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La DPJ jusqu'à 21 ans?

La première vague de résultats de l'Étude longitudinale... (PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE)

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La première vague de résultats de l'Étude longitudinale sur le devenir des jeunes placés, qui suit 1000 jeunes hébergés dans les services de la DPJ de l'âge de 17 à 20 ans, démontre notamment que quatre jeunes sur cinq hébergés dans les ressources des services sociaux accusent un retard scolaire, parfois important.

PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

Les jeunes hébergés par la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) devraient-ils obtenir un soutien statutaire des services sociaux jusqu'à l'âge de 21 ans? C'est la question qu'on se pose au sein du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) Centre-Sud-de-l'Île-de-Montréal, dont fait partie le plus gros centre jeunesse du Québec, à la suite des résultats de l'Étude longitudinale sur le devenir des jeunes placés (EDJeP).

«Nos jeunes s'en sortent, mais pas nécessairement en même temps ou de la même façon que le jeune ordinaire. Il faut qu'on leur donne du soutien après 18 ans, estime Lesly Hill, directrice du programme jeunesse au CIUSSS, qui gère le Centre jeunesse de Montréal. Comme société, est-ce qu'on devrait étendre le programme Jeunes en difficulté jusqu'à l'âge de 21 ans? La question se pose.»

C'est la conclusion à laquelle pourraient en venir les autorités des services sociaux après analyse des données de l'étude EDJeP du chercheur Martin Goyette, de l'École nationale d'administration publique. La première vague de résultats de cette étude, qui suit 1000 jeunes hébergés dans les services de la DPJ de l'âge de 17 à 20 ans, démontre notamment que quatre jeunes sur cinq hébergés dans les ressources des services sociaux accusent un retard scolaire, parfois important. En comparaison, les trois quarts des jeunes Québécois du même âge avaient atteint le niveau scolaire normal à cet âge, tout comme 56% des jeunes issus de milieux défavorisés.

Pas de surprise

Dans le réseau des centres jeunesse, ces résultats n'étonnent pas. «Pour être honnête, ça me fait de la peine. On travaille fort pour contrer ça. Mais je ne suis pas surprise. Les jeunes ont des défis multiples et les cas s'alourdissent de plus en plus. Ils ont vécu une multitude de traumas et sont plus ou moins disponibles sur les bancs d'école. Mais ce qui percute, c'est de voir la différence entre nos jeunes et les jeunes issus de milieux défavorisés. Eux non plus, ils n'ont pas la vie facile», souligne Isabelle Lavertu, chef de service des programmes d'intégration sociale au Centre jeunesse de Montréal.

«On ne peut pas être fiers de ça. On ne peut pas être heureux. Mais il y a énormément d'efforts de déployés. Le tableau n'est pas totalement noir», affirme de son côté Lesly Hill.

En effet, avant même la parution de ces résultats, les services sociaux avaient déjà mis sur pied nombre d'initiatives qui vont au-delà de l'âge officiel de la fin des services. Par exemple, les jeunes hébergés en famille d'accueil, s'ils fréquentent toujours l'école, sont autorisés à demeurer jusqu'à 21 ans dans leur lieu d'hébergement, explique Mme Lavertu.

De plus, le Programme qualification jeunesse suit 80 jeunes, dont les dossiers sont très lourds, de l'âge de 16 à 19 ans, afin d'assurer leur intégration harmonieuse dans la vie autonome. «Récemment, j'ai permis à un jeune de dix-neuf ans et demi de poursuivre le suivi pendant six mois. C'est un jeune qui a fait deux psychoses, qui a un trouble d'attachement sévère... Son intervenant, c'est l'équivalent de sa doudou. Bien sûr, éventuellement, il va falloir faire le pas. Mais pour ça, il faut lui rebâtir ailleurs une nouvelle sécurité», explique-t-elle.

Le programme d'Intégration socioprofessionnelle, qui fait en sorte qu'un conseiller en adaptation au travail rencontre systématiquement tous les jeunes de 16 ans et plus qui reçoivent des services, a aussi eu un impact important sur la poursuite des études, fait valoir Mme Lavertu. «On a vu une grosse différence sur le succès scolaire. On a vraiment donné un coup de barre, on essaie de ne pas lâcher la serviette trop vite quand le jeune dit qu'il veut abandonner l'école.» De même, la Fondation du Centre jeunesse de Montréal a distribué, depuis 2016, pas moins de 300 bourses d'études pour la persévérance scolaire et le tutorat.

Rencontre houleuse

Le Centre jeunesse de Montréal a activement participé à l'étude EDJeP. Lesly Hill a notamment rencontré les membres du comité des jeunes de l'étude, qui a épaulé le chercheur à toutes les étapes des travaux. «Disons que la première rencontre a été... houleuse, dit-elle. Pour eux, j'étais la représentante d'un système qui ne les a pas bien servis. Après cette rencontre, je leur ai écrit pour leur dire à quel point nous étions attristés par leur expérience.»

Dans l'étude EDJeP, certaines catégories de jeunes hébergés, notamment ceux qui résident en centre de réadaptation, sont en effet très critiques quant aux services qu'ils ont reçus pendant leur placement. Seulement 56% d'entre eux se disent satisfaits des services reçus. Ce qui fait dire à Lesly Hill que le réseau des services sociaux devrait probablement revoir son recours aux centres de réadaptation. «Il faut voir les centres comme un lieu de réadaptation, pas un milieu de vie.» 

«Venir en centre six mois, un an, ça peut être salutaire. Mais si on le garde au-delà de cela, ça ne fait pas de sens. Certains jeunes grandissent là, et ce n'est pas acceptable.»

Car le départ vers la vie autonome de ces jeunes résidants des centres de réadaptation est de loin le plus complexe à gérer. Le maillage avec les organismes communautaires, qui peuvent assurer leur suivi, est impératif. «Ceux qui sortent des centres, ils ne veulent pas rester avec nous. Il faut trouver d'autres stratégies pour leur donner un filet de sécurité. Il faudrait systématiser le suivi et offrir des services psychosociaux.»




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