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Imagerie médicale: des appareils sous-utilisés

Les chercheurs du Pôle santé HEC Montréal ont conclu à «une... (PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE)

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Les chercheurs du Pôle santé HEC Montréal ont conclu à «une sous-utilisation du parc d'équipement si l'on se réfère à la cible ministérielle de 16 heures par jour, 7 jours sur 7».

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

Les appareils d'imagerie médicale sont sous-utilisés dans les hôpitaux de Montréal, de Laval et de la Montérégie. À ce problème s'ajoute celui de la quantité trop élevée de requêtes «non pertinentes» envoyées dans les départements de radiologie, révèle un rapport de recherche du Pôle santé HEC Montréal que La Presse a obtenu.

Ces conclusions confirment celles de l'enquête de La Presse publiée en février dernier qui mettait en lumière le fait que des appareils «dormaient» dans les hôpitaux des grands centres urbains du Québec. C'est pourtant dans ces établissements que les temps d'attente pour des examens d'imagerie par résonance magnétique (IRM) et de tomodensitométrie (TDM, mieux connue sous le nom de scan en anglais) sont les plus élevés de la province.

Les chercheurs ont conclu à «une sous-utilisation du parc d'équipement si l'on se réfère à la cible ministérielle de 16 heures par jour, 7 jours sur 7». En effet, 81% des installations étudiées sont en moyenne en dessous de cette cible pour l'utilisation de leurs tomodensitomètres et 82% sont en dessous pour l'utilisation de leurs appareils d'IRM, précisent les quatre auteurs de cette recherche - dont le professeur titulaire Denis Chênevert -, qui a été publiée en juin dernier, mais dont les résultats n'avaient jamais été rendus publics.

De plus, une majorité d'établissements n'arrivent pas à respecter le délai de 90 jours imposé par le ministère de la Santé pour offrir aux patients un examen IRM, révèle cette étude commandée par la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ) et l'Association des radiologistes du Québec (ARQ).

Les principaux obstacles à la performance sont la pertinence des examens demandés, le manque de budget de fonctionnement, la difficulté de recrutement des technologues, les systèmes informatiques des hôpitaux dignes de «l'âge de pierre» et la fusion de 2015 ayant mené à la création des Centres intégrés universitaires de santé et de services sociaux (CIUSSS) et des Centres intégrés de santé et de services sociaux (CISSS), selon les chercheurs, qui ont réalisé des entretiens avec les chefs des départements d'imagerie médicale et leur coordonnateur administratif dans les centres visés*.

Le quart des requêtes non pertinent

Le rehaussement de la performance passe par un meilleur contrôle de la demande, soulignent les chercheurs. Or, certains chefs de département de radiologie estiment que 25% des requêtes sont non pertinentes.

«Pour expliquer le pourcentage élevé de requêtes non pertinentes, certains chefs de radiologie mettent en cause la formation des médecins omnipraticiens. [...] Par crainte de représailles ou lorsqu'un médecin a de la difficulté à identifier la problématique d'un patient, certains vont avoir recours à des investigations excessives et non indiquées», soulignent les chercheurs.

«La non-pertinence entraîne une surconsommation, un surdiagnostic et un surtraitement», affirme d'ailleurs un chef de département cité dans l'étude.

Tous les chefs de département ont montré du doigt l'insuffisance du budget de fonctionnement pour expliquer la sous-utilisation des appareils. Certains hôpitaux ont indiqué avoir reçu le budget nécessaire pour acquérir de nouveaux appareils, mais sans avoir obtenu le budget pour les faire fonctionner.

«Ces résultats reflètent bien ce qu'on observe sur le terrain, affirme le Dr Vincent Oliva, président de l'ARQ. Les appareils sont sous-utilisés et le problème est surtout criant pour les IRM.» Le Dr Oliva montre du doigt les mesures d'«optimisation» - des coupes déguisées, selon lui - qui ont été entreprises dans la première partie du dernier mandat du gouvernement Couillard.

Depuis quelques mois, le gouvernement a délié les cordons de sa bourse, tient toutefois à préciser le Dr Oliva. Des technologues ont pu être embauchés dans les hôpitaux. «Ça avance dans le bon sens», souligne le Dr Oliva, qui craint toutefois que le prochain gouvernement soit tenté de faire de nouvelles compressions dans le réseau en début de mandat.

Technologues recherchés

Dix établissements sur treize ont ciblé la difficulté de recrutement des technologues comme un enjeu majeur. Certains hôpitaux vont même jusqu'à négocier le report de vacances et demandent aux technologues d'effectuer beaucoup d'heures supplémentaires afin de ne pas prendre trop de retard sur les activités courantes, soulignent les chercheurs.

«Il y a eu un drainage vers le privé des technologues de par le transfert des échographies dans le privé. Pour retenir ces derniers, il faudrait être en mesure d'offrir des postes avec permanence», explique le Dr Oliva.

L'Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS) - le syndicat qui représente la grande majorité des 5000 technologues en imagerie médicale au Québec - confirme ce phénomène. «Ces dernières années, les conditions de travail dans le réseau public se sont détériorées, alors nos gens, lorsqu'ils voient des portes de sortie plus attrayantes, ils les prennent», affirme la présidente de l'APTS, Carolle Dubé.

Concernant la fusion de 2015 ayant mené à la création des CIUSSS et des CISSS, la majorité des répondants disent que cela a créé des organisations bureaucratiques complexes, qui travaillent en vases clos et qui manquent d'agilité.

SOLUTIONS ET MISES EN GARDE

La majorité des chefs de radiologie souhaitent avoir «minimalement» accès à un budget de fonctionnement leur permettant de faire fonctionner leurs machines 16 heures par jour, sept jours sur sept, selon l'étude.

Après la publication de l'enquête de La Presse l'hiver dernier, le ministre de la Santé Gaétan Barrette avait annoncé 60 millions de dollars supplémentaires par année afin d'augmenter le nombre de patients traités au Québec. À la même période, le ministre Barrette - en entrevue à La Presse - avait réaffirmé son intention que les examens d'IRM et de TDM réalisés en cabinet privé soient éventuellement couverts par l'assurance maladie, tout comme les services d'échographie réalisés au privé le sont depuis décembre 2016.

Or, certains chefs de département de radiologie craignent que «la situation vécue en échographie, où la demande d'examens non pertinents a explosé depuis l'accès facilité dans les cabinets privés», se répète si le prochain ministre de la Santé va de l'avant avec cette idée.

Cela aggraverait la situation relative à la difficulté de recrutement des technologues et encouragerait la migration de ces derniers vers le privé, selon eux. 

«Si l'offre de services dans le privé augmente, cela devra nécessairement se faire au détriment des services offerts dans le réseau public.»

«Le réseau public a investi dans l'achat de 52 scans et 38 IRM dans les trois régions étudiées et ce parc d'équipements est loin d'avoir été maximisé et est même parfois sous-utilisé dans certains cas. Pourquoi alors avoir recours aux services dans le privé?», demandent les chercheurs du Pôle santé HEC Montréal.

Équipement «entièrement suffisant» au public

«Le parc d'équipement est entièrement suffisant dans le réseau public, insiste de son côté le Dr Oliva, de l'ARQ. Surtout, n'allons pas dans le privé, ce n'est pas nécessaire.»

Même son de cloche à la FMSQ : «Il faut optimiser ce qui est disponible dans le public. Les appareils - payés à fort prix par les contribuables - ne doivent pas servir à accrocher nos sarraus», lance sa présidente, la Dre Diane Francoeur.

«Il y a tellement d'argent public qui a été investi dans ces appareils. Ça n'a pas de bon sens qu'ils roulent seulement quelques heures par jour», regrette Carolle Dubé, présidente de l'APTS.

Les chercheurs recommandent que le réseau public s'attaque en priorité à réduire la demande en n'acceptant que les requêtes pertinentes - un travail qui permettrait de réduire de 10 à 20% le nombre d'examens effectués (pourcentage de requêtes non pertinentes établi dans une recherche de l'Institut national d'excellence en santé et en services sociaux).

«Il faut s'attaquer à la pertinence des examens, reconnaît le Dr Oliva. On le sait que c'est un problème.» Le radiologiste ne veut toutefois pas jeter la pierre aux médecins de famille qui dirigent des patients en imagerie médicale. «Les médecins référents [ceux qui envoient les patients en radiologie] ont la pression de leurs patients qui disent : "J'ai mal, je veux tel ou tel examen"», décrit le Dr Oliva.

«Il faut améliorer l'accessibilité aux examens, mais on ne peut pas améliorer l'accès sans se doter d'outils de travail pour optimiser la pertinence des examens», ajoute pour sa part la Dre Francoeur, de la FMSQ. La solution passe par le développement d'un outil électronique d'aide à la prescription qui guiderait le médecin référent, comme il en existe déjà ailleurs dans le monde, notamment aux États-Unis, croit la présidente de la FMSQ.

Les demandes devraient être réparties de façon plus équitable sur le territoire, considérant que certaines installations manquent actuellement de patients pour faire fonctionner leurs appareils, suggèrent aussi les chercheurs du Pôle santé de HEC Montréal.

***

* Les centres visés par l'étude sont le CISSS de Laval, le CISSS de la Montérégie-Centre, le CISSS de la Montérégie-Est, le CISSS de la Montérégie-Ouest, le CIUSSS de l'Ouest-de-l'Île-de-Montréal, le CIUSSS du Centre-Ouest-de-l'Île-de-Montréal, le CIUSSS du Centre-Sud-de-l'Île-de-Montréal, le CIUSSS du Nord-de-l'Île-de-Montréal, le CIUSSS de l'Est-de-l'Île-de-Montréal, le CHUM, le CHU Sainte-Justine et le CUSM.

À QUOI SERT UN EXAMEN D'IMAGERIE PAR RÉSONANCE MAGNÉTIQUE?

L'imagerie par résonance magnétique (IRM) est un examen d'imagerie qui emploie de puissantes forces magnétiques, des ondes radioélectriques et un ordinateur pour produire des images détaillées en trois dimensions d'organes, d'os et de tissus mous à l'intérieur du corps. On peut faire un examen d'IRM pour examiner différentes parties du corps pour dépister certaines maladies, diagnostiquer un cancer et en déterminer le stade (jusqu'où le cancer s'est propagé), et aider à planifier le traitement.

Source : Société canadienne du cancer

À QUOI SERT UN EXAMEN DE TOMO-DENSITOMÉTRIE?

La tomodensitométrie (TDM) est un examen d'imagerie lors duquel on utilise un ordinateur pour assembler une série de clichés radiographiques afin de créer des images détaillées en trois dimensions d'organes, de tissus, d'os et de vaisseaux sanguins du corps. La TDM peut aider à détecter une grande variété d'anomalies ou de maladies qui touchent n'importe quelle partie du corps. On peut faire une TDM pour diagnostiquer un cancer et aider à en planifier le traitement.

Source : Société canadienne du cancer




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