Active depuis bientôt deux ans, la pandémie de COVID-19 est déjà l’une des plus meurtrières de l’histoire, avec au moins 5 millions de morts dans le monde. Retour sur les épidémies et pandémies qui ont marqué l’histoire au fil des siècles.

Publié le 2 nov. 2021
Nicolas Bérubé
Nicolas Bérubé La Presse

Avant l’arrivée de la COVID-19, on avait un peu oublié les maladies infectieuses. Mais historiquement, elles constituent l’essentiel de la mortalité.

Denis Goulet, spécialiste de l’histoire de la médecine et des maladies, auteur du livre Brève histoire des épidémies au Québec

Peste noire (1346-1353)

Causée par une bactérie transmise par les rats, la peste noire a été la pandémie la plus meurtrière de l’histoire : elle a tué de 75 à 200 millions de personnes en quelques années. « De 30 à 50 % des Européens en sont morts », explique Alain Gagnon, démographe de l’Université de Montréal qui travaille sur l’histoire des infections. « La maladie a même contribué à la chute de la dynastie Yuan en Chine, à affaiblir l’Empire byzantin… Quand la moitié d’un continent meurt en quelques années, c’est un impact difficile à imaginer. »

Grippe espagnole (1918-1920)

De 10 à 30 fois plus meurtrière qu’une épidémie de grippe classique, la pandémie grippale de 1918 (grippe espagnole), due à une souche particulièrement virulente et contagieuse, a fait de 50 à 100 millions de morts dans le monde, tuant souvent de jeunes adultes, tout juste après la Première Guerre mondiale. « La fourchette du nombre de victimes est très large parce qu’on ne peut pas bien évaluer les nombres dans des pays comme l’Inde, très touchés par la pandémie, mais qui à l’époque n’avaient pas de système d’enregistrement des décès systématique », note Alain Gagnon. Denis Goulet, spécialiste de l’histoire de la médecine et des maladies, auteur du livre Brève histoire des épidémies au Québec, explique que cette épidémie a été foudroyante chez nous : plus de 13 000 personnes en sont mortes en peu de temps dans la province. « Dans une famille de dix enfants, on pouvait en perdre quatre ou cinq. Vous imaginez le drame… » Malgré tout, très peu de gens portaient le masque à l’époque, dit-il. « En 1918, même en chirurgie, le port du masque était une pratique nouvelle. »

Sida (de 1981 à aujourd’hui)

PHOTO PIERRE MCCANN, ARCHIVES LA PRESSE

La cinquième Conférence internationale sur le sida, le plus vaste congrès scientifique jamais tenu au Canada, a eu lieu en mai 1989 à Montréal. Elle comportait un volet culturel, SIDART.

L’épidémie de sida a causé plus de 36 millions de morts dans le monde jusqu’ici. Méconnue à ses débuts, la maladie s’attaquait principalement à des homosexuels, à des héroïnomanes ou à des travailleurs du sexe, et contribuait à marginaliser encore davantage ceux qui en souffraient. « Il y a des médecins qui refusaient de recevoir les patients atteints du sida, rappelle Denis Goulet. Et même lorsqu’ils étaient traités, ils étaient condamnés à une mort à brève échéance. Sur le plan des drames humains, l’épidémie de sida a été l’une des plus importantes de l’histoire. » Le sida est aujourd’hui plus traité que jamais, mais la maladie continue de faire environ 1 million de morts par année, notamment en Afrique subsaharienne.

COVID-19 (de 2019 à aujourd’hui)

Au moins 5 millions de personnes sont mortes de la COVID-19 dans le monde. Or, il s’agit d’une évaluation prudente, et le nombre réel pourrait être « de deux à trois fois plus élevé », selon l’Organisation mondiale de la santé. Alain Gagnon note que la pandémie aurait pu être plus mortelle encore. « La grande différence avec les autres pandémies historiques, c’est qu’on s’est protégés. Sans les masques, sans les mesures de distanciation physique et sans les vaccins, on aurait vu beaucoup plus de morts, on aurait vu des systèmes de santé à plat… Si on se compare, on ne s’en sort pas si mal », dit-il.

Ignorance et superstition

La rapidité avec laquelle les plus récents vaccins ont été développés tranche avec l’ignorance dans laquelle on a longtemps été concernant les moyens de transmission des virus, même chez les plus grands médecins de leur époque, souligne Denis Goulet. « Le mot influenza vient d’ailleurs du mot “influence”, car au Moyen Âge, les médecins liaient la transmission de la maladie à l’influence de l’astrologie, au mouvement des planètes. Même au XXe siècle, beaucoup pensaient que les épidémies commençaient de façon spontanée. »

À Montréal, autour de l’an 1750, plus d’un enfant sur deux mourait avant l’âge de un an. Le gros de ces décès était dû aux maladies infectieuses, qui heureusement, depuis, ont été éliminées grâce aux vaccins.

Alain Gagnon, démographe de l’Université de Montréal qui travaille sur l’histoire des infections

Variole : grande faucheuse du XXe siècle

Maladie contagieuse endémique qui allait et venait au cours de l’histoire et qui touchait surtout les enfants, la variole a causé de 300 à 500 millions de morts dans le monde rien qu’au XXe siècle. C’est de quatre à sept fois plus de victimes que n’en a fait la Seconde Guerre mondiale (75 millions de morts). En 1885, la variole a frappé fort à Montréal. « Ç’a été la panique, les autorités sanitaires ont décrété la vaccination obligatoire pour tous les résidants de la ville, mais à cette époque-là, les gens ignoraient ce que c’était, un vaccin, et ç’a provoqué une émeute », raconte Denis Goulet. La vaccination de masse à l’échelle mondiale a éradiqué la variole en 1980. « C’est l’une des plus grandes réalisations en matière de santé publique », dit-il.

Antivaccins : phénomène moderne

PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE

Manifestation d’un groupe antivaccin devant l’école Louis-Joseph-Papineau, à Montréal

L’acceptation des vaccins a souvent été difficile chez une partie de la population. Avec la pandémie de COVID-19, ce qui est nouveau, c’est que tout un écosystème en ligne existe afin d’amplifier les théories du complot au sujet des vaccins, note Denis Goulet. « Avant, vous pouviez peut-être parler de vos opinions antivaccins à 10 ou 12 personnes à la taverne, et c’était tout. Aujourd’hui, avec Facebook et autres, il y a une quantité énorme d’échanges. Est-ce que ça a un impact sur la couverture vaccinale ? J’aurais tendance à penser que oui. »