Les adolescents et les jeunes adultes qui consomment régulièrement du cannabis ont deux fois plus de risques d’être impliqués dans des actes de violence physique, avance une méta-analyse du Centre de recherche de l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal, publiée dans l’American Journal of Psychiatry.

Tristan Péloquin Tristan Péloquin
La Presse

Pour arriver à ce constat, les auteurs ont épluché plus de 11 000 études sur le cannabis. Ils en ont conservé 30, basées sur des rencontres et entrevues avec 296 000 adolescents et jeunes adultes.

Chez les grands consommateurs réguliers de cannabis, le risque d’être mêlé à un événement violent et jusqu’à 2,8 fois plus élevé, suggère la méta-analyse.

Les chercheurs montréalais reconnaissent que l’effet est « au mieux modeste ». « Ça demeure significatif, même si ce n’est pas énorme », estime toutefois le chercheur Alexandre Dumais, du Centre de recherche de l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal.

Il y a une croyance populaire qui veut que le cannabis rend moins violent. On était dans la même impression, mais on s’est rendu compte que c’est une erreur.

Alexandre Dumais, du Centre de recherche de l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal

« On voit qu’il se passe quelque chose. Il devrait y avoir une sensibilité chez les jeunes face à cette problématique. Au contraire, on est face à un mouvement de banalisation de la consommation de cannabis », dit M. Dumais.

Important bémol : les chercheurs notent eux-mêmes que leur étude comporte plusieurs limitations. Certains facteurs, comme la consommation d’alcool ou de stimulants, sont difficiles à exclure de l’analyse.

« Cette limite est extrêmement importante », commente Jean-Sébastien Fallu, professeur à l’École de psychoéducation de l’Université de Montréal et un observateur généralement sceptique face aux études qui diabolisent la consommation de marijuana.

« Plusieurs études ne précisent pas la quantité de cannabis consommée. C’est problématique pour plusieurs raisons, notamment parce que plus la consommation de cannabis est lourde, plus elle se confond avec la consommation lourde d’alcool et d’autres drogues. »

Or, l’alcool augmente aussi de deux à trois fois les risques de commettre de la violence physique, reconnaît M. Dumais.

L’œuf ou la poule ?

L’étude soulève aussi un débat classique : est-ce le cannabis qui rend violent, ou le fait d’avoir déjà un comportement violent qui augmente les probabilités de consommer du cannabis ?

« Il y a des études qui tendent à montrer que la consommation vient avant », affirme M. Dumais.

L’étude suggère que la consommation de marijuana pourrait affecter la capacité à maîtriser les impulsions agressives, « induire des sentiments paranoïaques, de l’anxiété et de la panique ». « L’abstinence et le sevrage pourraient contribuer à l’irritabilité et mener à des risques d’explosion d’émotions », écrivent les auteurs.

Jean-Sébastien Fallu croit qu’il est « effectivement possible que la consommation de cannabis puisse favoriser le passage à l’acte d’une minorité d’individus, sans que cela ne se généralise à la très grande majorité des consommateurs », dit-il.