Afin de mieux soigner les patientes victimes d’effets indésirables après s’être fait installer une bandelette pour prévenir leur incontinence, le Collège des médecins du Québec recommande la création de centres d’expertise et propose un moratoire sur la pose de certains modèles de bandelette.

Ariane Lacoursière Ariane Lacoursière
La Presse

Dans un rapport qui sera public mardi matin, le Collège émet également 16 autres recommandations, dont la création d’un registre des patientes opérées et l’utilisation d’un formulaire standardisé de consentement.

Au Québec, entre 30 % et 50 % des femmes qui ont eu des enfants présentent des problèmes de plancher pelvien, comme l’incontinence à l’effort, explique l’urogynécologue Jens-Érik Walter, qui a participé à la préparation du rapport.

Pour soigner ces patientes, « d’autres solutions existent avant la chirurgie », rappelle le DWalter. Mais depuis une vingtaine d’années, des bandelettes sous-urétrales sont installées à certaines patientes. Selon le rapport du Collège des médecins, la mise en place de ces bandelettes est une « intervention efficace […] pour une grande majorité de femmes ». Mais pour 3 % à 15 % des patientes, des effets indésirables surviennent, comme des douleurs pelviennes, des infections urinaires, des pertes de mobilité et des douleurs lors des relations sexuelles.

Dans deux reportages diffusés en mars et en novembre 2019, Radio-Canada présentait l’histoire d’une patiente victime d’effets indésirables importants, qui se faisait proposer un retrait partiel de sa bandelette. L’un des reportages soulignait que plusieurs femmes se trouvaient dans la même situation et avaient de la difficulté à faire reconnaître leurs symptômes par leur urologue. Pour régler leur problème, une cinquantaine de Québécoises se sont fait opérer aux États-Unis à leurs frais (environ 25 000 $) pour un retrait total de leur bandelette.

Le Collège des médecins souligne que ces reportages ont mis en lumière « le bris de confiance entre les femmes aux prises avec des effets indésirables liés à la bandelette sous-urétrale et les urologues du Québec ».

À la suite de ces reportages, le Collège des médecins a fait enquête. Des experts en urologie et en urogynécologie et plus de 400 patientes ont été sondés.

Les femmes sondées ont majoritairement rapporté que jamais on ne leur a expliqué les risques et inconvénients de la pose d’une bandelette. Elles ont aussi rapporté avoir dû consulter plusieurs médecins et intervenants pour tenter de régler leur situation. Un problème que visent à régler les centres d’expertise, qui devront offrir une approche multidisciplinaire aux patientes avec des médecins, mais aussi des physiothérapeutes et des spécialistes de la douleur chronique, entre autres.

Le Collège des médecins demande à Québec de rembourser les frais encourus par les patientes qui sont allées se faire opérer aux États-Unis. Le Collège recommande également un moratoire sur la pose de bandelettes transobturatrices (de type TOT et TVTO), utilisées dans certaines interventions chirurgicales. Le Collège souligne qu’il « manque d’évidence franche » sur les dangers de ces produits, mais que les commentaires exprimés par les patientes sondées « portent à croire que les bandelettes transobturatrices sont responsables d’un plus haut taux d’effets indésirables ».