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Quelle distance un médecin doit-il observer avec un patient?

Tout comme la quasi-totalité des répondants de son... (Photo Mark Makela, archives The New York Times)

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Tout comme la quasi-totalité des répondants de son étude, la Dre Annie Janvier estime que les interactions médecin-patient peuvent être bénéfiques pour les deux parties.

Photo Mark Makela, archives The New York Times

Ariane Lacoursière
La Presse

Un médecin peut-il assister aux funérailles de ses patients ? Être ami avec ceux-ci sur Facebook ? Manger avec la famille d'un patient à la cafétéria ? Assister à une fête organisée à l'hôpital pour un jeune malade ? Une étude menée par la Dre Annie Janvier, néonatalogiste membre de l'Unité d'éthique clinique et chercheuse au CHU Sainte-Justine, avec des collègues américains révèle que les médecins ont des avis variables sur le sujet.

La Dre Janvier et son équipe ont sondé 370 médecins résidents américains travaillant en pédiatrie. Les résidents se sont fait présenter une quarantaine d'exemples d'interactions pouvant survenir entre un médecin et un parent de patient, comme « prêter un livre ou de la musique à un parent » ou « écrire une carte de condoléances ». Les répondants devaient se prononcer sur l'acceptabilité de ces actions et préciser s'ils avaient déjà vécu de telles situations.

L'étude conclut que les interactions entre médecins et parents en pédiatrie sont communes. En effet, la moitié des répondants ont indiqué avoir déjà vécu 10 interactions ou plus. « On pense faussement que la relation médecin-patient est uniquement médicale. Mais il y a beaucoup d'autres choses », souligne la Dre Janvier.

Codirecteur au Centre d'excellence sur le partenariat avec les patients et le public de l'Université de Montréal, Vincent Dumez affirme que depuis toujours, les médecins ont été invités à « garder une certaine distance » avec leurs patients. « On a longtemps dit d'éviter les émotions. Mais c'est un mythe de penser qu'une telle chose peut exister », dit-il.

Selon l'étude de la Dre Janvier, dont les résultats seront présentés demain lors de la Journée de formation interdisciplinaire de la Fédération des médecins spécialistes du Québec, les avis divergent quant à l'acceptabilité de certaines interactions. Par exemple, alors que près de 60 % des répondants estiment qu'on ne devrait pas être « ami » Facebook avec des parents de patients, un peu plus de 10 % disent au contraire avoir déjà accepté de telles invitations.

QUELLES RÈGLES EXISTENT ?

Porte-parole du Collège des médecins, Caroline Langis explique que le Code de déontologie des médecins stipule que « le médecin doit s'abstenir d'intervenir dans les affaires personnelles de son patient sur des questions qui ne relèvent pas du domaine de la santé ».

En 2012, le Collège des médecins a aussi formulé certaines mises en garde concernant les réseaux sociaux. « La publication de certaines informations ou de certaines images, même anodines, peut effectivement mettre en péril "la bonne distance" à conserver dans une relation professionnelle », peut-on lire dans le Rapport du groupe de travail en éthique clinique. Dans ce rapport, on recommande aux médecins de « refuser, avec tact, toute invitation à devenir "ami" avec un patient sur les médias sociaux ».

En plus de ces consignes de leur ordre professionnel, les médecins reçoivent aussi des mises en garde de leur établissement, note la Dre Janvier. « Malheureusement, pour éviter les poursuites, le milieu a tendance à imposer des règles strictes. Mais en faisant cela, on élimine ces relations et ça fait beaucoup de tort aux patients et aux médecins », estime la chercheuse.

Tout comme la quasi-totalité des répondants de son étude, la Dre Janvier estime que les interactions médecin-patient peuvent être bénéfiques pour les deux parties. Un avis partagé par M. Dumez. « Éviter tout lien, ça peut frustrer les patients qui se sentent moins écoutés. Et il y a des effets aussi sur les médecins, qui retirent moins de satisfaction par rapport à leur tâche et sont plus à risque de burn-out », note-t-il.

AMÉLIORER L'ENSEIGNEMENT

Pour la Dre Janvier, plutôt que d'imposer aux médecins des règles strictes, chaque interaction patient-médecin devrait être analysée de façon unique. « Il faut se demander si l'interaction est bénéfique pour le patient. Et pour le médecin », dit-elle. Selon la chercheuse, recommander un livre à un parent d'enfant malade pour lui changer les idées ne nuit aucunement au patient ou au médecin. « Poser un tel geste, ça n'a rien à voir avec la médecine, mais ça nous rend humains. On parle beaucoup "d'humaniser les soins". Ce genre d'interaction aide en ce sens », dit-elle.

M. Dumez estime que la formation des futurs médecins devrait être adaptée pour mieux les préparer à gérer les interactions avec leurs patients. « Actuellement, on est encore un peu dans l'ancien modèle, de garder une distance », constate-t-il.

***

PROPORTION DES RÉPONDANTS DISANT AVOIR DÉJÀ...

  • pris une photo avec la famille d'un patient  85 %
  • apporté une boisson à un parent à l'hôpital  78 %
  • assisté à des funérailles de patients  54 %
  • pris place spontanément avec un parent à la cafétéria de l'hôpital  19 %
  • écrit une carte de condoléances à une famille  52 %
  • donné leur numéro de cellulaire personnel  18 %

PROPORTION DES RÉPONDANTS JUGEANT INACCEPTABLE :

  • d'avoir une relation amoureuse avec un parent  94 %
  • de garder un patient  58 %
  • d'inviter un parent à devenir « ami » sur Facebook  59 %
  • d'aller prendre un café à l'extérieur de l'hôpital  27 %

Source : Étude « The Doctor-Parent Relationship in Pediatrics : Trainee's Experiences and Perspectives »




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