(Québec) Au moment où Québec délie les cordons de sa bourse pour attirer et retenir les infirmières dans le réseau de la santé, l’Alliance des maisons de soins palliatifs du Québec (AMSPQ) craint l’exode de son personnel. L’attrait des primes de 15 000 $ par infirmière fait déjà ses effets sur le terrain, déplore-t-elle.

Fanny Lévesque
Fanny Lévesque La Presse

« On est en train de déshabiller Pierre pour habiller Paul », soutient la présidente de l’Alliance, Marie-Julie Tschiember. « Ce dont on avait peur est arrivé 48 heures [après l’annonce du gouvernement] alors que nos maisons ont vu leurs employés se faire directement appeler par les gens du réseau », explique-t-elle.

Le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, a annoncé le 23 septembre un plan d’embauche évalué à 1 milliard pour recruter des infirmières à temps complet. Cinq jours plus tard, l’AMSPQ prenait la plume pour sensibiliser le ministre à la réalité des 36 maisons de soins palliatifs membres de l’Alliance.

« Plus de 80 % de nos membres sont en manque de main-d’œuvre », souligne Mme Tschiember, aussi directrice générale de la Maison René-Verrier à Drummondville. Dans sa correspondance datée du 28 septembre, l’Alliance demande que ses membres soient inclus dans le plan d’embauche du gouvernement Legault afin que les employés aient aussi accès aux primes.

« On est toujours dans l’attente d’une réponse officielle sur cette question-là », indique la présidente. Selon Mme Tschiember, l’accusé de réception de sa missive indique un possible « délai de 10 à 20 jours ouvrables » pour un retour, ce qui mène au 27 octobre. « C’est une éternité pour nous », ajoute-t-elle.

La semaine dernière, Québec a annoncé qu’il étendait son programme de primes aux CHSLD privés non conventionnés et aux résidences privées pour aînés (RPA), évoquant un souci d’équité afin d’éviter de fragiliser ces ressources.

On s’impatiente. Ces annonces la semaine dernière ont fait réagir énormément dans notre réseau.

Marie-Julie Tschiember, présidente de l’Alliance des maisons de soins palliatifs du Québec

Lundi, le ministère de la Santé et des Services sociaux a indiqué dans un courriel que « des discussions ont lieu avec l’Alliance des maisons de soins palliatifs du Québec » et que « la population [sera] informée des décisions prises » au terme de ces échanges.

Selon le décret ministériel, seuls les employés de la catégorie 1 (infirmières, infirmières auxiliaires, inhalothérapeutes et perfusionnistes) sont admissibles à la prime dans le réseau public et dans les établissements visés (CHSLD privés non conventionnés et RPA), ce qui exclut pour l’instant les maisons de soins palliatifs.

L’Alliance emploie environ 1400 professionnels de la santé, dont au moins la moitié sont des infirmières et des infirmières auxiliaires.

Du recrutement difficile

Marie-Lyne Fortin est directrice générale de la maison Au Jardin de MesAnges à Alma. « Il y a du maraudage de la part de notre CIUSSS, c’est un petit peu délicat dans le contexte où on nous fait miroiter qu’on est dans le continuum de services publics, mais qu’on tente d’aller chercher notre personnel », dit-elle.

Mme Fortin, dont la ressource emploie une dizaine d’infirmières, souligne que le recrutement de la main-d’œuvre est difficile partout au Québec.

On sait que c’est une offre intéressante, on en est bien conscient. C’est juste que nous, comme organisme [à but non lucratif], on n’a pas la capacité de faire la même chose.

Marie-Lyne Fortin, directrice générale de la maison Au Jardin de MesAnges à Alma

Dans la métropole, la Résidence Teresa-Dellar fait le même constat : « On n’est pas capable de faire compétition à ces primes-là », soutient la directrice générale, Dale Weil. Elle compte déjà au moins un départ dans ses rangs depuis l’annonce de Québec. Le recrutement est aussi plus difficile ces derniers temps, note-t-elle.

Si l’AMSPQ salue le fait que Québec considère les maisons de soins palliatifs comme des « partenaires prioritaires » de la trajectoire des soins, elle déplore « n’être jamais nommée, jamais mise de l’avant » dans le discours du gouvernement.

« On ne se sent jamais priorisé, même si on se fait dire [qu’on l’est] », illustre-t-elle.

Les maisons de soins palliatifs négocient depuis un an le rehaussement de leur convention de financement. Un élément qui ajoute à l’incertitude des membres quant à leur capacité de faire face à la pénurie de main-d’œuvre et au maintien de leurs services, explique Mme Tschiember.

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Nombre de lits et chambres privées en soins palliatifs des 36 membres de l’Alliance de maisons de soins palliatifs du Québec

Source : AMSPQ