Il ne s'agit pas d'avoir un escalier et une grande cuisine pour développer des maisons comme celle de Carpe Diem, se plaît souvent à répéter la directrice générale de l'organisme, Nicole Poirier. C'est tout un changement de mentalité qui est nécessaire.

Publié le 4 févr. 2014
Pascale Breton LA PRESSE

Exit le contrôle des horaires, le minutage des soins ou la hiérarchie liée aux postes auxquels les employés sont confinés. Dans un organisme comme Carpe Diem, l'équipe doit être polyvalente et souple.

« Ce n'est pas tout le monde qui veut manger les mêmes repas que les personnes qu'ils accompagnent ou qui veut cuisiner avec eux. On demande un gros changement dans les façons de faire », reconnaît Mme Poirier.

Dans le système actuel, très médicalisé, les étiquettes sont collées trop rapidement, dénonce par ailleurs Mme Poirier. Personne ne doit déranger. « On prend une situation qui n'est pas un problème, comme se lever ou marcher, et on va finir par décrire cela comme de l'errance. » C'est souvent la cause de la surmédicalisation des personnes atteintes d'alzheimer, croit-elle.

L'organisme doit aussi se battre pour obtenir du financement. Le budget est réparti selon une grille d'évaluation où les incapacités et les pertes cognitives des personnes atteintes sont évaluées. Tout le contraire de ce que fait une maison comme Carpe Diem, où l'on met l'accent sur tous les petits gestes qu'une personne peut encore faire.

« Plus tu as un score élevé, plus tu as du budget. La personne que tu fais manger est plus payante que celle qui mange par elle-même. La personne en fauteuil roulant est plus payante que celle qui marche », explique Mme Poirier, qui y voit l'une des causes des « pertes fulgurantes d'autonomie ».

Renconnaissance

L'équipe de Carpe Diem est reconnue en Europe. La directrice est régulièrement invitée à participer à des conférences. En France, la construction de la maison Ama Diem, destinée aux jeunes atteints d'alzheimer, est même calquée sur le modèle québécois.

Mais au Québec, il reste beaucoup de travail pour développer d'autres ressources plus souples que le milieu institutionnel. « Les baby-boomers vieillissent et savent de plus en plus ce qu'ils veulent. C'est un espoir que les pressions se fassent sur les politiciens parce que ça va demander un courage politique de dire qu'il y a autre chose à essayer, qu'il y a des projets-pilotes à tenter », croit Mme Poirier.

 

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Nicole Poirier

Combien ça coûte ?

1758,30 $ : Contribution maximale de l'adulte hébergé dans une chambre individuelle dans un CHSLD. Cela représente 23 % du coût total annuel estimé à 80 000 $.

Coût d'une place à la maison Carpe Diem : 1845 $ par mois

Budget annuel de la maison : Environ 1,5 million, dont 700 000 $ proviennent du gouvernement pour le programme de soutien aux organismes communautaires et pour la mission globale qui, comprend l'hébergement, les services de consultation, le centre de jour (ouvert 24h, 7 jours) et les services à domicile.