Dans un manifeste publié lundi dans la section Débats en réaction à la série de reportages de La Presse sur la santé mentale, on réitère le constat : l’accès à des soins au Québec est un labyrinthe dans lequel il est facile de se perdre et qui implique des délais importants.

Mayssa Ferah Mayssa Ferah
La Presse

« On veut que ce soit le système qui puisse aider les gens plutôt que de laisser les gens se guider eux-mêmes dans le système », lance la Dre Claire Gamache, de l’Association des médecins psychiatres du Québec. Il est beaucoup plus facile de se parler entre professionnels de la santé ou acteurs du communautaire que de dire à une personne en détresse d’appeler ici et là. « C’est à nous de nous parler. Dans les endroits où ça va bien, on le fait déjà. Mais il faut plus de fluidité entre les différents acteurs. »

Les signataires – issus d’organismes communautaires et d’associations de médecins spécialistes – proposent trois mesures à mettre en place dans l’urgence de la crise sanitaire.

Il faut rehausser la responsabilité des centres intégrés de santé et de services sociaux (les CISSS et les CIUSSS) et exiger l’implantation de normes pour mettre en place des guichets d’accès en santé mentale adulte (GASMA) efficaces.

« On salue les investissements des dernières semaines, mais il y a une dimension de saupoudrage là-dedans », indique le DOlivier Farmer, de l’Association des médecins psychiatres du Québec.

Ce n’est pas seulement une question d’argent, mais de responsabilité, plaide-t-il. Il faut établir des normes pour les directions des CISSS et des CIUSSS par rapport au fonctionnement des guichets d’accès et exiger le respect de ces normes. « Là où les directions ne se sentent pas vraiment responsables, il n’y a pas d’investissements faits dans les guichets. La variable devrait être la tolérance zéro pour le temps d’attente, une priorité. »

Accélérer la prise en charge des personnes en détresse

Une personne en détresse doit être appelée dans les 48 heures et son évaluation doit se faire à l’intérieur d’une semaine. Les GASMA qui sont bien organisés sont même capables de faire un bout de chemin avec le patient.

« Il ne faut pas que les gens soient mis sur des listes d’attente où le patient attend que le téléphone sonne », insiste le DFarmer.

On parle aussi de travailler main dans la main avec les organismes communautaires et des regroupements de familles et de proches aidants. Des mesures peuvent être mises en place la journée même où la personne obtient un congé de l’hôpital, s’il y a lieu.

« Il faut absolument une fluidité au niveau des communications entre les différents services pour qu’on puisse dire à une personne en détresse qu’on ne la lâchera pas, qu’on est en contact avec par exemple le CLSC de son quartier, qui fera une évaluation complète », juge Jean-Rémy Provost, de Revivre, organisme qui vient en aide aux personnes touchées par les troubles anxieux, la dépression ou le trouble bipolaire.

« Il y a des répercussions de la maladie mentale au niveau des proches, souvent la famille est un peu tassée. Il ne faut pas laisser en plan la famille, mais l’informer sur l’aide qu’elle peut avoir », affirme M. Provost.

Améliorer les soins à domicile

La solution passe aussi par le développement des soins dans le milieu naturel des personnes, comme à domicile et dans les ressources de proximité lorsque les personnes vivent une crise. Il y a une stigmatisation associée à une visite à l’hôpital en psychiatrie. « Si on se fait prendre par les policiers et amener à l’urgence, il y a une résistance. On identifie l’intervention à quelque chose de coercitif et désagréable », explique le DFarmer.

Le tabou qui entoure la santé mentale peut nuire à l’accès aux soins, pense la Dre Gamache.

« La stigmatisation est partout, c’est pourtant 30 % à 40 % des visites que les omnipraticiens reçoivent à leur bureau. Il va falloir un enseignement qui se concentre de plus en plus là-dessus. Qu’on se mette à parler très rapidement aux jeunes des problèmes mentaux et du suicide. »