La pénurie de pharmaciens dans les établissements de santé perdure depuis des années, ce qui entraîne bien des problèmes chez les patients hospitalisés et ceux hébergés dans les CHSLD, déplore l’association qui représente ces professionnels. Une nouvelle étude confirme le problème : un poste sur trois n’est pas pourvu dans plusieurs régions du Québec.

Publié le 18 févr. 2021
Véronique Lauzon
Véronique Lauzon La Presse

La nouvelle enquête annuelle de l’Association des pharmaciens des établissements de santé du Québec (APES) démontre que la pénurie de professionnels n’a guère changé cette année. À Lanaudière, en Abitibi-Témiscamingue, sur la Côte-Nord, dans le Nord-du-Québec, en Gaspésie et aux Îles-de-la-Madeleine, de 33 à 36 % des postes de pharmacien d’établissement ne sont pas pourvus. À Montréal, il s’agit plutôt de 17 %, ce qui est similaire à la moyenne de la province, évaluée à 19 %.

Les impacts de la pénurie nuisent aux soins pharmaceutiques offerts aux patients hospitalisés ou hébergés en CHSLD, affirme l’association. Son président, François Paradis, a souligné que « 40 % des CHSLD n’ont pas de pharmacien ». Il a donné plusieurs exemples des conséquences de ce manque de personnel, comme l’augmentation des risques d’accidents médicamenteux et une diminution de la qualité de vie des patients.

« Les personnes âgées prennent beaucoup de médicaments. Elles sont plus fragiles, plus vulnérables aux effets indésirables des médicaments. Donc lorsque nous ne sommes pas en mesure de déployer des pharmaciens dans des CHSLD, il y a assurément un impact direct. »

Mesures « temporaires »

Pour M. Paradis, il ne fait aucun doute que cette pénurie qui perdure depuis plus d’une décennie est reliée aux mesures dites « temporaires » du gouvernement du Québec, qui correspondent à 20 % à 50 % de leur rémunération. Ces mesures permettent de maintenir une rémunération concurrentielle entre les pharmaciens employés dans des pharmacies de quartier et ceux qui choisissent de pratiquer en milieux hospitaliers et de soins de longue durée. Le hic, c'est que ces mesures ne sont pas permanentes et « sont remises en question à chaque renouvellement d’entente de travail », a affirmé M. Paradis.

« Lorsqu’on attire de jeunes pharmaciens dans le réseau de la santé, ils regardent les conditions, et s’ils se rendent compte que tous les quatre ou cinq ans, il y a une portion de la rémunération qui est constamment remise en question, ce n’est pas de nature à les attirer dans le réseau. »

Puisque la dernière entente de travail est arrivée à échéance en mars dernier, l’association espère que le gouvernement attrapera la balle au bond pour que ces mesures soient pérennisées. « Si on veut recruter, il faut enlever cette insécurité-là, cette épée de Damoclès. »

Pour appuyer ses dires, François Paradis donne l’exemple du rapport déposé conjointement par le ministère de la Santé et des Services sociaux et l’APES, à l’automne 2019, qui reconnaissait l’efficacité et la pertinence de ces mesures dites temporaires. « On va amorcer bientôt les discussions pour renouveler notre entente de travail. C’est l’occasion, une fois pour toutes, de pérenniser ces mesures. »