(Québec) Québec solidaire propose « le Plan respect » pour endiguer la pénurie de main-d’œuvre dans le réseau de la santé et des services sociaux, fragilisé par 18 mois de pandémie. La formation politique réclame l’adoption d’une loi sur les ratios et une autre sur les lanceurs d’alerte pour « combattre l’omertà » dans le réseau public.

Fanny Lévesque
Fanny Lévesque La Presse

Le « Plan respect » de Québec solidaire contient « 10 mesures pragmatiques » pour améliorer les conditions de travail dans le réseau public et « garantir une offre de soins digne de ce nom dans tout le réseau ». La formation politique chiffre ses visées à 365 millions.

« Quand on parle aux soignantes, c’est le mot qui revient le plus », a fait valoir lundi le chef parlementaire de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois, en conférence de presse.

La formation politique a présenté ses recommandations alors que le plan d’embauche déployé par le gouvernement Legault pour recruter et retenir des infirmières en offrant une prime de 15 000 $ est loin de rapporter les fruits attendus, estime Québec solidaire.

PHOTO JACQUES BOISSINOT, LA PRESSE CANADIENNE

Gabriel Nadeau-Dubois

Quelque 864 infirmières ont été engagées dans le réseau de la santé depuis le début de l’opération de recrutement et de rétention, il y a six semaines. Plus de 2713 travailleuses du réseau ont aussi accepté un « rehaussement » de poste à temps complet. Les établissements négocient également avec 3721 candidates potentielles.

« Faites le calcul, ce n’est pas assez. Pour moi, c’est clair, le plan Legault-Dubé ne fonctionne pas, il faut le bonifier, il faut essayer autre chose », a observé Gabriel Nadeau-Dubois. Selon lui, « l’échec de la vaccination obligatoire » est également un symptôme du fait que « le problème reste entier » dans le réseau public de la santé.

Québec solidaire veut s’attaquer au recours aux agences privées de placement — dans un plan de trois ans — et au temps supplémentaire obligatoire (TSO). Le gouvernement Legault a aussi fait connaître cet automne sa volonté de « s’affranchir » des agences et mettre fin au TSO. Pour QS, « les intentions ne suffisent pas » pour « casser cette culture autoritaire » et « méprisante » du réseau.

On exige notamment « un suivi transparent » du recours au TSO et aux agences.

La formation propose que la conception des horaires de travail soit déléguée aux soignantes directement, que l’on favorise la présence d’infirmières dans les postes de chefs d’unité et que l’on élargisse le champ de compétence des sages-femmes pour qu’elles puissent contribuer au réseau et réduire la charge de travail des infirmières.

On suggère également aux établissements de santé de mettre à la disposition des travailleuses des installations sous forme de CPE « directement sur les lieux de travail ou à proximité » pour favoriser la conciliation famille-travail.

« Ce ne sont pas des promesses électorales qu’on présente », a assuré M. Nadeau-Dubois. « Ce qu’on fait, c’est tendre la main au gouvernement Legault », a-t-il ajouté, expliquant « mettre au jeu » une série de propositions « constructives » pour améliorer et rendre plus attractif le réseau de la santé.

« C’est une responsabilité collective », a ajouté le porte-parole en matière de santé pour Québec solidaire, Vincent Marissal. Une copie du « Plan respect » a été envoyée au ministre de la Santé, Christian Dubé. Québec solidaire sollicite d’ailleurs une rencontre avec le ministre pour lui présenter les propositions.

Le cabinet du ministre Dubé estime que Québec solidaire « défonce des portes ouvertes » avec ses propositions. « À maintes et maintes reprises, le ministre de la Santé a déclaré que la décentralisation passe par un changement de culture, et non un changement de structure », a-t-on indiqué.

« D’emblée, soulignons que plusieurs propositions avancées aujourd’hui par Québec solidaire sont recyclées des annonces du gouvernement : donner des heures défavorables au personnel d’agences ou encore offrir des primes au personnel dans les régions éloignées », a ajouté son cabinet dans une déclaration.

Une « grande séduction » pour les régions

Il faut aussi proposer une solution propre aux régions du Québec pour réduire les effets pervers de la pénurie de main-d’œuvre dans les secteurs plus éloignés, soutient Québec solidaire. Pour retenir les soignantes, Québec devrait créer « un statut particulier » qui s’accompagnerait de « forfaits d’installation ».

Ce forfait pourrait comprendre une mise de fonds pour l’achat d’une maison ou un montant pour couvrir les frais de déménagement, indique-t-il. Québec solidaire propose une « prime-région » pour accueillir les stagiaires en région et offrir le remboursement de billets d’avion pour les familles des soignantes dans les communautés nordiques.