(Montréal) La FIQ part en campagne contre le fameux TSO – ces heures supplémentaires obligatoires qui irritent tant les infirmières, au point de provoquer de nombreux départs dans la profession, en plus d’empoisonner la vie de celles qui restent en poste.

Lia Lévesque La Presse Canadienne
Ariane Lacoursière
Ariane Lacoursière La Presse

Le slogan de la campagne risque d’en secouer plus d’un : « le TSO, c’est un assassinat professionnel », peut-on lire, devant le visage d’une infirmière masquée, sur fond rouge.

Pour la Fédération interprofessionnelle de la santé, le TSO équivaut à « une prise d’otages à répétition ».

L’organisation syndicale dénonce depuis des années le fait que le TSO soit devenu « un mode de gestion », un recours trop facile, trop automatique pour combler des quarts de travail qui ne sont pas comblés.

« Le TSO assassine la profession. C’est l’arme qui anéantit tous les efforts de recrutement, compromet la mise en place des ratios sécuritaires dans le réseau, provoque les départs anticipés, cause les arrêts de travail pour épuisement et met la sécurité des patients (es) à risque », a commenté Patrick Guay, vice-président aux relations de travail à la FIQ.

Par sa campagne, la FIQ va se faire plus pressante auprès des ordres professionnels et de la Direction nationale des soins et services infirmiers afin qu’ils prennent position plus fermement contre cette pratique du TSO.

« Il faut les contraindre à jouer leur rôle de protection envers le public et la protection de leurs membres, en plus de garantir que les soins et services prodigués le sont selon les normes et standards, conformément à leurs obligations légales. Après 16 heures consécutives de travail sur l’adrénaline, personne ne peut prétendre offrir des soins et des services de qualité », ajoute M. Guay.

La FIQ veut aussi cibler les présidents-directeurs généraux des établissements de santé et de services sociaux, afin qu’ils cessent de recourir aussi facilement au TSO et qu’ils envisagent d’autres solutions, comme créer des postes stables et plus intéressants.

La FIQ compte 76 000 membres, des infirmières, infirmières auxiliaires, inhalothérapeutes et perfusionnistes cliniques. Elle représente la grande majorité de celles-ci au Québec, ainsi que les membres dans le privé, au sein de la FIQP (privé).

Une présidente en réflexion

Par ailleurs, la présidente de la FIQ, plus gros syndicat infirmier du Québec, est en réflexion quant à son avenir. Dans une lettre envoyée aux présidents des syndicats affiliés de la FIQ datée du 7 octobre, le Comité exécutif national indique que Mme Bédard « a pris acte des résultats de la motion de non-confiance lors de l’instance du 4 octobre ».

Lors d’une séance du Conseil national de la FIQ le 4 octobre, Mme Bédard avait survécu à un vote de non-confiance. Cette motion évoquait le « discours changeant » de Mme Bédard et parlait de « l’insatisfaction grandissante parmi les 76 000 membres » selon des informations de La Presse. Mme Bédard avait survécu à ce vote de confiance avec 60 % des appuis. Le 5 octobre, la présidente à l’organisation syndicale et l’éducation-animation de la FIQ, Kathleen Bertrand, avait démissionné de ses fonctions.

Dans la lettre du Conseil exécutif du 7 octobre, on indique que Mme Bédard s’imposera « un moment de réflexion afin de prendre le recul nécessaire pour prendre les meilleures décisions pour l’organisation ». « La présidente fera part des conclusions de ses réflexions dès que possible », ajoute-t-on. Mme Bédard « est en réflexion », a affirmé mardi la porte-parole de la FIQ, Liliane Côté. Un conseil national extraordinaire de la FIQ est prévu mercredi.