Il est recommandé de faire 10 000 pas par jour afin d’être au sommet de sa forme. Marie Michèle Del Balso, présidente sortante du conseil d’administration de la Maison St-Raphaël, en fera cependant… 10 fois plus.

Coralie Laplante
Coralie Laplante La Presse

C’est le 17 juin que Marie Michèle Del Balso fera 100 000 pas, soit environ 65 km, afin d’amasser des fonds pour la Maison St-Raphaël dans le cadre de la Marche pour la dignité. Son objectif était de 100 000 $, mais dès jeudi, elle l’avait déjà dépassé de 40 000 $.

« C’est une étape de vie super importante. Pour les gens qui restent, de voir un proche partir paisiblement, dans le confort… Moi, je l’ai vécu avec ma mère. Je suis en paix », affirme Mme Del Balso. Elle marchera en l’honneur de sa mère, qu’elle a accompagnée en fin de vie.

La Maison St-Raphaël, un centre de soins palliatifs, a ouvert à l’automne 2019. Situé dans une ancienne église d’Outremont, l’édifice est revêtu de pierres et percé de grandes fenêtres.

L’intérieur est empreint de sérénité. Musicothérapie, acupuncture, art-thérapie : de nombreux soins sont offerts pour adoucir les derniers instants des résidants de la Maison St-Raphaël.

L’endroit offre aussi un centre de jour pour les personnes en fin de vie et leur famille, le seul situé dans l’île de Montréal.

Le défi, qui se veut accessible à tous, vise à faire connaître la Maison St-Raphaël, mais aussi à célébrer les personnes décédées. Toute personne peut s’inscrire pour amasser des fonds et parcourir le trajet de son choix.

Honorer les morts de la dernière année

« Ici, on va marcher pour commémorer la mort des gens qui sont décédés dans la dernière année. Ça va devenir un évènement récurrent », indique la directrice générale de la Maison St-Raphaël, Olivia Lévêque.

Les collectes de fonds au moyen de marches ou d’évènements sportifs sont efficaces lorsqu’elles sont bien organisées, soutient Jean-Marc Fontan, cofondateur du Réseau canadien de recherche partenariale sur la philanthropie (Philab) et professeur au département de sociologie de l’Université du Québec à Montréal (UQAM). « On a une machine qui est normalement bien huilée », ajoute-t-il.

La pandémie ayant empêché la tenue de ces évènements, la Maison St-Raphaël a dû revoir ses activités de financement dans la dernière année, pour respecter les mesures sanitaires.

Le budget du centre de soins palliatifs est financé à 35 % ou 40 % par le gouvernement provincial. En plus, l’organisme doit amasser entre 2,6 et 2,8 millions de dollars annuellement pour poursuivre ses activités.

Huit lits, au lieu de douze, sont actuellement disponibles pour accueillir des patients, en raison de la COVID-19. Également, 75 personnes fréquentent le centre de jour.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Marie-Claude Sévigny, patiente de la Maison St-Raphaël, a vu son état s’améliorer lorsqu’elle a commencé à fréquenter le centre de soins palliatifs.

Marie-Claude Sévigny fait partie des personnes qui séjournent à la Maison St-Raphaël. Assise dans un fauteuil de sa chambre aux grandes fenêtres, elle affiche un air serein, alors qu’elle s’apprête à recevoir un massage. Elle a commencé à fréquenter le centre de soins palliatifs en avril dernier.

« Quand je suis arrivée, on a vu très rapidement une amélioration dans mon état », déclare celle qui se bat contre le cancer depuis six ans. Les séances d’art-thérapie et de musicothérapie lui ont permis de « toucher à la beauté ».

De trouver ces moments-là ici, ç’a été vraiment précieux pour moi.

Marie-Claude Sévigny, patiente de la Maison St-Raphaël

Le centre de jour, d’abord fréquenté par Mme Sévigny, est un type de service qui gagne à être développé, selon le cofondateur de la Maison St-Raphaël, Marco Ottoni.

« Ça leur donne de l’espoir. Ce n’est pas l’espoir de vivre cinq ans, mais c’est l’espoir de vivre chaque jour [pleinement], dit-il. Les centres de jour ont prouvé qu’ils réduisent les hospitalisations. »

L’effet de la pandémie

La pandémie a durement touché le milieu de la philanthropie. « On a un portrait qui n’est pas complet, mais qui nous donne une situation où pour 20 à 25 % des organisations, ç’a été extrêmement difficile, et on ne sait pas si elles vont pouvoir survivre », affirme Jean-Marc Fontan.

Il y a eu une espèce de responsabilité collective. Le gouvernement s’est mis de la partie, et on a senti que tout le monde devait participer.

Jean-Marc Fontan, cofondateur du Réseau canadien de recherche partenariale sur la philanthropie

Les services de sécurité alimentaire ou les refuges ont pu recevoir des subventions gouvernementales leur permettant de traverser la crise. Des organisations qui n’offraient pas ces services directs s’y sont aussi mises, précise le professeur de sociologie.

« Traditionnellement, on sait qu’on donne moins au Québec que dans les autres provinces du Canada », indique le professeur. De futures analyses permettront de voir si le Québec surpasse ou non ses voisins en matière de dons pendant la pandémie.