(Québec) Le premier ministre François Legault a en main les noms des médecins de famille qui ne travaillent pas assez à son goût.

Patrice Bergeron La Presse Canadienne

Son gouvernement est le premier à avoir obtenu ces données de la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ), a-t-il déclaré mardi.

Il veut donner ces noms aux dirigeants des autorités régionales de la santé pour qu’ils les rencontrent, mais il dit ne pas savoir si c’est légal ou non.

« Il y a une minorité des médecins de famille qui ne font pas un bon travail », a affirmé M. Legault à la période de questions mardi en réponse à une question du chef péquiste Joël Arseneau.

« Actuellement ce n’est pas clair, juridiquement, qu’on peut donner ces noms-là aux PDG des CISSS (Centres intégrés de santé et de services sociaux) et des CIUSSS (Centres intégrés universitaires de santé et de services sociaux) pour rencontrer les médecins de famille. »

Le gouvernement tenterait ainsi de contourner la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) pour négocier directement avec ses membres.

Rappelons que le gouvernement caquiste prépare un affrontement avec les médecins de famille, auxquels il reproche de ne pas prendre en charge assez de patients.

En 2018, la Coalition avenir Québec (CAQ) s’était engagée à fournir un médecin de famille à tous les Québécois avant la fin du mandat. Il y avait alors 400 000 patients sur la liste d’attente. Il y en a actuellement le double, soit plus de 800 000, rendant la promesse difficile, voire impossible, à tenir d’ici octobre 2022.

« On ne pense pas que c’est en négociant avec le syndicat qu’on va y arriver, ça a été essayé par l’ancien gouvernement, ça n’a pas fonctionné », a commenté M. Legault.

Il a rappelé que son ministre de la Santé, Christian Dubé, allait déposer un projet de loi bientôt, si les médecins n’obtempèrent pas rapidement. Le gouvernement veut aussi changer le mode de rémunération des médecins.

Ce n’est pas la première fois que le premier ministre brandit la menace d’une loi si les médecins ne se soumettent pas à l’ultimatum de Québec.

L’ex-ministre libéral de la Santé, Gaétan Barrette, avait adopté la loi 20 en 2015, qui prévoyait des pénalités financières à imposer aux médecins qui n’atteignaient pas les objectifs de productivité du gouvernement. Les pénalités n’ont jamais été mises en œuvre, mais cette loi est restée en travers de la gorge des médecins.

La FMOQ se défend en faisant valoir notamment qu’il manque environ 1000 médecins de famille au Québec, qu’on ne forme pas suffisamment d’omnipraticiens, qu’on leur impose de travailler en CHSLD et à l’hôpital, ce qui réduit d’autant leur disponibilité en cabinet, sans compter que les départs à la retraite se multiplient. Elle ajoute qu’il est faux de laisser entendre que le taux de productivité des médecins est faible, alors qu’en moyenne ils travaillent environ 45 heures par semaine.

Les médecins de famille prennent sous leur aile entre 1000 et 2000 patients. Toutefois, le fait de voir son nom figurer sur la liste des patients d’un médecin ne garantit pas automatiquement un accès à des soins ou à un rendez-vous au moment désiré.