(Montréal) Les infirmières membres de la FIQ refuseront de faire des heures supplémentaires obligatoires, les 24 et 25 octobre.

Lia Lévesque
La Presse Canadienne

La Fédération interprofessionnelle de la santé, qui représente 76 000 infirmières, infirmières auxiliaires et autres professionnelles en soins, met ainsi sa menace à exécution, après l’ultimatum de cinq jours qu’elle avait lancé au gouvernement Legault.

« Les 24 et 25, nous n’accepterons pas de rester au travail de façon forcée. Ça suffit ! Que les responsables des soins prennent en charge cette fin de semaine. C’est par là que ça va passer, si jamais le gouvernement à ce chapitre-là n’avance pas », a prévenu la présidente de la FIQ, Nancy Bédard, en entrevue avec La Presse Canadienne, mercredi.

La FIQ avait déjà tenu de telles « journées sans TSO » (temps supplémentaire obligatoire) le 8 avril 2019 et une autre à la mi-novembre 2019.

Cette fin de semaine des 24 et 25 octobre, les membres de la FIQ feront leur journée de travail normal et celles qui le désirent pourront faire des heures supplémentaires, mais cela devra être fait sur une base volontaire, et non par contrainte de l’employeur, insiste l’organisation syndicale.

La FIQ veut ainsi faire pression sur le gouvernement du Québec dans le cadre des négociations pour le renouvellement de sa convention collective. Celle-ci est échue depuis le 31 mars.

Deux « nœuds »

Les principales revendications de la FIQ portent sur l’établissement de ratios infirmière-patients sécuritaires et sur la formation d’équipes de travail complètes et stables.

Paradoxalement, le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, croit lui aussi qu’il faut stabiliser les équipes de soins et offrir davantage de postes à temps complet aux infirmières et infirmières auxiliaires. Il l’a réitéré au cours de plusieurs entrevues.

Encore mardi, en conférence de presse à Montréal, le ministre Dubé l’a redit : « la mobilité du personnel, c’était un mode de gestion » du réseau de la santé. Il souhaite changer ce mode de gestion, d’autant plus que la mobilité du personnel est à proscrire en temps de pandémie.

Donc, c’est la façon de parvenir à assurer la stabilité des équipes et à accorder plus de postes à temps complet, avec les effectifs actuels, en maintenant la continuité des soins et à coût raisonnable, qui divise les parties.

« On dit la même chose [la FIQ et le ministre Dubé]. Mais c’est comment ça va se traduire dans les processus, pour arriver à ce que le ministre dit. Il est là le nœud », résume Mme Bédard.

La dirigeante syndicale souligne qu’environ 50 % des infirmières occupent un poste à temps complet et 38 % des infirmières auxiliaires.

Certaines infirmières ne veulent tout simplement pas de postes à temps complet, parce qu’ils « ne sont pas attractifs » et nuisent à la conciliation travail-famille, explique Mme Bédard. Un poste affiché peut par exemple être réparti sur des quarts de jour, de soir et de nuit ou être divisé entre plusieurs unités de soins spécialisés. Sans compter qu’un poste à temps complet vient souvent avec du TSO.

« Il faut qu’on puisse avoir une vie en dehors du travail », s’exclame Mme Bédard. Elle déplore que trop d’infirmières doivent multiplier les journées de « 16 heures en ligne » et n’ont pas d’horaires stables.

Les ratios infirmière-patients sont aussi cruciaux pour la FIQ. Une infirmière à temps partiel pourrait être prête à prendre un poste à temps complet, en CHSLD par exemple, mais pas si elle se retrouve « seule avec 80, 90, 110 patients en CHSLD », prévient Mme Bédard.

La présidente de la FIQ affirme tout de même avoir constaté quelques avancées dans ses négociations, au cours des derniers jours, mais ces ouvertures « demeurent nettement insuffisantes » à ses yeux. Elle garde espoir d’ici le 24 octobre, devant la bonne volonté manifestée par le ministre Dubé.