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Centres antiavortement: «tromperie» et «manipulation»

Ils comparent l'avortement au meurtre, prétendent que la procédure occasionne de graves risques pour la santé ou bien affirment que l'interruption de grossesse mène toujours au regret... Plusieurs groupes pro-vie utilisent ces arguments, aussi «inquiétants» que «mensongers», pour décourager le recours à l'avortement, selon des chercheuses et des organismes pro-choix.

«Pour être tout à fait honnête, certaines personnes sont à l'aise après avoir décidé d'avorter, mais la plupart ont beaucoup de difficultés», affirme, au bout du fil, une conseillère du centre de grossesse Options, contactée au début du mois de décembre.

«De notre expérience, on entend souvent les gens parler de regret après l'avortement, ajoute-t-elle d'une voix calme, empreinte de compassion. Mais il n'est jamais question de regret avec les autres options.»

Par téléphone ainsi que sur le site internet de l'organisme Options, on dit offrir des renseignements clairs sur les options relatives à la grossesse, ainsi que «du soutien et du support», quelle que soit la décision prise.

Mais le centre est membre d'au moins deux associations religieuses de «promotion de la vie», l'Alliance Ressources Grossesse et la Canadian Association of Pregnancy Support Services (CAPSS), qui diffusent de nombreuses informations erronées à propos de l'interruption volontaire de grossesse, d'après un rapport d'étude de trois chercheuses de l'Université du Québec à Montréal (UQAM) sur les discours et pratiques de ressources anti-choix et pro-choix et sur les enjeux éthiques de l'intervention auprès de femmes vivant une grossesse imprévue au Québec.

Depuis que la recherche a signalé les méthodes de groupes comme le centre Options, en 2015, plutôt que de diminuer, leur nombre a presque doublé.

Durant les dernières semaines, nous avons pris contact avec quatre organismes pro-vie, en prétextant être une jeune femme à la recherche de conseils face à une grossesse imprévue. La Presse a contacté le centre de grossesse Options ainsi que le centre Flocons d'espoir, le groupe Enceinte et inquiète et la ressource Options Grossesse - cette dernière, située à Québec, nous a envoyée au centre Options, établi à Châteauguay.

Dans un seul cas, au centre Flocons d'espoir, nous avons été redirigée vers un CLSC : lorsque nous avons mentionné que nous considérions l'avortement, on nous a répondu que la mission de l'organisme consistait à soutenir les personnes souhaitant mener une grossesse à terme.

Apparence de neutralité

Au téléphone, l'intervenante du centre de grossesse Options n'élude à aucun moment la question de l'avortement. Elle l'associe toutefois à un choix qui a des conséquences «lourdes et très intenses» et discute particulièrement du maintien de la grossesse, dans l'optique d'élever l'enfant ou de le donner en adoption. En choisissant cette dernière option, souligne-t-elle, «tu pourrais avoir la même qualité de vie, mais avec la joie de savoir que tu as aidé une famille».

Après avoir calculé une date de conception d'après nos informations, la dame nous décrit l'évolution du foetus à ce stade. Des yeux, des jambes, un cerveau, un coeur : «Le développement est avancé», nous dit-on.

Tout en prétendant offrir des conseils en toute neutralité, certaines organisations anti-choix utilisent la «manipulation» et la «tromperie» pour convaincre ceux qui les consultent de ne pas avoir recours à l'avortement, affirme Cindy Pétrieux, co-coordonnatrice de la Fédération du Québec pour le planning des naissances (FQPN).

Elle explique que parfois, comme au centre de grossesse Options, «on tente de convaincre que l'interruption de grossesse est la moins bonne option, en parlant du bonheur d'être parent, de la détresse à la suite d'un avortement ou en humanisant le foetus ou l'embryon», notamment.

«Pro-femme, pro-vérité et pro-voix»

Selon Véronique Pronovost, doctorante en science politique, membre du chantier sur l'antiféminisme du Réseau québécois en études féministes et coauteure de la recherche sur les centres pro-choix et anti-choix menée par l'UQAM, le centre Options est ce qu'elle appelle un «centre anti-choix» et il use de méthodes «typiques» des groupes antiavortement.

Allan Heron, directeur général de l'organisme, affirme quant à lui que le centre Options est «pro-femme, pro-vérité et pro-voix» et qu'il a adopté «une position non politique en ce qui concerne l'avortement». Il ne confirme pas, ni ne dément, le biais «pro-vie» qui lui est accolé.

«Comme notre nom l'indique, nous présentons aux jeunes femmes les trois options juridiques disponibles dans notre province : l'adoption, la parentalité et l'avortement», affirme-t-il. 

«Ces choix sont présentés de manière factuelle et neutre, afin de permettre à la femme de choisir la voie avec laquelle elle se sent le plus à l'aise.»

Interrogé sur les liens du centre avec des groupes religieux de «promotion de la vie», M. Heron ne fait pas mention de l'Alliance Ressources Grossesse ou de la CAPSS. Il indique toutefois qu'Options est un programme de Jeunesse sans limite Montréal, «un organisme confessionnel offrant des services respectueux, holistiques et de qualité, en vue d'inspirer et d'outiller les jeunes aux niveaux physique, mental, émotionnel ainsi que spirituel».

Deux autres organisations pro-vie, Vivere (qui se dit «artisan de la culture de la vie») et la Campagne Québec-Vie, citent le centre Options comme une ressource vers laquelle se tourner en cas de «grossesse difficile». La position de ces groupes est «très problématique» et l'information qu'ils diffusent est «trompeuse» et «inexacte», d'après Véronique Pronovost.

De la lecture antiavortement

Les méthodes de certains groupes pro-vie sont plus pugnaces qu'au centre de grossesse Options, rapporte Cindy Pétrieux : ils parlent du meurtre d'un enfant, de graves douleurs, d'infertilité, de risques de cancer...

À l'organisme Enceinte et inquiète, un conseiller nous affirme, par courriel, que «de plus en plus, les recherchistes [médicaux] et autres notent les effets néfastes suite à un avortement». Il s'agit, d'emblée, d'une information erronée, explique Véronique Pronovost.

Enceinte et inquiète dit offrir «un support aimant et confidentiel à quiconque est affecté par une grossesse imprévue» et des réponses «au sujet de la grossesse, des infections transmises sexuellement (ITS), de l'avortement, de l'adoption, de savoir élever un enfant, des références médicales et plus encore». Rien ne laisse paraître qu'un biais pro-vie pourrait influencer ses conseils.

Mais on nous recommande alors de lire un résumé exhaustif d'une étude de l'institut deVeber, un centre de recherche torontois. 

«Le site web de l'institut est très professionnel. Il présente une signature visuelle qui donne de la crédibilité aux propos qu'on y retrouve», affirme Mme Pronovost. 

«Cette stratégie est largement employée par les organisations anti-choix. Cela a pour effet de camoufler leur biais idéologique et de paraître neutre, scientifique et crédible.»

Le document de l'institut deVeber, intitulé Complications : l'impact de l'avortement sur les femmes, compile une dizaine d'arguments antiavortement.

Risques de cancer du sein, d'infections aux organes reproducteurs, d'infertilité, de maladies auto-immunes ou de problèmes de santé mentale pouvant mener jusqu'au suicide... L'avortement est porteur de nombreux maux, si l'on en croit la lecture conseillée par Enceinte et inquiète.

On y prétend que les accouchements prématurés sont plus probables pour une femme ayant précédemment avorté. Tout un chapitre est consacré aux graves douleurs qui peuvent être ressenties durant et après un avortement, alors qu'un autre prétend que 10 % des problèmes mentaux sont attribués à l'avortement.

«Toutes ces affirmations ont été réfutées maintes et maintes fois par la communauté médicale internationale, soulève Véronique Pronovost. Aucune étude crédible, reconnue par la communauté médicale, n'établit de lien de causalité entre l'avortement et le développement de ces afflictions.»

«L'objectif [de cet institut] est clair : générer un sentiment de peur suffisamment fort pour que les femmes choisissent "par elles-mêmes" de ne pas se faire avorter.»

«Un geste horrible que vous regretteriez toute votre vie»

La Presse a également contacté le groupe Pro-Vie Québec, qui affirme aussi offrir du soutien en cas de grossesse imprévue.

«Nous sommes totalement contre l'idée d'une mère qui tue son propre enfant ! Le plus mauvais conseil à donner à une femme enceinte, c'est de lui conseiller de devenir une meurtrière», nous a répondu une représentante de l'organisme, qui croyait elle aussi s'adresser à une jeune femme enceinte à la recherche de conseils.

Le groupe affirme clairement sa position antiavortement. Mais «que les centres anti-choix affichent ouvertement leur idéologie ou non ne change pas le fait qu'ils utilisent la vulnérabilité des gens à des fins politiques et idéologiques et non pas pour les guider vers la meilleure solution pour eux», soutient Mariane Labrecque, co-coordonnatrice à la FQPN.

Alors que nous parlions de craintes face à l'interruption de grossesse, on nous a répondu à Pro-Vie Québec que «c'est le bébé dans sa mère qui court les pires risques durant un avortement». «C'est votre enfant qui se ferait tuer! Ses chances de mourir sont de 100%!»

«Ce n'est pas des choses qui sont populaires de nos jours, dans notre pays anti-enfants, mais chez Pro-Vie Québec, nous n'essayons pas de gagner un concours de popularité. Nous essayons de vous empêcher de faire un geste horrible que vous regretteriez toute votre vie», a conclu la représentante de l'organisation, en ajoutant qu'«il y a toujours une solution autre que de tuer son propre enfant».

«De traiter les personnes de "meurtrières" est carrément diffamatoire», soulève Mme Labrecque, en soulignant que se faire avorter «n'est pas "tuer un enfant"», ce que la loi stipule depuis maintenant 30 ans.

***

GLOSSAIRE

PRO-VIE : Les groupes pro-vie, que certains désignent par le terme «anti-choix», s'opposent à ce qu'une personne enceinte prenne la décision d'interrompre sa grossesse. Ils sont également contre l'aide à mourir, notamment. Souvent financés par des organismes religieux, les centres de conseils de grossesse pro-vie se positionnent donc contre le droit à l'avortement.

PRO-CHOIX : Les organismes d'aide aux personnes enceintes ayant une orientation pro-choix sont des groupes au sein desquels l'avortement est considéré comme une action aussi valable, sur le plan moral, que celle de poursuivre une grossesse. Leur intervention se veut neutre et vise l'autodétermination de la personne faisant face à une grossesse imprévue.




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