Les petits salariés et les personnes peu instruites reçoivent moins souvent des soins rapides quand ils contractent le VIH, selon une nouvelle étude montréalaise. Cela ne serait pas dû au copaiement de l'assurance médicaments, mais à la précarité de l'emploi et à une mauvaise compréhension de la nécessité d'un traitement rapide.

Mathieu Perreault LA PRESSE

« Traiter rapidement le VIH diminue le risque de passer à la phase sida, d'avoir des complications au niveau du cancer, des infarctus et de la transmission du VIH », explique Jean-Pierre Routy, spécialiste du VIH à l'Université McGill, qui est l'auteur principal de l'étude publiée dans le Journal of the International AIDS Society. « Il est choquant de voir qu'il y a des inégalités sociales dans l'accès rapide à la trithérapie. »

Les chercheurs montréalais ont examiné les dossiers de 575 patients de deux cliniques spécialisées ainsi que de deux hôpitaux universitaires. Ils ont trouvé des données sur les six premiers mois suivant le diagnostic pour 375 d'entre eux. « Nous sommes l'une des rares études dans le monde qui porte sur la stratégie de début de traitement dans les six premiers mois », dit le Dr Routy.

Viser cette population est crucial pour atteindre l'objectif de Montréal sans sida, qui veut éradiquer la maladie d'ici 2030. « On le voit un peu partout dans les études, notamment sur le cholestérol, les moins éduqués et les plus pauvres ont tendance à démarrer plus tard le traitement, particulièrement quand il n'y a pas de symptômes, dit le Dr Routy. Soit ils comprennent moins l'importance d'un traitement précoce, soit ils ont de la difficulté à prendre les rendez-vous de manière électronique, soit ils ne peuvent pas se permettre de perdre une journée de travail parce qu'ils habitent loin. Pour les plus pauvres, autour des urgences de Saint-Luc, on a du soutien gouvernemental, des infirmiers de rue. »

Le Dr Routy a lancé un projet-pilote de type lost and found. « Avant, quand mon infirmière me parlait d'un patient qui n'était pas venu à son rendez-vous, on ne faisait rien. Maintenant, l'infirmière va l'appeler. S'il est allé voir dans une autre clinique, c'est son droit. Mais s'il a besoin d'aide pour son rendez-vous, nous allons nous occuper de lui. »

En chiffres

339

Moyenne annuelle de nouveaux diagnostics de VIH au Québec en 2007-2011

De 480 à 880

Estimation du nombre de nouveaux cas de VIH au Québec en 2016

De 15 940 à 23 800

Estimation du nombre de Québécois porteurs du VIH en 2016

Source: INSPQ