(Ottawa) Le premier ministre Justin Trudeau a tiré à boulets rouges sur les partis d’opposition, les conservateurs en tête, pour avoir retardé des sommes promises à des personnes handicapées.

Catherine Lévesque et Lina Dib
La Presse canadienne

« À cause des jeux politiques joués par les partis d’opposition, malheureusement, on n’aura pas aussi rapidement de l’aide pour des gens extrêmement vulnérables qui vivent avec un handicap. C’est décevant », a-t-il dit lors d’une conférence de presse jeudi matin.

La veille, son gouvernement a échoué à obtenir le soutien des partis d’opposition pour son projet de loi qui venait resserrer les critères d’admissibilité à la Prestation canadienne d’urgence, entre autres.

Son leader parlementaire, Pablo Rodriguez, a alors proposé de scinder le projet de loi pour adopter rapidement une aide financière unique de 600 $ pour les Canadiens en situation de handicap.

Les bloquistes et néo-démocrates étaient d’accord ; seuls les conservateurs ont refusé.

De passage dans une entreprise de la région d’Ottawa — décor digne d’une campagne électorale — pour vanter la subvention salariale, M. Trudeau a rejeté toute responsabilité pour les évènements de la veille.

« Je pense que quand on regarde les propositions qu’on avait faites, on était absolument en train de négocier de bonne foi », a argué le premier ministre en réponse à une journaliste.

« (Les partis d’opposition) avaient des demandes beaucoup plus politiques pour avoir des gains et malheureusement, à cause de ça, même s’ils étaient d’accord sur la substance […] ils ont choisi de ne pas même débattre de ce projet de loi-là », a-t-il déploré.

Il s’est ensuite adressé aux personnes en situation de handicap en leur promettant qu’elles ne seraient pas laissées pour compte.

En période de questions aux Communes, le chef conservateur Andrew Scheer a répliqué que M. Trudeau « trompe honteusement les Canadiens », puisque c’est son gouvernement qui a attendu « des mois » avant d’offrir cette aide.

Et lorsque la vice-première ministre lui a répondu en lui offrant la possibilité de corriger ce qui était peut-être une erreur — le refus de scinder le projet de loi — M. Scheer a répondu que l’erreur était celle des libéraux et que ce qu’ils avaient fait était « dégoûtant ».

Pas un « chèque en blanc »

Malgré les protestations de plusieurs premiers ministres provinciaux, Ottawa imposera des conditions pour les 14 milliards promis pour la reprise de l’activité économique après cette première vague de l’épidémie.

Le premier ministre Trudeau, interrogé sur ce sujet lors de son point de presse, a dit que le rôle du gouvernement fédéral est d’assurer un niveau semblable de services et de sécurité partout au pays.

« Donc il n’y a pas de chèque en blanc, mais on va travailler avec eux pour s’assurer que ce qu’on est en train de faire avec eux, en tant que provinces et territoires, est la bonne chose dans la situation », a affirmé M. Trudeau.

« S’il en faut plus, on va regarder ça, évidemment », a-t-il dit. « S’il y a des provinces qui ne veulent pas l’argent, on sera préoccupés », a-t-il ajouté plus tard.

Le premier ministre du Québec, François Legault, calcule que sa province aura droit à « grosso modo trois, quatre milliards » de cette somme du gouvernement fédéral. Il compte bien y toucher, mais sans céder le contrôle de la santé à Ottawa.

« Pour nous, c’est clair que la santé, c’est de compétence provinciale et il n’est pas question qu’on cède tout le contrôle et la stratégie de dépistage et puis aussi d’approvisionnement en équipement de protection individuelle », a-t-il dit lors d’un point de presse à Québec.

S’il ne suffit que de partager la stratégie de dépistage de Québec avec Ottawa, à ce moment-là, « il n’y en aura pas de problème », a spécifié M. Legault.

Le sujet était prévu à l’ordre du jour de l’appel téléphonique hebdomadaire de M. Trudeau avec ses homologues des provinces et territoires, jeudi soir. Déjà, M. Legault ne cache pas qu’il a « certaines inquiétudes ».

Militaires dans les CHSLD

Pendant qu’à Québec, François Legault continue de réclamer « des bras » d’au moins 1000 soldats dans les CHSLD jusqu’au 15 septembre, se plaignant du trop grand nombre de superviseurs à comparer aux militaires sur le terrain, à Ottawa, M. Trudeau répétait que la « conversation » avec le gouvernement du Québec se poursuit.

La mission militaire doit prendre fin officiellement vendredi. M. Trudeau et ses ministres parlent d’un « plan qui va continuer d’avoir un appui important du fédéral ».

« Ce ne sera pas nécessairement les militaires, dans le même nombre, jusqu’au 15 septembre », a-t-il précisé.

Aux Communes, alors que le député bloquiste Alexis Brunelle-Duceppe réclamait, une fois de plus, un engagement clair que les militaires seraient encore là samedi et jusqu’au 15 septembre, la vice-première ministre Chrystia Freeland pesait ses mots pour lui répondre.

« J’étais journaliste alors j’essaie de choisir les mots très précis. Ce que j’ai dit, ce que je répéterai, c’est que le Canada sera là », a déclaré Mme Freeland.

Plus tôt cette semaine, son collègue à la Sécurité publique, Bill Blair, évoquait la possibilité d’une participation de la Croix-Rouge canadienne pour répondre aux besoins des CHSLD québécois.

Aide aux PME autochtones

Le gouvernement fédéral investira 133 millions pour appuyer les entreprises autochtones au pays.

Le ministre des Services aux Autochtones, Marc Miller, dit qu’il y a environ 30 000 entreprises autochtones au pays et que plusieurs d’entre elles ne se qualifiaient pas pour les programmes d’aide déjà annoncés.

La part du lion de ce montant — 117 millions — sera allouée aux petites entreprises et aux entreprises communautaires. Les 16 millions restants soutiendront le tourisme autochtone.

« Alors que nous débutons la saison estivale, le secteur du tourisme continuera de ressentir l’impact de cette pandémie », a déclaré le ministre Miller.

« Nous voulons nous assurer de soutenir ce secteur essentiel afin que les organisations autochtones de partout au Canada puissent offrir une variété d’activités qui mettront en valeur leur patrimoine, leur culture et leur milieu de vie », a-t-il poursuivi.

Nombre de cas

Il y a eu plus de 1989 000 tests administrés au Canada depuis le début de la pandémie. Environ 2 % d’entre eux ont détecté la maladie. On fait passer en moyenne 33 000 tests par jour au Canada.

Jusqu’à maintenant, on a recensé 97 530 cas confirmés ou probables dans l’ensemble du pays. La COVID-19 a provoqué la mort de 7996 Canadiens.

Distribution des cas au pays, selon les plus récents bilans provinciaux et territoriaux : 53 485 cas au Québec, dont 5105 décès ; 31 544 cas en Ontario, dont 2487 décès ; 7276 cas en Alberta, dont 151 décès ; 2694 cas en Colombie-Britannique, dont 167 décès ; 1061 cas en Nouvelle-Écosse, dont 62 décès ; 660 cas en Saskatchewan, dont 13 décès ; 300 cas au Manitoba, dont sept décès ; 261 cas à Terre-Neuve-et-Labrador, dont trois décès ; 153 cas au Nouveau-Brunswick, dont un décès ; 27 cas à l’Île-du-Prince-Édouard, tous guéris ; 11 cas au Yukon, tous guéris ; cinq cas dans les Territoires-du-Nord-Ouest, tous guéris ; aucun cas au Nunavut.

À ces bilans provinciaux et territoriaux s’ajoutent les 13 cas, tous guéris, chez les passagers rapatriés du navire de croisière Grand Princess le 10 mars.