Bien que la Santé publique n’ait jamais restreint les services des psychologues en temps de pandémie, l’Ordre des psychologues du Québec a demandé à ses membres de se limiter aux cas urgents au début du confinement. Or, cela a privé de nombreuses personnes « des services qu’elles auraient été en droit de recevoir », dénonce l’Association des psychologues du Québec.

Véronique Lauzon Véronique Lauzon
La Presse

Lorsque le gouvernement du Québec a publié la liste des services essentiels qui pouvaient demeurer ouverts, le 23 mars dernier, on y trouvait « les cabinets privés de ressources professionnelles (réseau de la santé) ». Un peu plus bas sur la liste, il y avait aussi les dentistes et optométristes, en cas d’urgence seulement.

Cette restriction pour ces deux secteurs a semé la confusion chez les psychologues, puisque leur ordre a cru que ses membres devaient aussi la respecter. Les membres « peuvent, si urgence, voir leur client en personne. Il revient au psychologue de juger de l’urgence des situations selon les particularités de chaque client », a écrit l’Ordre des psychologues du Québec (OPQ) dans une communication envoyée le 25 mars.

Or, l’Association des psychologues du Québec (APQ) a eu droit à un tout autre son de cloche. Elle a ainsi indiqué à ses membres que selon ce que lui avait communiqué le ministère de la Santé et des Services sociaux le 26 mars dernier, « les psychologues peuvent recevoir des clients en personne sans que ce ne soient des situations urgentes », peut-on lire dans une communication signée par le vice-président de l’APQ, Gaëtan Roussy, et le président, Charles Roy, qui ont décliné notre demande d’entrevue.

D’après eux, « les psychologues qui proposaient la télépratique ont constaté très tôt que, si elle fonctionnait parfois très bien, elle ne convenait pas à tous, pour des motifs d’ordre clinique ou situationnel. D’où la pertinence, dans plusieurs cas, de rencontres en personne, sous réserve des mesures sanitaires requises », peut-on également lire.

Cette ambiguïté a perduré jusqu’au 6 mai, ce que déplore l’APQ. « Il est dommage que l’Ordre ne nous ait pas crus et dommage qu’il ait fallu autant de temps pour qu’il puisse recevoir la confirmation du Ministère », ont indiqué MM. Roussy et Roy dans un autre communiqué du 13 mai.

Cette situation a créé pas mal de confusion chez nos membres et occasionné des malaises majeurs chez certains. Sans compter que plusieurs personnes ont été privées des services qu’elles auraient été en droit de recevoir.

Gaëtan Roussy et Charles Roy, de l’Association des psychologues du Québec, dans un communiqué du 13 mai

« Dommage »

Questionnée au sujet de la confusion par La Presse, la Dre Christine Grou, présidente de l’Ordre des psychologues du Québec, a d’emblée reconnu qu’elle « trouve ça bien dommage ». Elle aurait aimé « donner la bonne information dès le début », mais elle attendait la confirmation des autorités. Elle est bien consciente que certains psychologues ont connu une baisse de leur clientèle au début de la crise de la COVID-19, entre autres parce que ce ne sont pas tous les clients qui sont à l’aise de s’entretenir avec leur psychologue par télépratique.

« Ce n’est absolument pas l’Ordre qui ne voulait pas que ses membres rencontrent leurs clients en personne. Mais on ne pouvait pas les inciter à aller à l’encontre du décret ministériel », explique la Dre Grou. Dès que le Ministère a informé l’Ordre que les psychologues pouvaient rencontrer leurs patients même si ce n’était pas une urgence, plus précisément le 6 mai, elle en a informé ses membres.