(Québec) Des médecins qui avaient réussi à rallier plusieurs de leurs collègues en lançant un cri du cœur ont reçu une douche froide mardi soir : le gouvernement Legault a fait savoir qu’il refusait de les rencontrer.

Patrice Bergeron
La Presse Canadienne

Les 700 médecins avaient signé une lettre ouverte il y a deux semaines et d’autres professionnels se sont joints à eux pour fonder un nouveau mouvement mercredi, en vue d’obtenir des changements dans la gestion du système de santé.

Ils réclament la décentralisation du réseau de la santé, devenu « dangereux pour les patients » et « épuisant » pour les professionnels depuis le début de cette crise sanitaire.

Or dans une lettre transmise mardi soir, les autorités du ministère de la Santé ont fait savoir qu’elles refusent de les rencontrer.

« Depuis la création des CISSS et des CIUSSS, […] la coordination médicale au sein de ces structures a eu des aspects très positifs, entre autres en permettant une cohérence et une collaboration étroite entre les différentes installations, indépendamment de leurs missions », peut-on lire dans la lettre obtenue par La Presse Canadienne.

La nouvelle association, qui s’appelle le Regroupement québécois des médecins pour une décentralisation du système de santé (RQMDSS), misait sur cette rencontre.

« C’était un cri du cœur de médecins désespérés et désemparés, qui craignent pour la suite des choses », a résumé mardi le porte-parole de ce nouveau mouvement, le Dr Vincent Bouchard-Dechêne, qui a reçu de nombreux appels et courriels après la publication de la lettre ouverte il y a deux semaines.

« La réaction de la communauté médicale nous a galvanisé pour faire valoir nos revendications au gouvernement, a-t-il dit dans une entrevue avec La Presse Canadienne. Il faut des changements essentiels pour répondre à la deuxième vague. »

Depuis mars, ces professionnels veulent mettre en place des mesures et des solutions concrètes pour freiner la pandémie dans les milieux de soins, mais ils sont constamment freinés par les administrations régionales, les Centres intégrés de santé et de services sociaux (CISSS) et les Centres intégrés universitaires de santé et de services sociaux (CIUSSS).

Rendre l’autonomie au personnel sur le terrain est encore plus essentiel en cette deuxième vague, plaide le Dr Bouchard-Dechêne, puisque le réseau doit désormais soigner autant les patients atteints de la COVID-19 que ceux qui doivent être traités pour un cancer ou un infarctus, en pleine pénurie de personnel.

« C’est plus que jamais nécessaire puisqu’il faut jongler avec ces deux populations, alors que dans la première vague, tout a été mis de côté en raison de la crise. »

Le RQMDSS réclame notamment la nomination d’un administrateur local dans chaque hôpital, à l’instar de ce qui a été fait d’ailleurs dans les CHSLD à la suite de la crise du printemps dernier.

Le regroupement demande également de rétablir un « chien de garde » de la qualité des soins dans chaque hôpital, le Conseil des médecins, pharmaciens et dentistes, comme c’était le cas avant la réforme Barrette. Actuellement il y en a un seul par CIUSSS.

Aussi, ils veulent un retour de la « table des chefs » quotidienne dans chaque établissement, qui regroupe notamment le chef des soins intensifs, le chef de la médecine interne, le chef des soins infirmiers, des soins intensifs, etc.

Le RQMDSS a mis sur pied un site web, www.decentralisation.ca, ainsi qu’une page Facebook, et il sera présent dans les réseaux sociaux.

Les médecins avaient déjà transmis des recommandations au ministre Christian Dubé en juin, mais elles étaient restées lettre morte.