis.

Les appels de La Presse au CISSS de la Montérégie-Ouest ont toutefois permis de faire débloquer la situation. Le CISSS a demandé à la direction de l’établissement d’appeler les familles des bénéficiaires pour leur dire que les proches aidants formés étaient de nouveau admis dans l’établissement.

Qui est responsable de ce malentendu ?

Le CISSS rappelle que le propriétaire de la ressource intermédiaire est chargé de la qualité du milieu de vie et des services de soutien ou d’assistance rendus aux bénéficiaires. « Conséquemment, il a la responsabilité de la gestion du personnel en place. À titre d’exemple, il doit gérer les visites des proches aidant en assurant la prise des informations et la tenue du registre à jour », précise le CISSS.

Mais le CISSS n’est-il pas tenu, en tant que mandataire du système de santé, de s’assurer que les consignes sont comprises et respectées ?

« Nous, on fait des recommandations. On accompagne, on met en place des mesures, on s’assure que les zones chaudes sont bien respectées. On dit : voici ce que vous devez faire, mais c’est son personnel », précise la porte-parole du CISSS, en parlant du propriétaire de l’établissement. « C’est lui, le gestionnaire de la place. »