(Ottawa) Le gouvernement Trudeau tient mordicus à ce que les centres d’hébergement et de soins de longue durée soient assujettis à des normes nationales afin de s’assurer que les personnes âgées reçoivent des services de qualité. Mais cela ne veut pas dire qu’Ottawa compte élaborer ces normes de façon unilatérale, sans le concours des provinces, assure la ministre fédérale de la Santé, Patty Hajdu.

Joël-Denis Bellavance Joël-Denis Bellavance
La Presse

Alors que les discussions s’amorcent sur cette délicate question qui est déjà devenue une pomme de discorde entre le Québec et le gouvernement Trudeau, la ministre Hajdu soutient que le gouvernement Trudeau souhaite d’abord et avant tout appuyer un exercice jugé essentiel qui doit être mené par les provinces.

Dans une entrevue accordée à La Presse, la ministre a cité à titre d’exemple les lignes directrices provisoires qui ont été émises en avril dernier relativement à la prévention et au contrôle de la COVID-19 dans les établissements de soins de longue durée alors que la première vague de la COVID-19 y faisait plusieurs victimes. Elle a souligné que ces lignes directrices avaient été élaborées par les provinces de concert avec le gouvernement fédéral.

« Nous n’allons pas établir ces normes unilatéralement et ensuite les imposer aux provinces et aux territoires. Bien au contraire, nous voulons travailler avec les provinces et les territoires pour que l’on se donne des objectifs communs quant aux résultats que nous voulons obtenir, c’est-à-dire des centres où les personnes sont en sécurité et traitées avec dignité », a affirmé la ministre.

Redresser la barre

Alors que l’on compte encore aujourd’hui de nombreuses victimes dans les établissements pour personnes âgées durant la deuxième vague, Mme Hajdu croit qu’il faut fermement redresser la barre.

« Nous avons du travail à faire parce qu’il y a encore un nombre élevé de cas dans les centres de soins de longue durée dans la plupart des provinces », a-t-elle fait valoir.

Je pense que tout le monde est d’accord pour dire qu’il faut s’assurer que l’on réponde aux besoins essentiels des gens qui séjournent dans ces centres. Nous avons tous été ébranlés par ce que nous avons vu dans certains de ces foyers.

Patty Hajdu, ministre fédérale de la Santé

Elle faisait notamment allusion au rapport accablant rédigé par les membres des Forces armées canadiennes qui ont été déployés dans les centres de soins de longue durée en Ontario. Dans ce rapport, les militaires ont relevé que des foyers dans la région de Toronto étaient infestés de coquerelles et que de la nourriture avariée était servie aux résidants. Ils ont aussi signalé que des résidants étaient abandonnés sur des matelas posés à même le sol ou encore qu’ils étaient laissés dans des couches souillées pendant de très longues périodes sans que personne intervienne ou réponde à leurs appels à l’aide.

« Cette tragédie que nous avons vue a mis à mal la confiance que nous pouvions avoir dans ces établissements en question. Les Canadiens s’attendent à ce que nous nous attaquions de front à ces problèmes », a dit la ministre.

Au Québec, les Forces armées qui ont été déployées dans les CHSLD n’ont pas fait de constats aussi troublants qu’en Ontario. Mais ils ont tout de même souligné dans leur rapport final l’existence de lacunes dans les établissements, notamment un manque de personnel dans certains d’entre eux, le port d’équipement à géométrie variable par le personnel et des zones chaudes mal définies.

PHOTO MARTIN TREMBLAY, ARCHIVES LA PRESSE

Des membres des Forces armées canadiennes arrivent pour soutenir le personnel médical au CHSLD Argyle à Saint-Lambert, en avril dernier.

Certaines normes envisagées pourraient toucher le ratio de résidants par préposé ou infirmière ou encore l’adoption de protocoles de prévention et de contrôle des infections, a expliqué la ministre.

Prêt à investir, mais...

Dans la mise à jour économique et financière de novembre dernier, le gouvernement Trudeau s’est dit prêt à investir un milliard au cours des deux prochaines années afin d’aider les provinces à améliorer les services dans les centres de soins de longue durée pour les personnes âgées. Mais avant de toucher à leur part du gâteau, les provinces devront accepter des normes nationales.

Au début de décembre, l’Assemblée nationale a adopté à l’unanimité une motion présentée par la ministre responsable des Aînés, Marguerite Blais, qui rejette la volonté du gouvernement Trudeau d’imposer des normes nationales.

Dans une entrevue de fin d’année accordée à La Presse Canadienne, le premier ministre Justin Trudeau a laissé entendre que les provinces qui rejettent les normes nationales pourraient devoir se passer de l’aide d’Ottawa.

La ministre Hajdu a quant à elle préféré mettre l’accent sur l’esprit de collaboration qui existe entre Ottawa et les provinces depuis le début de la pandémie. « J’ai eu plus d’une centaine de conversations téléphoniques avec mes homologues des provinces depuis le printemps », a-t-elle relevé.