Arrivé en poste il y a un peu plus de six mois, le nouveau président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ), le DVincent Oliva, veut diminuer l’attente en médecine spécialisée qui a explosé durant la pandémie, notamment en poursuivant les travaux sur la pertinence des soins.

Ariane Lacoursière
Ariane Lacoursière La Presse

Avec l’Institut sur la pertinence des actes médicaux, la FMSQ est en train de « faire un peu de ménage dans les services », explique le DOliva en entrevue à La Presse. « C’est clair qu’avec les listes d’attente qui ont gonflé, il faut prendre des décisions et faire des choix. Mais il faut faire attention : l’idée, ce n’est pas de ne pas donner des services qui sont pertinents. L’idée, c’est de ne pas mettre de l’énergie où il y a peu de valeur ajoutée parce que les listes d’attente sont très importantes. »

Le DOliva a entamé fin octobre une tournée des hôpitaux du Québec. Ses objectifs : se rapprocher du terrain et marquer un « changement de ton » dans son organisation.

La tournée a déjà débuté à Victoriaville et à Sherbrooke. Un choix délibéré. « On tenait à commencer par une région intermédiaire pour envoyer le signal qu’on ne veut pas seulement écouter les grands centres. On veut faire une tournée étendue », dit-il.

Parmi les grands dossiers qui occupent le DOliva depuis son élection et qui inquiètent ses membres : les listes d’attente en spécialité.

Le rattrapage des activités, pas juste en chirurgie, c’est peut-être le dossier qui me fait le plus tourner la nuit. Parce qu’il y a toutes sortes de goulots là-dedans. Dont le manque de personnel.

Le DVincent Oliva, président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec

Alors que plus de 150 000 personnes se trouvent sur les listes d’attente en chirurgie, le réseau de la santé devra mettre les bouchées doubles pour atteindre l’objectif d’avoir 100 000 personnes en attente au printemps 2023. « Il va falloir éventuellement ouvrir les blocs le soir et la fin de semaine », dit le DOliva. Mais pour y parvenir, plus de personnel devra être engagé, dit-il.

En attendant, la FMSQ poursuit son travail sur le chantier de la pertinence des soins, qui avait débuté avant l’élection du DOliva. Lors de son discours d’ouverture à la mi-octobre, le premier ministre François Legault a rappelé avoir signé une entente avec les médecins spécialistes en 2019. Selon cette entente, la FMSQ s’est engagée notamment à récupérer 240 millions récurrents par l’entremise d’un examen de la pertinence des soins. Ces sommes seront réinvesties pour améliorer l’accès à la médecine spécialisée. « On s’attend à ce que cette entente soit intégralement respectée par les médecins spécialistes », a dit M. Legault. « On s’engage à respecter cette entente-là », assure le DOliva.

Des décisions ont déjà été prises. Si certaines « sont plus consensuelles », il n’y a tout de même « rien de facile », selon le DOliva. L’impact de chaque décision doit être soupesé. Les pédiatres veulent par exemple se concentrer sur les enfants avec des pathologies et limiter leurs examens physiques de patients sans maladie. « Mais la première ligne est-elle capable d’absorber ce volume-là ? On veut s’assurer que les patients ne tombent pas entre deux chaises. C’est le genre d’effet domino qu’on voit dans certaines mesures où la prise en charge va être transférée à d’autres professionnels », dit le DOliva.

Des activités à faible valeur ajoutée sont déjà en train d’être éliminées. Par exemple, après une opération, les patients devaient être vus quatre fois par année par leur spécialiste. « Mais il n’y a pas de valeur ajoutée à ça. Donc, voyons-les deux fois par année. Ça va économiser des coûts. Et surtout, ça va permettre à des patients qui ont vraiment besoin d’un spécialiste d’en avoir un », dit le DOliva.

Collaboration avec les omnis

La fin du règne de la précédente présidente de la FMSQ, la Dre Diane Francoeur, avait été assombrie par les allégations d’un ex-directeur qui parlait de « climat toxique » à la Fédération, qui dénonçait les « comportements abusifs de sa présidente » et qui poursuivait la FMSQ. L’organisation s’était défendue en reprochant au directeur d’être l’artisan de ses propres malheurs.

Selon le DOliva, « l’ambiance a changé à la FMSQ ». « On a convenu avec le conseil d’administration qu’on voulait tourner une page et changer les manières de discuter et la manière d’aborder nos partenaires », dit-il.

Le DOliva s’est aussi attardé à tendre la main à ses vis-à-vis de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ), en affrontement ouvert avec le gouvernement ces jours-ci.

On a toujours été témoins de certaines tensions entre la FMSQ et la FMOQ. Mais les médecins de famille, c’est nos cousins.

Le DVincent Oliva, président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec

« On n’est pas obligés d’être d’accord [avec la FMOQ] sur tout. Mais il y a beaucoup de dossiers sur lesquels on a intérêt à converger. Car on est là pour la même raison : les patients. Et il y a des intersections entre la première ligne et nous. Et il faut qu’on s’aide », dit le DOliva.

Déjà, la FMSQ et la FMOQ ont eu des discussions sur leur vision de la vaccination, de la télémédecine et de l’aide médicale à mourir. Des divergences restent notamment sur la répartition des étudiants en médecine. Actuellement, 45 % d’entre eux sont dirigés vers les spécialités contre 55 % en médecine de famille. « C’est sûr qu’on veut former plus de médecins spécialistes », dit le DOliva, qui croit tout de même pouvoir établir « une relation de confiance » avec la FMOQ.

Élu en mars 2021, le DOliva a un mandat de deux ans seulement. D’ici là, il veut que l’on constate que la FMSQ « s’est rapprochée du terrain » et « s’est impliquée pour être un leader qui s’engage à améliorer les soins de santé ».