Les pénuries de personnel étant ce qu’elles sont partout, il y a davantage d’attente au triage, les patients restent plus longtemps aux urgences avant d’être hospitalisés et les infirmières sont d’autant plus épuisées qu’on leur impose trop d’heures supplémentaires. N’empêche, la sécurité des patients est assurée à Santa Cabrini et à Maisonneuve-Rosemont, assure la patronne des médecins.

Louise Leduc
Louise Leduc La Presse

Plus tôt cette semaine, les médecins de ces urgences ont fait une sortie publique dénonçant « une médecine de corridor » qui « doit cesser avant que les accidents et erreurs ne soient trop fréquents ». « Cet état de fait met en péril notre mission, celle d’accueillir et de stabiliser les nouveaux patients. »

A suivi un article de La Presse rendant compte des inquiétudes de personnes ayant des proches dans divers hôpitaux, entre autres à Santa Cabrini.

Que doit-on comprendre de la lettre des médecins ? Les gens sont-ils adéquatement soignés malgré les difficultés actuelles ?

La Dre Martine Leblanc, directrice des services professionnels au CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal, assure que malgré les difficultés citées plus haut et qu’elle a elle-même énumérées, « malgré les pénuries historiques », on n’en est pas réduit à refuser des soins ou des examens aux patients. « Les patients qui sont admis et hospitalisés reçoivent les soins habituels. »

Y compris quand des transferts doivent être faits pour un examen organisé dans un autre hôpital.

Quand on manque d’infirmières [pour accompagner le patient], quand on manque d’inhalothérapeutes, les transferts sont plus compliqués, mais on les fait quand même.

La Dre Martine Leblanc, directrice des services professionnels au CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal

La Dre Leblanc reconnaît néanmoins que les médecins des urgences de Santa Cabrini et de Maisonneuve-Rosemont qui ont envoyé une lettre coup-de-poing cette semaine « font une lecture de l’environnement qui est tout à fait réaliste » globalement.

A-t-elle été contente ou pas de cette lettre diffusée publiquement et adressée à Christian Dubé, ministre de la Santé et des Services sociaux ? Là-dessus, elle dit avoir des sentiments partagés. D’un côté, elle dit comprendre « leur cri du cœur ». De l’autre côté, cela a le travers, dit-elle, de rendre le recrutement de nouveaux employés difficile et de démotiver les troupes.

Conscience des problèmes

Aux urgences, en moyenne, les patients restent sur les civières aux urgences 22 heures à Santa Cabrini et à Maisonneuve-Rosemont avant d’être admis, indique-t-elle. « C’est trop long par rapport à la cible du Ministère qui serait de 12 heures. On voudrait se rapprocher à 16 heures. »

Les troupes sont fatiguées en raison du trop grand nombre d’heures supplémentaires obligatoires. « On est moins mal pris de jour, mais on est mal pris de soir et de nuit. »

Dans un même hôpital, surtout les fins de semaine, la situation est particulièrement difficile.

Il y a certaines journées où il y a des dizaines d’heures supplémentaires obligatoires, c’est trop, on en est conscients.

La Dre Martine Leblanc, directrice des services professionnels au CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal

À l’heure actuelle, à Santa Cabrini, 45 lits sont fermés (sur un total de 277).

L’hôpital a aussi un seul scanneur, qu’elle croit être « le scanneur le plus utilisé de la province de Québec ».

« On est en demande au Ministère pour en avoir un deuxième. »

Cela dit, l’agrandissement prévu du nouveau bloc opératoire et les rénovations et agrandissements majeurs annoncés à Maisonneuve-Rosemont annoncent des jours meilleurs.

Mais pour l’instant, oui, c’est difficile. « On est obligés d’ajouter notre offre de services parce qu’on n’arrive pas à faire tout ce qu’on faisait avant la pandémie », particulièrement maintenant, où il est incontournable de donner des vacances au personnel qui en a été privé l’an dernier.

« Le réseau partage les mêmes difficultés, à échelle variable », résume-t-elle.

Elle invite donc la population à aller consulter des médecins ailleurs qu’aux urgences quand leur état le leur permet.

Pas de miracle possible, dit Dubé

Le ministre de la Santé, Christian Dubé, a fait le point vendredi sur la situation dans les urgences des hôpitaux qu’il a qualifiée de « très, très, très fragile » au Québec, notamment en Outaouais et en Montérégie.

Il a cité trois exemples de mesures qui ont été adoptées pour minimiser l’impact du manque de personnel : demander aux médecins généralistes de prendre en charge un plus grand nombre de patients, « même ceux qui ont certains symptômes qui pourraient être apparentés à la COVID-19 », augmenter les heures d’ouverture des cliniques gérées par des groupes de médecine familiale (GMF) y compris « les soirs et la fin de semaine », et réorienter les patients des urgences vers des services de première ligne.

« Bien entendu, on ne peut pas faire des miracles à très, très court terme. On peut trouver des solutions et on l’a fait dans quelques endroits. Mais on doit composer avec la pénurie de main-d’œuvre dans notre réseau. On fait, par exemple, pendant l’été, des actions concrètes à court, moyen et long terme. On va vous revenir avec des précisions là-dessus dans les prochaines semaines », a dit M. Dubé, ajoutant que le personnel infirmier a besoin de repos et doit prendre des vacances cet été.

Avec Suzanne Colpron, La Presse