(Québec) Le gouvernement Legault prépare le déploiement d’une formation accélérée pour recruter des infirmières auxiliaires dans le réseau de la santé. L’Ordre des infirmières et infirmiers auxiliaires du Québec (OIIAQ) se dit « ouvert » à la discussion, mais prévient qu’il est « impensable » de réduire le contenu du programme d’études.

Fanny Lévesque
Fanny Lévesque La Presse

Lorsqu’il a annoncé jeudi dernier une série de mesures incitatives financières et des « moyens costauds » pour redresser le réseau de la santé et des services sociaux, François Legault a indiqué que le ministre du Travail, Jean Boulet, « travaill[ait] sur une accélération de la formation des infirmières auxiliaires ».

Le premier ministre a parlé d’une mesure qui pourrait « donner des résultats à moyen terme » alors, que le réseau fait face à une grave pénurie de personnel.

Lundi, le ministre Boulet a confirmé plancher sur l’élaboration d’un « plan afin de répondre aux besoins de main-d’œuvre dans le secteur de la santé et des services sociaux » avec son collègue de l’Éducation Jean-François Roberge « pour étendre l’offre des formations accélérées pour les infirmières auxiliaires ».

« Des annonces seront à venir. Nous travaillons en équipe pour diminuer la pénurie de main-d’œuvre dans le réseau de la santé à court, moyen et long terme », a précisé le ministre Boulet dans une déclaration.

« Est-ce qu’on veut discuter ? La réponse est oui, mais pas à n’importe quel prix, dans le sens où, pour nous, l’important, c’est que les infirmières auxiliaires aient les mêmes connaissances que celles qui sont présentement au travail », a fait valoir en entrevue la présidente de l’OIIAQ, Carole Grant.

« Pour nous, il est impensable de diminuer le nombre d’heures de la formation », a-t-elle prévenu. Québec a sollicité l’OIIAQ sur le sujet il y a une dizaine de jours, mais aucune rencontre officielle entre les parties n’a encore eu lieu.

Après la première vague de la pandémie, le gouvernement Legault avait lancé une grande opération pour recruter 10 000 préposés en CHSLD. Dans l’urgence, Québec avait fait passer le programme de 870 heures à 375. Les recrues ont été rémunérées pendant leur formation et avaient un emploi assuré dans le réseau.

Un examen professionnel

Contrairement aux préposés aux bénéficiaires, la pratique des infirmières auxiliaires est encadrée par un ordre professionnel. Le programme Santé, assistance et soins infirmiers, qui mène à un diplôme d’études professionnelles (DEP), est aussi beaucoup plus costaud avec 1800 heures de formation, souvent sur deux ans.

« Que ce soit fait rapidement ou non, les candidates vont sortir avec les mêmes obligations que les autres, à savoir qu’elles devront passer l’examen professionnel de l’Ordre [pour accéder à la profession] », assure Mme Grant. Quelque 1100 candidates à la profession réussissent l’examen chaque année après avoir terminé le DEP.

Parmi les pistes de solution, Mme Grant évoque la possibilité de limiter les périodes de vacances ou d’offrir les cours durant l’été. « Est-ce qu’on est capables de le faire plus rapidement ? Peut-être. Je sais que dans certains cas, ça se fait entre 14 et 18 mois », illustre-t-elle en exemple.

Selon la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ), Québec devrait considérer le déploiement de mesures incitatives comme des bourses d’études, miser sur la formation continue et assurer « le soutien clinique des nouvelles recrues » dès leur entrée dans la profession. « De notre point de vue, il serait plus que souhaitable que la réflexion sur la formation soit faite de façon concertée », a soutenu la présidente, Nancy Bédard.