Le Collège des médecins dévoile un rapport pour faire le point sur la pilule abortive au Québec : lors de sa première année de disponibilité, il calcule qu’elle a été choisie par les femmes pour environ 8 % des avortements.

Stéphanie Marin
La Presse canadienne

Cela signifie qu’au moins 2130 femmes ont préféré cette option pour interrompre leur grossesse, plutôt qu’un avortement chirurgical.

La pilule abortive, disponible pour les grossesses d’au plus neuf semaines, peut être prise à la maison et est une solution de rechange à l’avortement chirurgical.

Ces données font dire au Collège des médecins que la pilule abortive est bien implantée au Québec.

Les chiffres indiquent un minimum : le Collège a recueilli les données sur la pilule abortive auprès des cliniques d’avortement qui l’offrent. La majorité d’entre elles — 46 sur 52 — ont transmis leurs chiffres au Collège. Mais la pilule est aussi disponible en pharmacie sur présentation d’une prescription signée par un médecin : ces cas n’ont pas tous été comptabilisés dans l’étude, mais une estimation d’environ 200 femmes a été calculée, incluse dans le chiffre de 2130.

Il est donc probable qu’un plus grand nombre de femmes aient utilisé la pilule abortive que les chiffres rapportés, a noté en entrevue le secrétaire du Collège des médecins, Dr Yves Robert.

Il prévient qu’on ne doit pas la confondre avec la « pilule du lendemain », qui prévient la grossesse après une relation sexuelle, mais qui n’interrompt pas la grossesse si l’ovule est déjà fécondé, comme c’est le cas pour la pilule abortive.

Cette dernière est disponible gratuitement au Québec depuis le début de l’année 2018. Toutefois, des enjeux administratifs ont entraîné un retard de quelques mois dans son déploiement, note le Collège.

Pour cette raison, le 8 % demeure une estimation qui « tient compte de la période d’offre plus courte de la pilule abortive », peut-on lire dans le rapport.

Le Collège a ainsi voulu livrer un bilan de la première année, en examinant la période allant du 1er janvier 2018 au 31 mai 2019. Lors de cette période, 31 169 avortements chirurgicaux ont aussi été faits au Québec.

Un peu plus d’un an après son introduction, 87 % des cliniques d’avortement ont dit offrir la pilule abortive. Et son usage a augmenté au fil des mois sous étude, est-il rapporté.

Le Dr Yves Robert est satisfait des résultats et juge que la pilule abortive est bien implantée.

Il signale qu’au Québec, les femmes ont un véritable choix : elles peuvent opter pour la pilule abortive ou un avortement chirurgical, car il y a un réel réseau de cliniques d’avortement dans la province. La moitié des cliniques du Canada s’y trouvent, dit-il. Par exemple, au Nouveau-Brunswick, qui n’a plus de clinique d’avortement, les femmes se sont tournées en bien plus grand nombre vers la pilule abortive, note le docteur.

Le fait que seulement 8 % des Québécoises aient choisi la pilule abortive pour interrompre leur grossesse n’est pas un problème en soi, dit-il. D’abord, il s’agit de la première année lors de laquelle elle était accessible, rappelle-t-il.

Et puis, « nous, on ne préconise ni une méthode ni l’autre », a-t-il expliqué en entrevue.

« On préconise ce qui convient à la femme. C’est l’objectif. »

Il ajoute aussi que les femmes doivent avoir un suivi sécuritaire, en cas de complications.

Ce qui serait un échec pour lui serait que cette pilule ne soit pas disponible dans toutes les régions du Québec.

Lors de la première année, elle a été utilisée dans tous les coins de la province, selon les données du rapport. « Mais certaines régions sont grandes ! », s’est-il exclamé, donnant la Côte-Nord en exemple.

Si la femme doit se déplacer sur des centaines de kilomètres pour l’obtenir, s’agit-il d’un réel accès ? demande le docteur. « Il y a sûrement des régions qui sont moins bien servies. »

Une seconde phase d’étude va vérifier l’accessibilité géographique.

Au Québec, les médecins qui ne pratiquaient pas déjà des avortements doivent avoir suivi une formation dans le domaine des interruptions volontaires de grossesse pour prescrire la pilule abortive. Le Collège des médecins avait essuyé des critiques l’an dernier pour avoir imposé cette exigence, vue par certains comme une restriction supplémentaire à l’accès, qui n’existe pas dans d’autres provinces.

Un an plus tard, le Dr Robert ne croit pas que cette exigence ait été une réelle barrière : « cela n’a pas empêché plus de 2000 femmes de l’obtenir ».

Et puis, l’objectif n’est pas que plus de femmes prennent la pilule abortive et fassent augmenter le pourcentage de 8 %. L’objectif est qu’elle soit accessible pour celles qui désirent cette option, insiste le docteur.

Et si dans d’autres provinces des infirmières praticiennes peuvent la prescrire, le Collège indique ne pas avoir eu de demandes de leur part dans ce but.

Il convient que « cela pourrait faire partie des options pour faciliter l’accès ».