Recruté en France il y a cinq ans par des chasseurs de têtes pour diriger le Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM), le directeur général Christian Paire réfléchit actuellement à son avenir. Il n'a pas encore décidé s'il sollicitera un deuxième mandat après l'échéance de son contrat, en juin, mais jure que sa décision ne sera pas motivée par le fait que le gouvernement a décidé de retrancher 100 000$ à son salaire.

Daphné Cameron LA PRESSE

«Ma décision n'est pas prise, je réfléchis», a-t-il déclaré en entrevue avec La Presse. «Je suis partagé, parce que le projet est magnifique. Lorsque je suis arrivé, en décembre 2009, les travaux n'étaient pas commencés, rien n'était même finalisé. Ce n'est pas qu'un projet d'hôpital, c'est un projet de société. Ce sera une fierté, cet hôpital-là. Donc tout ça fait que j'ai très envie de poursuivre», a-t-il expliqué, en ajoutant que sa famille, dont son fils de 11 ans, vivait cependant en France. «Ç'a été difficile pour moi de venir, de faire un choix.»

Le Conseil du Trésor a récemment fait savoir à l'administration du CHUM qu'elle mettrait fin au versement d'une «allocation d'attraction» annuelle de près de 100 000$ au DG. Cette rémunération additionnelle a varié selon les années, puisqu'elle était incluse dans la rémunération totale de M. Paire, dont le plafond a été fixé à 350 000$ par Québec.

Avant d'arriver au Québec, M. Paire était le DG du CHU de Rouen. «En France, j'avais un chauffeur et j'avais un logement de fonction. Je ne suis pas venu ici pour faire de l'argent, mais je ne voulais pas en perdre, donc j'ai demandé une somme au chasseur de têtes, mais ce n'est pas moi qui ai négocié les termes de l'entente. Évidemment, je suis sensible à cette question, mais ce qui va faire en sorte que je demanderai mon renouvellement, ce sera davantage si j'ai l'impression que les réformes et les visions que je porte pour le CHUM seront appuyées et suivies. C'est ça qui va compter, parce que je crois à mon projet.»

Par ailleurs, La Presse a révélé la semaine dernière que M. Paire a aussi reçu un salaire sous forme de somme forfaitaire annuelle de l'Université de Montréal. Versée en 2010 et en 2011, cette allocation de 80 000$ s'ajoutait aux 350 000$ reçus du CHUM.

Prétextant qu'il n'avait que travaillé huit heures pour l'Université de Montréal, la direction de l'établissement y a mis fin.

M. Paire est prêt à entreprendre des procédures judiciaires pour récupérer l'argent. «J'ai un engagement écrit du doyen de la faculté de médecine et on me dit du jour au lendemain que ça ne vaut rien, c'est un peu choquant.»

Propriétaire controversé

Le directeur général a aussi réagi à la publication d'une manchette, mardi matin dans le Journal de Montréal, qui a révélé qu'il louait une maison à Outremont appartenant à Sami Bébawi, ex-dirigeant de la division construction de SNC-Lavalin, interrogé récemment par les autorités suisses dans une affaire de corruption.

M. Bébawi était le patron de Riadh Ben Aissa, un autre ex-dirigeant de SNC-Lavalin, actuellement emprisonné en Suisse, car il est accusé d'avoir versé des pots-de-vin à l'ex-dictateur libyen Mouammar Kadhafi à travers des sociétés-écrans. Selon un reportage de l'émission Enquête, Ben Aissa aurait cependant gardé une partie du pot-de-vin; 4 millions auraient ainsi été versés dans son compte personnel, tandis que 4 millions étaient destinés à Sami Bébawi.

«Je ne vous cache pas que j'ai été très surpris par l'article, parce qu'au fond, j'ai choisi une maison comme n'importe quel autre citoyen... Depuis que j'ai loué cette maison, qu'il a d'ailleurs transférée à son épouse depuis, j'ai dû rencontrer Bébawi une ou deux fois. Ce n'est pas quelqu'un avec qui j'entretiens des relations.»

C'est le président-directeur général de la fondation du CHUM, Ékram Antoine Rabbat, qui a fait savoir que la maison était à louer. M. Paire ignore la nature de la relation entre M. Rabbat et M. Bébawi.

La Presse a vu le bail de M. Paire, qui semble être dans les prix courants pour le secteur.

«J'ai trouvé ça pénible. Ce n'est pas agréable. Je revenais chez moi et je me suis demandé si mes voisins vont continuer à me regarder comme avant. Mais je suis un homme public, et c'est la rançon du poste que j'occupe.»