(Québec) Pendant que Québec fait appel au secteur privé pour diminuer les listes d’attente en santé mentale, les organismes communautaires de psychothérapie se sentent « oubliés » par le gouvernement Legault. Ils demandent reconnaissance et moyens financiers pour contribuer à désengorger le secteur public.

Fanny Lévesque
Fanny Lévesque La Presse

« On focalise sur la mission du service public et c’est normal, mais on ne prend pas en considération ce qui existe autour », déplore la coordonnatrice du service de psychothérapie du Centre St-Pierre, Pauline Herniou.

Le Regroupement québécois des organismes communautaires de psychothérapie (RQOCP) réclame d’être reconnu comme « alternative » au réseau public de la santé et des services sociaux pour offrir des services de psychothérapie aux Québécois, notamment à la population à plus faible revenu.

Le RQOCP dit « tenter d’établir une collaboration » avec Québec depuis « plusieurs années », en vain.

Alors que le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant, doit déposer cet automne son plan d’action en santé mentale, le Regroupement demande au gouvernement de fournir « les moyens de développer davantage [son] option de services » à travers la province.

Le RQOCP avait interpellé le ministre de la Santé, Christian Dubé, et le ministre Carmant à ce sujet en mai dernier. « Il y a eu une discussion [avec le Ministère], mais ça s’est arrêté là », explique Mme Herniou.

Financement récurrent et substantiel

Le Regroupement, qui comprend une dizaine d’organismes communautaires majoritairement dans le Grand Montréal, voudrait obtenir un financement récurrent et substantiel notamment pour encourager les psychothérapeutes qui œuvrent au sein de leurs ressources à prendre en charge davantage de patients.

« On est déjà là, on a déjà des psychothérapeutes en place », fait valoir le directeur général des Services populaires de psychothérapie, Richard Lavoie. Le coût d’une consultation est modulé en fonction du revenu du patient. On parle parfois d’une rémunération qui atteint au maximum de 50 à 60 $ de l’heure pour les psychothérapeutes en milieu communautaire. Ces psychothérapeutes offrent généreusement leurs compétences, souvent parce qu’ils soutiennent la cause, indique-t-on.

Au cabinet de M. Carmant, on souligne d’ailleurs que les membres du RQOCP « font un excellent travail auprès des clientèles vulnérables », mais qu’on « ne peut pas créer un nouveau programme spécifiquement pour financer les organismes communautaires qui offrent des services de psychothérapie ».

« La demande de financement que le Regroupement nous a transmise n’est malheureusement pas envisageable dans la forme présentée », écrit-on. Le cabinet rappelle que le Programme de soutien aux organismes communautaires (PSOC) finance les ressources en santé et services sociaux.

Or, selon le RQOCP, seulement trois des dix membres ont pour l’heure accès au PSOC, qui est loin d’être suffisant pour répondre aux besoins.

« On n’est pas comptés dans les plans »

En date du 10 octobre, un total de 18 842 Québécois étaient en attente d’un service de première et deuxième ligne en santé mentale. Il y a un an, Québec a injecté 100 millions, dont 25 millions devaient servir à acheter des services au privé. Malgré cette offensive, les listes sont au même point qu’en décembre 2020.

« On n’a pas été comptés dans les plans, les actions et les réflexions [du gouvernement] », se désole Mme Herniou. « On a peut-être aussi parfois oublié l’importance du communautaire et l’importance du travail qu’on y fait. » Pourtant, le réseau communautaire vient souvent à la rescousse du réseau public, argue-t-elle.

Au Centre St-Pierre, par exemple, près de 30 % de la clientèle du service de psychothérapie est référencé par le secteur public, soit parce qu’il n’y a pas de places ou parce que la limite d’heures de consultation est atteinte. Ce chiffre peut atteindre près de 60 % pour certaines ressources communautaires, selon elle.