Les jeunes enfants subissent peu les effets physiques de la COVID-19, mais ils ressentent les contrecoups de la pandémie tout autant, peut-être même parfois plus, que leurs parents, note l’Observatoire des tout-petits (OTP) dans un rapport publié mardi.

Marie-Eve Morasse
Marie-Eve Morasse La Presse

Même s’ils se font parfois discrets, les petits ont vu leurs parents s’inquiéter, et leur santé mentale a parfois été mise à rude épreuve pendant la pandémie, relève notamment l’Observatoire.

Symptômes anxieux, diminution de la capacité d’attention, sommeil perturbé : avant la pandémie, ils étaient près de 1700 petits Québécois à présenter des troubles anxiodépressifs. Dans son rapport, l’OTP soulève la crainte que, comme ailleurs dans le monde, ces troubles soient en augmentation chez les enfants québécois.

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Fannie Dagenais, directrice de l’Observatoire des tout-petits

« Les études menées ici et à l’international documentent que les enfants sont parmi ceux pour lesquels la santé mentale s’est le plus détériorée pendant la pandémie », dit Fannie Dagenais, directrice de l’Observatoire.

Que ce soit dans leur famille ou à la garderie – les deux endroits où les petits passent le plus clair de leur journée –, le stress s’est fait sentir dans les dernières années.

« S’ils sont déjà plus vulnérables au niveau du développement ou du tempérament, de voir leurs parents s’asseoir à 13 h pour écouter le premier ministre, ça peut stresser certains petits », illustre la Dre Mutsuko Emond-Nakamura, pédopsychiatre au CHU Sainte-Justine.

Elle note que bien des enfants sont « résilients », mais elle ajoute qu’elle voit néanmoins dans sa clinique « des enfants vulnérables, qui restent pris dans l’anxiété ».

La Dre Emond-Nakamura se dit « inquiète » par rapport aux impacts à long terme non seulement du confinement, mais aussi des périodes d’incertitudes qu’ont vécues les petits, notamment avec des garderies qui ouvraient et fermaient parfois à des intervalles rapprochés.

Et quand les petits ne vont pas bien, leur entourage en subit les conséquences, rappelle Fannie Dagenais. « Quand on s’occupe d’un enfant qui a des troubles du comportement, qui ne dort pas les nuits, les parents ne dorment pas très bien non plus », illustre Mme Dagenais.

Pas assez d’activité physique, trop d’écrans

Au-delà de la pandémie, l’Observatoire des tout-petits s’inquiète dans son portrait du fait que 40 % des enfants de 3 à 5 ans ne font pas assez d’activité physique.

Le temps qu’ils passent à regarder des écrans est aussi préoccupant. « Même les parents qui habituellement sont capables d’encadrer cette exposition ont eu de la difficulté pendant la pandémie », dit la Dre Mutsuko Emond-Nakamura, pédopsychiatre au CHU Sainte-Justine, qui a par exemple vu des jeunes qui avaient des comportements agressifs parce qu’ils avaient trop été exposés aux jeux vidéo.

Le rapport de l’Observatoire est publié dans le cadre de la Grande semaine des tout-petits. Au Québec, ils sont 534 000 enfants de 0 à 5 ans.