Manger très peu - soit 70% des calories dont l'humain a normalement besoin - permet d'allonger la vie. Mais cet élixir de jouvence n'est pas aussi merveilleux qu'on pourrait le croire, a dit à La Presse John Speakman, spécialiste du vieillissement et de l'obésité à l'Université d'Aberdeen, en Écosse.

Publié le 17 oct. 2012
Marie Allard LA PRESSE

En graphique: une théorie qui fonctionne surtout pour les jeunes

De nombreuses études ont montré que les animaux soumis à un régime alimentaire très sain, mais faible en calories, vivent plus longtemps que la normale. Une réduction de 30% des rations des souris étire leur vie de 40% à 50%, en plus de préserver la jeunesse de leur cerveau.

«Ça peut donner l'impression qu'on peut vivre largement au-delà de 100 ans», indique M. Speakman, qui présente mercredi une conférence à ce sujet, à Montréal, à l'occasion du symposium Nutrition et santé organisé par les Producteurs laitiers du Canada. «Mais je suis au début de la cinquantaine; si je restreins les calories que j'ingère au cours des 25 prochaines années, je vais bénéficier de moins de six mois supplémentaires.»

C'est en bas âge que l'on peut rêver d'imiter Mathusalem. Diminuer de 30% ses apports caloriques à partir de 15,6 ans permet d'allonger sa vie de 11,2 ans, estime M. Speakman. Cela signifie aussi 62,4 ans de privation.

Un régime hypocalorique a, en effet, trois grands désagréments: les gens qui s'y astreignent ont faim, froid, et subissent une baisse de leur libido. «Ce n'est pas une vie formidable», note l'expert.

Pas d'effet chez les macaques

Il n'est pas sûr que les exploits des rongeurs soient applicables aux humains, observe toutefois M. Speakman. Ni même aux autres primates. Une étude menée pendant 25 ans chez des macaques soumis à une restriction calorique de 30% - dont les résultats ont été publiés à la fin du mois d'août dans Nature - n'a montré aucun effet sur leur longévité. Par contre, les singes soumis à ce régime dès leur jeune âge ont eu moins de cancers, tout en contractant des maladies cardiovasculaires et du diabète plus tard que ceux du groupe témoin, selon l'Agence France-Presse.

Une précédente expérience avec des singes du Wisconsin a prouvé que la restriction calorique allongeait leur vie. Toutefois, ces singes ne mangeaient pas santé, tandis que ceux du groupe témoin pouvaient se nourrir à volonté.

Arrêt des fonctions reproductrices

«On croit tout de même que la restriction calorique allonge l'espérance de vie, parce qu'elle stoppe les fonctions reproductives», explique M. Speakman. L'énergie ainsi économisée est employée à vivre plus longtemps. Comme les souris peuvent avoir des portées à toutes les trois ou quatre semaines, les bénéfices sont grands. Probablement plus que pour les humains.

Espérance de vie de 81,8 ans

L'espérance de vie des Québécois et des Québécoises nés en 2011 est respectivement de 79,7 et 83,7 ans. Faut-il se résoudre à mourir à cet âge? Pas nécessairement. Lorsque les effets de la restriction calorique sur le vieillissement seront mieux compris, l'industrie pharmaceutique pourra les reproduire sans effets indésirables, prévoit M. Speakman.

«Pour vivre vieux, faites de l'exercice physique et mangez sainement, conseille-t-il. Bien choisir ses parents est aussi une bonne idée!»

Le quart des déterminants d'une grande longévité sont en effet liés à des caractères héréditaires, selon Thomas Perls, du Boston Medical Center, tel que rapporte Le Monde.