Les 800 infirmières praticiennes spécialisées (IPS) du Québec pourront, dès le 25 janvier, exercer leur profession en toute autonomie. Elles pourront diagnostiquer des maladies chroniques et des affections mineures, déterminer des traitements médicaux et effectuer des suivis de grossesse, sans qu’un médecin vienne surveiller leur travail.

Ariane Lacoursière Ariane Lacoursière
La Presse

La ministre responsable de l’application des lois professionnelles, Danielle McCann, est particulièrement fière de ce dossier. « C’est vraiment une bonne nouvelle pour la population. Ça va augmenter l’offre de services en première ligne », dit-elle en entrevue avec La Presse.

Dès janvier, les patients qui souffrent par exemple de diabète ou d’hypertension ou les enfants qui souffrent d’une otite pourront recevoir un diagnostic et être traités par des IPS. Plus besoin d’aller par la suite rencontrer un médecin comme c’est le cas actuellement.

Mme McCann explique que ce changement permettra de « dégager beaucoup de temps de médecins ». Ceux-ci pourront se concentrer sur les cas plus complexes. Car seuls les patients ayant des « manifestations cliniques reconnues » d’une maladie pourront être suivis par les IPS. Les autres seront orientés vers des médecins de famille, explique la ministre.

Un dossier attendu

Les infirmières praticiennes spécialisées du Québec réclamaient depuis des années d’avoir une plus grande autonomie, à l’image de leurs vis-à-vis ontariennes. En février 2019, le Collège des médecins s’était entendu avec le gouvernement et avait donné son aval pour que les IPS posent des diagnostics de six maladies chroniques, soit le diabète, l’hypertension, l’hypothyroïdie, l’hypercholestérolémie, l’asthme, les maladies pulmonaires obstructives chroniques.

Trois mois plus tard, Québec s’entendait avec le Collège des médecins et l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ) pour aller encore plus loin. Leur entente prévoyait que les IPS puissent diagnostiquer tous les problèmes de santé courants de leurs patients, sans que ceux-ci aient à voir un médecin par la suite. On voulait aussi que les gestes accomplis par les IPS ne relèvent plus de la Loi médicale, mais plutôt d’une législation propre aux infirmières et sous la responsabilité de leur ordre professionnel.

Le projet de loi 43, déposé en octobre 2019, a détaillé les gestes que pourront accomplir les IPS. Le nouveau Règlement sur les IPS, qui vient d’être adopté par le gouvernement, permet de donner leur pleine autonomie à ces professionnelles dès le 25 janvier prochain.

PHOTO JACQUES BOISSINOT, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Danielle McCann, ministre responsable de l’application des lois professionnelles, se réjouit de cette avancée.

Les IPS pourront mettre à profit leurs compétences. C’est important pour le système de santé.

Danielle McCann, ministre responsable de l’application des lois professionnelles

La ministre, qui souligne que son gouvernement souhaite avoir 2000 IPS en place dès 2024-2025, salue l’ouverture du Collège des médecins et de l’OIIQ. Elle mentionne que les médecins de famille sont débordés et que les listes d’attente sont importantes. La collaboration des IPS sera donc précieuse, particulièrement dans certaines régions moins bien desservies.

Présidente de l’Association des infirmières praticiennes spécialisées du Québec, Christine Laliberté se réjouit de cette avancée. « On attend ça depuis longtemps. Je suis contente que ça aboutisse. En pleine période de COVID en plus. Ça permettra d’améliorer la fluidité des soins », dit-elle.

Les pharmaciens aussi

Dès le 25 janvier, les pharmaciens pourront aussi élargir leur champ d’action. Ils pourront notamment entamer des traitements pour certaines maladies comme le zona et l’influenza. Les pharmaciens peuvent également déjà vacciner. Les conditions pour prescrire des médicaments pour les infections urinaires, notamment, seront aussi assouplies. « Comme ministre de la Santé, je voulais faire de l’accès à la première ligne une priorité. C’est une partie de mon héritage », conclut Mme McCann.