Les médecins des urgences du CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal lancent un cri du cœur, dans une lettre ouverte intitulée « Le naufrage du système de santé ». Ils y dénoncent les conséquences de la pénurie d’infirmières, qu’ils qualifient d’« insoutenable ».

Alice Girard-Bossé
Alice Girard-Bossé La Presse

« On n’a pas suffisamment de personnel sur le plancher pour soigner les patients, alors on les oblige à rester pour un quart de travail suivant, ce qui vient bousiller leur qualité de vie », a déploré le DBernard Mathieu, urgentologue à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont, en entrevue avec La Presse.

Devant la surcharge de travail, les infirmières démissionnent. « Ce qui fait qu’on a encore moins d’infirmières, donc elles font encore plus d’heures supplémentaires obligatoires. On est dans un cercle vicieux. »

Si rien n’est fait, l’urgentologue craint de perdre l’ensemble des infirmières. « Je ne vois pas comment ça va s’arrêter. Ça va continuer de se détériorer, et on ne finira pas l’été si ça continue comme ça. »

À l’heure actuelle, les urgences de l’hôpital Maisonneuve-Rosemont et de l’hôpital Santa Cabrini perdent beaucoup plus d’employés qu’elles n’en recrutent. « Chaque fin de semaine, on entend parler d’infirmières qui ont donné leur démission », a raconté le DMathieu.

La fin de semaine dernière, presque toutes les infirmières des urgences de l’hôpital ont été obligées de rester au quart suivant. « On a déjà vu ça lors de tempêtes de neige historiques, mais là, on n’est pas dans une situation hors de contrôle. »

Situation aggravée par la pandémie

Bien que la pénurie de main-d’œuvre dure depuis des années, la pandémie n’a fait qu’exacerber le problème. « La COVID-19 a amené un surplus de stress, ce qui a fait que les infirmières sont parties à la retraite plus tôt que prévu ou sont parties travailler ailleurs », a dit l’urgentologue.

Afin de pallier le manque de personnel soignant, des lits sur les étages sont « fermés ». « La conséquence, c’est que les patients restent aux urgences plus longtemps, alors ça ne nous aide pas, ça aggrave notre situation », a affirmé le DMathieu.

Le médecin souhaite notamment que le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, applique un décret immédiat qui obligerait les agences de placement de personnel infirmier de la région métropolitaine à pourvoir uniquement les postes aux horaires défavorables, soit les soirs, les nuits et les fins de semaine. « Ça empêcherait que les infirmières quittent si facilement le réseau pour aller travailler dans des agences où les horaires sont favorables », a-t-il conclu.