Quatre des dix lits de l’unité des soins intensifs de l’hôpital de Saint-Eustache n’accueillent plus de patients depuis jeudi après-midi. Cette réduction s’explique par le manque de personnel en raison de congés préventifs et de maladie, a indiqué le Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) des Laurentides. Les hôpitaux de la région traversent une tempête, selon le DGilbert Boucher.

Florence Morin-Martel
Florence Morin-Martel La Presse
Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse

La réduction des services aux soins intensifs, qui ne comptent plus que six lits, est en vigueur depuis jeudi après-midi. « Les soins coronariens, dont les AVC ou les infarctus, continueront d’être pris en charge, ainsi que d’autres situations médicales complexes qui demandent une surveillance accrue », a précisé l’agente d’information et porte-parole du CISSS des Laurentides, Dominique Gauthier, dans un échange de courriels avec La Presse.

Dans l’intervalle, les personnes qui auront besoin de soins complexes plus soutenus, notamment à la suite d’une intubation, seront transférées à l’Hôpital régional de Saint-Jérôme « dès que leur condition clinique le permettra ». « L’hôpital de Saint-Eustache bénéficie toujours de l’expertise du personnel de soins intensifs », a aussi assuré Mme Gauthier.

La décision de réduire le service est liée aux absences pour cause de maladie et de congés préventifs de membres du personnel spécialisé, qui ne peuvent facilement être remplacés. Nous déployons tous les efforts pour assurer la sécurité des usagers et maintenir les soins nécessaires. […] La situation sera révisée quotidiennement.

Dominique Gauthier, porte-parole du CISSS des Laurentides

Des inquiétudes pour la suite

Le DGilbert Boucher, président de l’Association des spécialistes en médecine d’urgence du Québec, craint pour les Laurentides, qui sont « la zone chaude du Québec », en raison du manque de personnel. « [Les urgences de] Saint-Jérôme ont autant de problèmes que [celles de] Saint-Eustache, malheureusement, dit-il. Ceux qui ont la chance d’avoir un lit et de voir un médecin, c’est parce qu’ils sont extrêmement malades. »

Le vice-président Secteur Nord du Syndicat des professionnelles en soins des Laurentides (SPSL-FIQ), Francis Charbonneau, abonde en ce sens. Selon lui, la réduction du nombre de places aux soins intensifs de l’hôpital de Saint-Eustache « risque de mettre encore plus de pression sur les urgences de la région, qui sont bondées actuellement ».

« Les cas plus stables vont être gardés, mais pour nous, le gros de cette affaire, c’est qu’il n’y aura plus d’admissions à Saint-Eustache pour tous les patients intubés ou plus instables. Ils seront donc transférés vers Saint-Jérôme. Ça nous inquiète, puisqu’on se demande qui va transférer ces patients. Est-ce que ce sera des infirmières de Saint-Eustache, qui sont déjà débordées ? Enlever du personnel ne serait pas du tout efficace », juge-t-il en entrevue téléphonique.

Selon son syndicat, la situation des services réduits aux soins intensifs de l’hôpital de Saint-Eustache pourrait se prolonger au moins jusqu’au début du mois de septembre, voire jusqu’à la mi-septembre. Et pendant ce temps, l’avenir reste incertain, d’après lui.

On n’a pas de plan de l’employeur. À Saint-Jérôme, ils ont 17 lits aux soins intensifs et actuellement, vu le manque de personnel, on ne compte que 12 places pouvant être occupées. On nous dit que de ce nombre, 11 places sont déjà prises. Si Saint-Jérôme affiche complet, ça mettrait encore plus de pression sur nos urgences qui sont bondées.

Francis Charbonneau, vice-président Secteur Nord du Syndicat des professionnelles en soins des Laurentides (SPSL-FIQ)

Sans réagir directement au dossier de l’hôpital de Saint-Eustache, le porte-parole péquiste en matière de santé, Joël Arseneau, a appelé jeudi Québec à établir un plan pour résoudre les nombreuses ruptures de services dans le réseau de la santé. « Le ministre ne peut pas attendre en septembre pour agir, surtout sachant que, pas plus tard que cette semaine, des hôpitaux en Montérégie ont atteint un taux d’occupation de plus de 200 % et que des hôpitaux dans les régions des Laurentides, de Montréal, de l’Outaouais, de la Côte-Nord et du Centre-du-Québec atteignent des taux d’occupation de plus de 150 % », a-t-il insisté.

En date du 22 juillet, le taux d’occupation des civières s’élevait à 153 % à l’hôpital de Saint-Eustache, selon Index Santé. L’Hôpital régional de Saint-Jérôme affichait un taux d’occupation de 119 %. La moyenne dans les urgences du Québec pour ce même jour se situait à 102 %.