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Nouveau CHUM: 20 000$ pour des travaux mineurs

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Ariane Lacoursière 
La Presse

La pose d'un comptoir, d'une pellicule givrée sur une vitre et de huit prises de téléphone dans un petit local du nouveau Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM) pourrait coûter 20 000 $ à l'établissement, a appris La Presse. Des frais « beaucoup trop élevés » qui prouvent que les rénovations dans les projets de construction en partenariat public-privé, comme celui du CHUM, sont bien trop coûteuses, selon le président du Syndicat des employé(e)s du CHUM, Claude Talbot.

Dans un document interne émanant de la Direction des services techniques du CHUM, on peut lire que l'hôpital veut changer la vocation d'une salle de réunion pour en faire une salle de travail pour quatre infirmières. Le local en question a une superficie d'environ neuf mètres carrés.

Pour convertir la salle, il faudra entre autres poser une pellicule givrée sur une vitre «sur une hauteur de 1200 mm (1,2 m)». Le coût de cette pose est estimé à 500 $. Un comptoir devra être installé (2470 $). Il faudra également installer huit prises de téléphone (voix et «data») dont la pose est chiffrée à 850 $ l'unité, pour un total de 6800 $. À la facture s'ajoutent environ 4000 $ de «frais de gestion et profits PPP», ce qui porte le total à 20 700 $. «À ce prix-là, je suis pas mal certain que nos employés à l'interne auraient pu faire le travail pour moins cher», lance M. Talbot.

Rappelons que le nouveau CHUM, qui a ouvert ses portes en novembre 2017, a été construit en partenariat public-privé (PPP). C'est le partenaire privé, Construction santé Montréal (CSM), qui est responsable de toutes les modifications à apporter à la bâtisse, et ce, pour toute la durée du contrat qui se terminera en 2050.

La porte-parole du CHUM, Lucie Dufresne, explique que l'estimation obtenue par La Presse a été préparée par une équipe interne et est «préliminaire». «On reçoit plusieurs demandes de projets à l'interne et il faut d'abord en faire l'analyse», explique Mme Dufresne. Les coûts indiqués n'ont pas été fournis par le partenaire privé. CSM n'a pas donné suite aux demandes d'entrevue de La Presse.

«Prisonniers» du partenaire privé?

Même si l'estimation obtenue par La Presse n'est que préliminaire, le professeur-chercheur à l'INRS Pierre J. Hamel affirme qu'il «est su depuis longtemps que les modifications coûtent plus cher en PPP». «On est prisonniers du partenaire privé. Des cas de travaux trop chers, il y en a plusieurs. En Europe, des gouvernements rachètent des PPP justement à cause de ça», dit-il.

Le PDG du CHUM admet que le «problème» des PPP se trouve sur le plan de la maintenance. «Surtout dans un hôpital où tu as une évolution très rapide des technologies, qui fait en sorte que tu dois sans cesse adapter ton environnement. Si tu construis une autoroute ou un pont en PPP, pas très grave, ils ne changeront pas toutes les deux secondes leurs technologies. Mais nous, la vitesse de l'innovation est rapide. Si on met un nouveau robot ou un nouvel appareil de radio-onco, il faut changer la pièce», constate Fabrice Brunet, qui note que chaque demande de changement doit être négociée avec le partenaire privé.

M. Brunet a été nommé PDG du CHUM en 2015. Le choix de construire le nouvel hôpital en PPP avait été fait avant son arrivée. «J'ai hérité de quelque chose. Je n'ai pas décidé au départ.»

Il souligne qu'alors qu'il était à la tête du CHU Sainte-Justine, les importants travaux de rénovation qu'il a menés n'ont pas été faits en PPP. «Ce qu'on a fait à Sainte-Justine, ce n'était pas en PPP et ce qu'ils font dans les nouvelles constructions dans le réseau, ce ne sont pas des PPP non plus. Je n'en dirai pas plus», dit M. Brunet.

Plaidoyer pour racheter les PPP

Président de la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS-CSN), Jeff Begley critique sévèrement les projets d'hôpitaux en PPP. Il dénonce entre autres le fait que les sommes exactes payées par les contribuables pour chaque rénovation ne sont pas du domaine public. «À l'exception de quelques histoires qui peuvent sortir ici et là dans les médias, on ne saura jamais combien coûteront ces modifications», dénonce M. Begley, qui prêche pour que le gouvernement rachète les hôpitaux construits en PPP.

Pour l'instant, cette option est carrément écartée par la nouvelle ministre de la Santé, Danielle McCann. Elle estime que les projets en PPP, dont le CHUM, sont «bien avancés». «On n'est pas à cette phase-là du tout. On est à terminer notre beau projet du CHUM. Et ça va bien», dit-elle.

- Avec la collaboration de Caroline Touzin, La Presse 




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