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Épisode dépressif: une étudiante écartée d'un programme d'échanges

Clémentine Côté-Bélanger, 17 ans, a déposé une plainte à la... (PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE)

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Clémentine Côté-Bélanger, 17 ans, a déposé une plainte à la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse du Québec après avoir été exclue d'un programme international d'échanges étudiants, qui lui a demandé des précisions sur son dossier médical.

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Clémentine Côté-Bélanger avait commencé à apprendre le norvégien. Mais l'adolescente de 17 ans n'ira pas en Norvège en septembre comme prévu.

Le programme international d'échanges étudiants (ASSE Canada) dans lequel elle avait été admise a annulé son admission après avoir appris qu'elle avait vécu un épisode dépressif un an plus tôt.

Pourtant, depuis un an, tout va bien dans la vie de Clémentine.

Alors qu'elle était en quatrième secondaire, elle a vécu une période de grande déprime et d'anxiété, mais depuis, elle a demandé de l'aide et elle s'en est sortie.

L'adolescente qui vient de terminer sa cinquième secondaire a contacté La Presse pour dénoncer ce qu'elle affirme être de la discrimination basée sur un épisode dépressif passé. Elle a aussi déposé une plainte à la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse du Québec.

La Presse a reçu une copie de la plainte en plus d'avoir consulté les échanges de courriels entre les parents de Clémentine et le directeur du programme ASSE Canada, Allen Fortin.

«Je ne me suis pas suicidée, j'ai choisi de chercher de l'aide. J'ai été voir une dame à mon école et j'ai dit : "Je ne vais pas bien et j'ai besoin d'aide"», raconte Clémentine.

«À quoi peut-on s'attendre de mieux de quelqu'un qui va mal? Est-ce que la société aurait préféré que je me taise ? Et pourtant, aujourd'hui, on me pénalise pour ça.»

Ses parents l'appuient dans sa démarche de dénoncer la discrimination dont elle estime avoir été victime. «Avant, nos ados qui allaient mal, on les trouvait pendus dans le sous-sol, illustre sa mère Carole Côté, psychoéducatrice de formation. Aujourd'hui, on les incite à consulter. C'est tellement paradoxal que ça se retourne contre eux quand ils vont mieux.»

Clémentine a eu des idées noires au printemps 2017. Elle a consulté une psychologue et - à la même période - elle a fait une demande pour rencontrer un psychiatre. Or, comme les listes d'attente sont longues pour consulter un psychiatre dans le système public, elle a réussi à en voir un seulement en décembre dernier. Elle l'a consulté une fois. Elle ne sentait pas le besoin de le revoir puisque tout allait mieux dans sa vie. Aucun diagnostic n'a été posé. Aucun médicament n'a été prescrit.

Comme l'adolescente considérait qu'elle n'avait rien à cacher, elle a mentionné dans un formulaire d'ASSE Canada cette consultation auprès d'un psychiatre.

«Je n'ai rien censuré de mon dossier médical parce que je n'ai pas honte des épreuves que j'ai vécues. Je suis fière de les avoir surmontées et je suis convaincue que j'ai une grande force en moi», raconte l'ado à La Presse.

Un «privilège» et non un «droit»

En février, alors que la date d'inscription au cégep approchait (1er mars), Clémentine a contacté M. Fortin d'ASSE Canada pour être certaine que son admission était confirmée puisqu'elle ne voulait pas se retrouver sans plan B (le cégep).

Dans un échange courriel entre Clémentine et M. Fortin que La Presse a pu consulter, ce dernier lui confirme que son admission au programme est «certaine» (le chèque du paiement des frais de l'échange, soit environ 9000 $, est d'ailleurs encaissé à la même période) et que son départ pour la Norvège se fera à la mi-août.

Puis, le 2 mars, M. Fortin la contacte à nouveau par courriel pour lui demander des précisions sur sa rencontre avec le psychiatre. L'adolescente leur a fourni une lettre de sa médecin de famille attestant qu'elle était en bonne santé mentale et physique, à laquelle elle a joint le rapport du psychiatre.

Un mois plus tard, M. Fortin téléphonera aux parents de Clémentine pour leur annoncer que leur fille n'est finalement pas admise et qu'ils seront remboursés.

Les parents ont tenté - sans succès - de faire changer d'idée les responsables du programme, faisant valoir - lettre d'une médecin à l'appui - que leur fille était en bonne santé. S'il le fallait, ils étaient prêts à signer une «décharge de responsabilité» à ASSE Canada s'il arrivait quoi que ce soit à leur fille en Norvège en lien avec sa santé mentale.

Rien à faire. ASSE Canada leur a répondu que c'était un «privilège» et non un «droit» de faire partie du programme.

La Presse a contacté le directeur d'ASSE Canada Allen Fortin pour obtenir sa version des faits. «Comme association de programmes internationaux d'échanges étudiants, nous sommes liés par un souci de confidentialité des dossiers d'étudiants qui désirent accéder à notre programme. Alors, il est impossible pour nous de répondre à vos questions suite à une admissibilité ou non-admissibilité à notre programme, a-t-il répondu à La Presse par courriel. La seule chose [qu'il] est possible de vous dire [c'est] que suite à un refus d'un candidat par ASSE, un remboursement complet du montant d'inscription est appliqué.»

Au-delà de ce refus, Clémentine et ses parents veulent dénoncer les préjugés liés à la santé mentale dans la société. «Avec des initiatives comme Bell cause pour la cause, on penserait que les gens sont de plus en plus ouverts, mais il y a encore beaucoup de travail à faire», insiste la mère de Clémentine, Carole Côté. 

«La dépression dont ma fille a souffert, ce n'est pas un état permanent. La société ne peut pas lui fermer la porte au nez au moment où elle va mieux.»

Ce refus n'a d'ailleurs pas découragé Clémentine de partir en voyage cette année. Au contraire.

L'adolescente - passionnée de chevaux - part tout de même vivre en Scandinavie pour un an. Elle ira au Danemark - pays voisin de la Norvège - où elle travaillera dans une écurie qui accueille de jeunes travailleurs étrangers. Et comme elle ne voulait pas accumuler du retard scolaire, elle suivra des cours de cégep à distance.

«J'ai beaucoup appris de toute cette expérience, lance l'adolescente dotée d'une grande détermination. Même si ce que tu as vécu dans le passé te définit aux yeux des autres, ce n'est pas obligé de te définir à tes yeux à toi. Je ne vais pas laisser les autres définir ce que je deviens.»

***

UN PROBLÈME QUI SE TRAITE

Personne n'est à l'abri de vivre un épisode dépressif dans sa vie, souligne la présidente de l'Ordre des psychologues du Québec, la Dre Christine Grou.

La psychologue d'expérience ne peut pas se prononcer sur le cas précis de cette adolescente qui dénonce la discrimination dont elle dit avoir été victime dans un programme d'échanges étudiants pour avoir dévoilé un épisode dépressif passé.

Toutefois, la psychologue rappelle que la dépression est un problème de santé mentale qui se traite. «Une fois qu'il est traité, il ne rend plus la personne dysfonctionnelle», explique-t-elle.

«Le bon réflexe, c'est de consulter pour limiter les conséquences de la dépression et éviter que les symptômes s'aggravent», explique la Dre Grou.

«Il est triste de penser qu'en 2018, à une époque où on fait tous les efforts pour éduquer la population au regard de la santé mentale et pour en diminuer le stigma, lorsqu'une personne a le bon réflexe de se faire soigner, elle est discriminée pour l'avoir fait par la suite», conclut la présidente de l'Ordre des psychologues du Québec.

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