Les thérapies longues, dont la durée tourne autour de six mois, sont les plus efficaces pour réhabiliter les toxicomanes au passé lourd, démontre une étude réalisée dans un centre de la maison Portage. Les mesures Maltais, qui limiteraient les traitements à trois mois, pourraient donc handicaper sérieusement les chances de succès des toxicomanes lourds qui se rendent en thérapie.

Katia Gagnon LA PRESSE

L'étude à très long terme a été réalisée auprès de 419 bénéficiaires adultes du centre du lac Écho. Leur profil est lourd: les deux tiers sont polytoxicomanes. Près de 68% d'entre eux ont suivi plus d'une thérapie pour l'usage d'alcool ou de drogues. La moitié des répondants disent avoir été maltraités physiquement, 39% ont subi des agressions sexuelles.

On les a questionnés sur leur usage de substances illicites 8 mois et 16 mois après leur départ du centre. Conclusion: «Ceux qui sont restés plus longtemps en traitement sont davantage abstinents. La durée du traitement est donc un facteur important dans la réduction de la consommation de drogues illégales», établit le rapport.

Statistiquement, les adultes demeurés en traitement plus de six mois ont trois fois plus de chances d'être abstinents huit mois après le traitement et deux fois plus, seize mois après le traitement.

Pour Seychelle Harding, porte-parole des centres Portage, cette étude montre l'importance des thérapies longues pour les clientèles lourdes, dont les bénéficiaires d'aide sociale font souvent partie. «Ces gens abusent de substances pour masquer leur problème. En trois mois, on n'a pas le temps de le régler, ce problème», dit-elle.

Portage ne sera pas touché directement par les changements à l'aide sociale, puisque son financement vient du ministère de la Santé. Mais d'autres centres, qui offrent des thérapies de même durée pourraient, eux, fermer leurs portes (voir autre texte).

Autres études

Les résultats obtenus à Portage reflètent d'autres études réalisées dans les dernières décennies. «Les usagers ayant un profil sévère profitent plus d'un traitement interne long terme que d'un traitement court terme», indique le Guide de pratique de l'Association des centres de réadaptation en dépendance du Québec. Durée minimale de l'interne long terme: de 80 à 90 jours, établissent les experts consultés. «Les études démontrent constamment qu'une durée de 90 jours et plus est plus performante qu'une durée de moins de 90 jours.»

Des travaux ont cependant montré qu'avec d'autres types de clientèle, les interventions plus brèves étaient tout aussi efficaces. Dans un guide des bonnes pratiques en matière de toxicomanie, diffusé par Santé Canada, on s'inquiète cependant «qu'une mauvaise interprétation des études sur ce genre d'intervention provoquer des coupures injustifiées des services offerts aux patients». Les chercheurs disent que «cette économie à court terme contribuerait à gonfler les coûts des autres services à long terme».