(Québec) Le CISSS de la Montérégie-Est exige de ses employés qu’ils fournissent un billet de médecin pour les absences qui surviennent « systématiquement » après un quart de travail en heures supplémentaires ou en « temps supplémentaire obligatoire » (TSO). Une mesure décriée par le syndicat alors que les travailleurs sont à bout de souffle.

Fanny Lévesque
Fanny Lévesque La Presse

Une « hausse fulgurante des absences de dernière minute » est à l’origine de cette nouvelle « mesure particulière », a expliqué l’établissement de santé dans une note de service envoyée à ses employés, le 6 août dernier. Le CISSS y affirme que les absences ont triplé de juin à juillet.

Ainsi, un salarié qui effectue un quart en heures supplémentaires ou en TSO et qui s’absente ensuite de son quart en heures normales prévu à l’horaire devra désormais fournir une « pièce justificative d’absence », sans quoi il pourrait ne pas être rémunéré à même sa banque d’heures en maladie, indique-t-on.

Un « code d’absence non autorisée sera inscrit [au] relevé de paie » jusqu’à ce que le travailleur fournisse le document justifiant son absence. Le Syndicat des professionnelles en soins de la Montérégie-Est a déposé un grief lundi en réaction à cette note de service pour « protéger les droits » de ses membres.

« On s’entend pour dire qu’en temps de pandémie, alors que l’attraction et la rétention doivent être la priorité, ce genre de note de service est contraire à l’objectif visé », déplore la présidente du syndicat, Brigitte Pétrie, dans un courriel. Le syndicat demande que la note « soit retirée » et qu’on renonce à cette pratique.

Au lieu d’écouter la fatigue et l’épuisement des professionnelles en soins qui se donnent à 200 % et encore plus, on presse encore plus le citron. L’Employeur dit que les absences ont triplé depuis juin, mais, en même temps, le TSO a explosé, alors c’est clairement relié. La poule avant l’œuf ?

Brigitte Pétrie, présidente du Syndicat des professionnelles en soins de la Montérégie-Est

Pénurie de main-d'œuvre

Selon le syndicat, il faut que « les établissements modulent les services en fonction du nombre de professionnelles en soins qui restent, au lieu de continuer d’obliger les professionnelles en soins à en faire plus » devant la pénurie de main-d’œuvre et l’achalandage à la hausse des établissements de santé.

De son côté, le CISSS soutient justement que « le contexte actuel » et « l’augmentation de l’absentéisme viennent amplifier la situation de surcharge pour les équipes présentes au travail ». Dans un courriel envoyé à La Presse, l’établissement rappelle qu’il doit « assurer une gestion de cette situation en toute équité ».

L’établissement affirme « travailler toujours avec [les] représentants syndicaux pour trouver des solutions aux défis » de la main-d’œuvre. On estime par ailleurs que « la saine gestion de ces absences ponctuelles permet aussi de bien en identifier les causes et de faire de la prévention en agissant bien sur celles-ci ».

L’organisation se dit « préoccupée par l’augmentation [des heures supplémentaires] et du TSO ». Le CISSS assure que si une absence est justifiée par son gestionnaire, l’employé sera rémunéré pour son absence.

Une mesure « sévère »

Selon Alain Barré, professeur agrégé au département des relations industrielles de l’Université Laval, à qui nous avons demandé d’examiner la note de service, la mesure « apparaît a priori relativement sévère », alors qu’elle est appliquée après la prestation des heures supplémentaires ou du TSO.

« À un moment donné, l’être humain étant ce qu’il est, il sera au bout de ses forces. Est-ce qu’on va le sanctionner pour ça ? », s’interroge-t-il.

Ce que je comprends de cette situation, c’est que très peu de salariés vont être capables de justifier leur absence […]. Dans notre système aujourd’hui, imposer de manière systématique aux salariés un billet médical pour chaque absence, c’est imposer un très lourd fardeau.

Alain Barré, professeur agrégé au département des relations industrielles de l’Université Laval

Gabriel Nadeau-Dubois, porte-parole de Québec solidaire, a pour sa part dénoncé la situation en publiant la note de service sur sa page Facebook, mardi. « En d’autres mots : faites vos 16 heures de travail consécutives et si vous tombez au combat, essayez de voir un médecin… Ou perdez votre salaire », a-t-il écrit.

Sa publication a été relayée plus d’un millier de fois et a suscité plus de 400 commentaires. En entrevue, l’élu solidaire parle d’une mesure « absurde » et « dangereuse pour le public », qui contribue à « épuiser le personnel » et qui fait la démonstration que le TSO « n’est plus une exception, mais un mode de gestion ordinaire du travail ».

« Si les gestionnaires du système de santé public voulaient encourager les femmes qui travaillent dans le réseau public à aller travailler dans les agences de placement, ils ne feraient pas mieux. C’est exactement ce genre de pratiques qui chassent les travailleuses du réseau public », a-t-il déploré.