Quatre communautés isolées du Grand Nord québécois n’ont plus accès aux services de santé courants de l’unique dispensaire de leur village depuis la semaine passée. Faute de personnel infirmier, la Régie régionale de la santé et des services sociaux du Nunavik a dû suspendre des services aux citoyens, au moins jusqu’au 12 septembre. Ceux-ci sont invités à « éviter de se mettre dans des situations à risque pour leur santé physique lors de ces périodes ».

Publié le 5 sept. 2021
Ariane Lacoursière
Ariane Lacoursière La Presse

Comme d’autres régions du Québec, le Grand Nord n’est pas épargné par la pénurie d’infirmières. Il manque actuellement une quinzaine d’infirmières en pratique avancée dans l’ensemble des sept villages de la côte de la baie d’Hudson, explique la coordonnatrice des communications de la Régie régionale de la santé et des services sociaux du Nunavik (RRSSSN), Josée Lévesque. La pénurie est telle que quatre villages doivent réduire leurs services à la population. Si les cas urgents peuvent toujours être traités dans les dispensaires (CLSC) de Salluit, Akulivik, Puvirnituq et Inukjuak, les « services courants » y sont pour l’instant suspendus.

Les citoyens sont invités à d’abord composer à un numéro désigné (# 9090) avant de s’y rendre pour recevoir des soins. Un « système de triage et d’attribution de priorité » a été mis en place afin d’établir l’ordre de priorité des patients, affirme Mme Lévesque.

Craintes pour la population

Médecin à Salluit, la Dre Marie-Faye Galarneau explique que ce sont essentiellement les services sans rendez-vous et les suivis médicaux qui sont suspendus. Mais l’impact est grand, dit-elle : « Il n’y a qu’un seul centre de santé par village. Souvent un dispensaire. Certains ont un médecin sur place. D’autres, des infirmières uniquement. Il n’y a aucune autre option pour les patients. »

Infirmière qui travaille dans le Grand Nord depuis 10 ans, actuellement à Akulivik, Danica Dragon Jacimovic explique qu’une interruption des services courants n’a pas les mêmes conséquences dans les villages isolés du Grand Nord, accessibles uniquement par avion, que dans d’autres régions. « Ici, il y a juste nous. Il n’y a personne d’autre », résume-t-elle.

Une autre infirmière qui exerce à Inukjuak, mais qui préfère ne pas être nommée, explique que normalement, six infirmières se partagent le travail au dispensaire. Elles sont actuellement deux.

C’est du jamais vu. La charge de travail est immense. Ça devient dangereux pour les collectivités. Ça crée une grande insécurité.

Infirmière exerçant à Inukjuak

La Dre Galarneau s’inquiète particulièrement pour les services en santé mentale, alors que quatre jeunes de moins de 25 ans se sont donné la mort en une semaine. « Les suivis en santé mentale sont super importants. Mais pour l’instant, on ne peut pas offrir autant d’intensité. On traite essentiellement les gens en crise », déplore la médecin.

« Des choses mineures peuvent devenir critiques »

Tous les travailleurs de la santé joints par La Presse s’inquiètent du fait que de nombreux patients, par crainte de déranger, ne vont tout simplement plus consulter ces jours-ci, risquant une dégradation de leur état de santé.

La Dre Galarneau explique que dans le Grand Nord, la gestion des cas urgents est complexe et qu’il faut donc tout faire pour les prévenir. Les cas très urgents doivent en effet être d’abord évacués par avion vers l’hôpital de Puvirnituq, puis transférés à Montréal par l’avion-ambulance du Québec. Ces transferts, si on ajoute les mauvaises conditions météo, peuvent parfois prendre des jours.

Président du Syndicat nordique des infirmières et infirmiers de la Baie d’Hudson et des professionnelles en soins, Cyril Gabreau estime qu’en l’absence de soins réguliers, « des choses mineures peuvent devenir critiques ». M. Gabreau, qui exerce depuis neuf ans dans le Grand Nord, ajoute qu’avec la pénurie actuelle de personnel, il n’est pas rare de voir des infirmières travailler 24 heures de suite, voire plus.

Mais après ça, qui prend la relève s’il y a un autre gros trauma qui se présente ? Même pour les soins urgents, il y a un risque. On est en train de tomber dans le ravin et on ne voit pas la fin.

Cyril Gabreau, président du Syndicat nordique des infirmières et infirmiers de la Baie d’Hudson et des professionnelles en soins

À la RRSSSN, on affirme que différentes solutions ont été mises en place pour diminuer l’impact sur les populations. Des cadres « vont en renfort en première ligne durant les périodes les plus critiques ». Une campagne de recrutement avec prime est aussi en cours.

Si vous êtes en détresse et avez besoin d’aide, vous pouvez accéder aux ressources suivantes :

  • Ligne d’aide Kamatsiaqtut : 1 800 265-3333
  • Ligne de crise pour les anciens élèves des pensionnats autochtones : 1 866 925-4419
  • Ligne d’aide pour les enfants : 1 800 668-6868 ou par message texte 686 868
  • Ligne d’écoute espoir : 1 855 242-3310
  • Service de prévention du suicide du Canada : 1 833 456-4566
  • Appeler le numéro d’urgence de sa communauté (819 xxx-9090)
  • Pour parler à un intervenant de 9 h à 17 h du lundi au vendredi : 1 877 686-2845